L’expérience pilote : Le projet du haut Atlas Central

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La séduction, c’est par ce biais que le haut Atlas a suscité l’intérêt des visiteurs étrangers. Une séduction mue par un potentiel naturel divers, des paysages à couper le souffle et une population locale d’une immense gaieté et hospitalité. Cet intérêt s’est progressivement transformé en volonté de développement.

Philippe Lamour, président fondateur de la grande traversée des Alpes, et André Fougerolles, pionnier du Ski et de l’alpinisme, ont sans aucun doute été les personnalités les plus importantes à succomber au charme du Haut Atlas. Ils ont été les pionniers du développement d’un tourisme de montagne dans ce territoire, notamment en proposant l’idée de l’expérience pilote : Projet du Haut Atlas Central.

Cette initiative, conjointement soutenue par l’ambassade de France ainsi que le gouvernement marocain, fut effective à partir du lancement d’un programme de coopération, dans le Haut Atlas central, en novembre 1983. Il avait comme but précis, le développement d’un tourisme de randonnée respectueux de l’environnement, mais aussi, d’un point de vue économique, la création d’emplois et d’activités annexes, comme le tissage, l’artisanat et l’agriculture, au sein d’une région où la majorité des jeunes rêvent d’exode rurale.

La structuration de ce projet passe impérativement par une structuration et une institutionnalisation, en l’occurrence, un cadre juridique. Il faut d’abord rappeler que ce projet vient à point nommé, alors que le pouvoir en place, menait une politique de développement économique et social du pays, afin de réduire les disparités sociales et régionales et améliorer la vie d’une population, rurale, longtemps délaissée.

Nous sommes en l’an 1980. Une année pendant laquelle fut la mis en œuvre un projet multisectoriel dans la zone du Massif du Haut Atlas, le projet du Haut Atlas Central (PHAC).

Initialement, La conception de ce projet s’est déclinée sous la forme d’un pilote, rattaché à un programme de coopération bilatérale prioritaire, fruit d’une convention passée entre les gouvernements français et marocains (1983).

La couverture géographique du PHAC s’étend sur une superficie d’environ 30.000ha, et touche trois communes rurales de la province d’Azilal (Tabannt, Abachkou et Zaouiat Ahnsal). Mais aussi, une commune rurale dans la province de Ouarzazate (Klaa-mgouna). Les répercutions inhérentes à cette étendue géographique ont permis d’atteindre une population rurale de plus de 500,000 habitants.

Si ce projet a pu être mis en œuvre, c’est notamment parce qu’il a été confié, au niveau national, à la direction des affaires rurales, organe crée en 1980 sous la tutelle du ministre de l’intérieur, et au niveau local, c’est la province d’Azilal qui a hérité de la responsabilité de mettre sur pied une structure chargée de l’exécution du projet.

La mise en situation du PHAC, s’est articulée autour de deux axes principaux. À savoir, la création d’activités lucratives dans le cadre d’une économie spécifique à la montagne, d’une part, et d’autre part, la définition d’une stratégie de développement des zones montagnardes.

Ce petit rappel des objectifs du PHAC, est une manière de juger convenablement les résultats et les réalisations de ce dernier.

Parmi ces résultats, ont peut citer la mise à pied d’infrastructure de base et de désenclavement de la zone, grâce entre autre à l’ouverture d’une piste et l’installation d’une micro-central hydroélectrique, la création d’un centre de formation aux métiers de montagne, à Tabannt, dans la province d’Azilal, une nette revalorisation des activités économiques traditionnelles de la région : L’artisanat, l’apiculture et arboriculture, mais aussi, le développement du tourisme comme activités nouvelles, en totale symbiose avec les ressources humaines et naturels du Haut Atlas Central, ainsi que la création d’un réseau de gîtes d’étape chez l’habitant, donnant lieu à la création d’un label « Grande traversée des Atlas marocains », en étroite collaboration avec le ministère de tourisme et l’opérateur français « GTA » (Grande traversée des Alpes).

Toutefois, il ne faut pas occulter le fait que le gouvernement français représenté par des opérateurs, a grandement contribué à soutenir et développer cette expérience. Ces opérateurs ont eu d’un coté, un rôle primordiale en intervenant en matière de formation et d’encadrement, avec l’aide du Centre régional des enseignements touristiques de Briancon, et l’école national de Ski et d’alpinisme, qui dans le cadre d’une opération avec le Club Alpin Français, a offert des stages en matière de ski, destinés aux jeunes guides du Centre de Formation aux Métiers de Montagne. Ces stages se sont étalés sur 8 jours, encadrés par des professeurs guides, une initiative ayant eu des répercutions plus que positives sur les jeunes stagiaires qui ont bénéficié d’un perfectionnement et d’une amélioration de leur niveau professionnel.

La grande traversée des Atlas Marocains est aussi un résultat des plus probants. Enfanté par le PHAC, cette traversée a vu le jour dans le but de concrétiser la richesse des ressources humaines et touristiques du Haut Atlas, notamment grâce à la passion qui a animé certains amateurs.

Cette idée d’organiser une traversée des Atlas marocains fut largement inspirée du modèle français, la grande traversée des Alpes. Les itinéraires de la traversée des Atlas marocains ont été choisis en fonction de critères tout aussi sportifs que culturels. Depuis sa création, cette traversée a animé l’intérêt de nombreux touristes et agents de voyages, de part son produit varié et exceptionnel.

En matière d’accueil, le nombre des agences de voyages spécialisées dans le tourisme de montagne et d’aventure à été quadruplé. En termes de ressources humaines, le nombre de guides de montagne avant le projet, ne dépassait pas une douzaine d’accompagnateurs. En 2005 le chiffre des guides formés par le CFAMM est supérieur à 430. Plusieurs guides sont devenus des organisateurs de randonnées et représentent ainsi de réels concurrents pour les agences de voyages.

L’héritage colonial en matière de refuges a été maintenu et seul quelques un d’entre eux, appartenant au syndicat d’initiative et de tourisme de Marrakech, ont été abandonnés faute d’entretien. Un seul refuge a été ajouté dans le Toubkal grâce à l’initiative privée d’une personnalité locale.

Sur le plan des circuits commercialisés, on enregistre une continuité avec ceux repérés en période coloniale, notamment dans le Toubkal, qui attirent une grande partie de randonneurs.

Les agences de voyages marocaines, après le lancement du PHAC, ont offert de nouveaux circuits dans le Haut Atlas oriental, le Sirwa, le Saghro et récemment dans le Rif et le Moyen Atlas.

Il faut souligner qu’en termes de promotion et de propagande touristique, les réalisations sont de faible envergure. La fréquentation touristique s’est multipliée grâce aux diverses actions du projet. De ce fait, les revenus générés par les acteurs locaux du tourisme dépassent largement ceux issus des cultures les plus rentables (rosacés et légumes), bien qu’ils restent limités à une catégorie restreinte d’individus.

Cette situation, qui repose sur l’exploitation de l’héritage coloniale au Maroc, est le fruit de l’initiative et de l’appui notamment technique de la coopération française.

Chady Chaabi

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