Les fameuses complicités de Ntumi

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Hervé Mahicka

TRIBUNE. Lors de son procès pour tentative de coup d’Etat, la ligne de défense du général Dabira était de nier son intention de vouloir renverser Sassou, jurant plutôt de sa fidélité à celui qui a fait de lui ce qu’il est devenu.

Il tentait alors de retourner les accusations sur son principal accusateur, le général Nianga Mbouala Ngatsé, en disant qu’il aurait ouïe dire que ce dernier fournissait des armes à Ntumi, EN VUE D’ATTENTER AU POUVOIR DE SASSOU.

Il discrédita donc l’idée que Sassou fournissait volontairement des armes à Ntumi pour entretenir un trouble dans le pays, mais qu’au contraire des hauts gradés pouvaient être complices de Ntumi CONTRE les intérêts de Sassou Nguesso.

Je ne saurais le dire en français plus facile que celui de Dabira et ne comprends pas que certains l’aient compris comme une accusation contre Sassou, donné pour être en complicité avec Ntumi via Nianga Mbouala. Cela n’avait pour sa défense aucun intérêt, si non qu’à le clouer de plus bel pour offense au chef de l’Etat qu’il accuse de haute trahison par ouie dire. Ce qu’il souhaitait à tout prix éviter.

A supposé que Dabira disait vrai, et que Ntumi avait réussi à tisser des complicités au sommet de la hiérarchie militaire pour se fournir et atteindre son but contre Sassou, il mériterait toutes mes félicitations. Sauf si on croit que tous les officiers mbochis ne forment qu’une seule personne et que, coopérer avec Nianga Mbouala contre Sassou, signifie coopérer avec Sassou lui même contre lui même. Des logiques débiles.

En réalité, il faut avoir la médiocrité d’un mauvais scénariste de film de série B, pour aller s’imaginer que deux personnes vont aller s’entendre pour jouer à faire la guerre avec des vrais armes, l’un des d’eux acceptant de séjourner durant près de 10 ans dans la forêt, dans le dénuement le plus total, avec sa mère, épouse et enfants.

Il faut également sous-estimer l’orgueil de Sassou (ce qui est un comble pour un type qui ne veut pas lâcher le pouvoir), ou de n’importe quel chef d’Etat à croire qu’il pourrait être satisfait que le monde dise qu’il ne maitrise pas tout son pays, et qu’il y existe des poches de résistance.Et si l’arrange, c’est lui qui niait partout entre 2016 et 2017 qu’il y a une crise dans le Pool. S’il voulait le faire en silence, il n’a pas besoin d’avoir un pion qui lui servirait de prétexte.

Et comment Sassou peut-il fournir des armes à un mokongo, le peuple qu’il prend pour sa bête noire (j’y reviens sur un autre poste), et dormir calmement dans son lit à moins de 100 kilomètres de là? Les bakongo qu’il a dans son armée n’ont jamais commandé une bataillon équipée alors qu’ils sont avec lui depuis 40 ans pour certains, ils lui ont prouvé leur fidélité plus que de raison mais ca reste des bakongo, des porteurs d’eau, relégués à des sous postes.

Mais voilà le super stratège anti bakongo qui va confier la mission la plus incroyable de l’histoire militaire humaine à un civil total, sans le simple service militaire à son actif, un jeune homme inconnu de 34 ans à l’époque qu’il n’a jamais vu, à qui il va donner des armes capables de mettre en déroutes ses propres bataillons composées de militaires professionnels, bien équipés, accompagnés au début des redoutables troupes angolaises notamment, surentraînées et expérimentées. Tous envoyés pour aller jouer à la guerre dans le Pool avec de vrais morts dans leurs rangs.

C’est du délire de dingue! Mais bientôt il va parler. Heureusement.

Hervé Mahicka

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