Les préférences parentales entre les enfants chez les marocains

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Docteur Jaouad Mabrouki2

TRIBUNE. Il m’arrive constamment d’entendre le marocain se plaindre que sa mère (ou son père) préfère un autre fils ou une autre fille. Il ajoute aussi  « Moi, je suis aux petits soins avec elle, alors que mon frère ne lui prête même pas attention. Et pourtant, ma mère le préfère à moi».

Souvent le plaintif (ou la plaintive) est très affecté, pleure, exprime sa colère contre cette injustice des parents et pose ainsi une question sans réponse « Comment une maman ou un papa peut préférer un enfant par rapport à un autre ? ». Fréquemment, le rapport argent/préférence est exprimé comme la raison principale, permettant à la victime de souligner son discours par « Le pauvre n’a pas de chance dans ce monde  et tout s’achète avec l’argent».

Comment analyser alors cette souffrance ? Réellement, les parents aiment-ils un enfant plus qu’un autre ? L’argent et le pouvoir sont-ils une raison de préférence des parents ?

  1. Nuance entre la préférence et l’amour

Les parents normalement constitués psychologiquement aiment leurs enfants avec le même amour. Et bien entendu, les enfants sont totalement différents les uns des autres. Un enfant peut être doux, bienveillant, exprimant facilement ses émotions, très câlin, tandis qu’un autre peut être un peu distant, réservé, pudique et gardant tout en lui. Aussi, nous pouvons trouver un enfant un peu rebelle et opposant.

Les parents sont des êtres humains et leur cœur penchent naturellement vers celui qui est plus doux et expressif, mais ceci ne peut en aucun cas être pris comme une preuve d’amour, c’est-à-dire que les parents l’aiment plus que les autres. Il s’agit d’une préférence émotionnelle  naturelle.

2- Des parents et des enfants psychologiquement malades

Il arrive des fois que l’un des parents (la maman ou le papa) soit perturbé psychologiquement et évidemment il risque d’aimer ou détester un enfant par rapport à un autre.

De même, il arrive qu’un enfant soit malade sur le plan psychique et interprète tout, en déduisant qu’il est mal aimé et que ses parents préfèrent son frère ou sa sœur pour une raison ou une autre, se sentant ainsi persécuté, une sorte de délire paranoïaque.

3- Pourquoi alors un enfant a l’impression qu’il est mal aimé par ses parents ?

a- L’héritage religieux, un Dieu injuste

Tristement dans les religions, nous trouvons que Dieu préfère un peuple par rapport à un autre, magré que c’est Lui qui les a crées tous. Sans oublier l’histoire de Joseph et la façon avec laquelle est interprétée et ancrée dans le cerveau de l’enfant. Par l’interprétation des adultes de cette histoire l’enfant déduit que les frères sont des ennemis et il en doit être méfiant. De même l’enfant est incité à désirer d’être « Joseph » pour ses parents en essayant de conquérir leur cœur et éliminer les autres frères.

Dieu, supposé être le Créateur (le Père de toute la création), alors qu’Il préfère certains de ses peuples (enfants) par rapport à d’autres, pousse l’enfant à accepter la normalité dans l’existence d’une préférence des parents entre leurs enfants.

b- L’absence de l’expression parentale de leur amour et leur affection

Tristement dans l’éducation marocaine, les parents n’expriment pas leur amour à leurs enfants ni leur affection. D’ailleurs, dans la langue marocaine, darija, on ne trouve pas de « Je t’aime » et même les câlins sont absents. Je ne saurais dire combien de plaintes de ce genre j’ai pu entendre : « Je n’ai aucun souvenir que mon père m’ait un jour serré dans ses bras et qu’il m’ait pris sur ses genoux ». Plus grave encore, les parents eux-mêmes n’expriment pas leur propre amour devant leurs enfants et j’entends souvent cette phrase « Je n’ai jamais vu mon père câliner ma mère ou l’embrasser ».

C’est pour cette raison que l’enfant confond l’amour et la préférence et qu’il a l’impression que les parents aiment un enfant plus qu’un autre.

c- La comparaison, erreur éducationnelle fatale des parents

Malheureusement, l’éducation marocaine est basée sur la comparaison d’où ce discours répandu « Fais comme ton frère (ou ta sœur), il est sérieux, il travaille bien à l’école, il va être quelqu’un et toi tu vas balayer les rues ». Cette comparaison induit la compétition et la rivalité entre les frères et sœurs. L’enfant déduit ainsi que les parents aiment et préfèrent son frère (ou sa sœur) car il (elle) est le premier de la classe par exemple.

d- Le rapport à l’argent et la réussite

Tous les enfants ont entendu leurs parents échanger des propos de ce genre au sujet d’un neveu, d’un cousin ou d’un voisin « Vraiment il a réussi, il a une belle villa, une belle voiture, il est devenu riche, il a en envoyé ses parents au pèlerinage et 3 fois à la Omra, il leurs a acheté un appartement et ils sont fiers et fous de lui, pas comme nous, on n’a pas eu de chance avec nos enfant !». Ainsi l’enfant conclut que plus on est riche plus on est aimés par nos parents. À partir de là, si un frère réussit dans sa vie, les autres pensent qu’il va automatiquement devenir le privilégié des parents et donc le plus aimé. Ce résultat vient de l’erreur des parents qui ne mettent pas en lumière les valeurs morales dans la réussite de la vie, mais plutôt uniquement la richesse.

e- La jalousie et le manque de confiance en soi

La jalousie est une émotion naturelle chez l’être humain, seulement elle doit être reconnue et canalisée par l’éducation et les valeurs morales. Mais amèrement, l’éducation des parents, l’éducation scolaire et l’éducation religieuse, sèment la rivalité, la compétition et préfèrent celui qui brille davantage. Ainsi l’enfant est jaloux de son frère ou de sa sœur, et au lieu de réguler cette émotion nocive, il va se positionner en victime et en mal aimé de ses parents, espérant que ces derniers détestent et rejettent le frère qui a réussi dans sa vie.

En fait, le sentiment de mal aimé est un désir inconscient de la ruine ou de la mort du frère supposé aimé car il a abouti dans la vie !

Docteur Jaouad MABROUKI

Psychiatre, Chercheur, Expert en psychanalyse de la société marocaine et arabe

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