Les Congolais ont peur. Un pays gouverné par la peur : en avant vers le suicide collectif

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Patrick Eric Mampouya

TRIBUNE. La peur est le moteur le plus puissant pour conduire les hommes ou pour gouverner une population. Equitablement partagée, la peur est dans le regard de chaque congolais. Le  peuple congolais a peur, les autorités ont peur, le gouvernement a peur, les gouvernés ont peur, même le Président de la république a peur. Tout le monde a peur dans le pays et pour se donner bonne figure, ils nomment cela la trêve sociale, la paix ou encore la stabilité.

Cette peur se manifeste de différentes manières selon qu’on soit d’un bord politique ou de l’autre bord politique, d’une communauté ethnique ou d’une autre, d’une classe sociale ou d’une autre. 

Dans les faits, plus personne n’ose plus quoi que ce soit, la société est paralysée, aucun projet fédérateur en cours dans le pays, personne ne croit plus aux promesses, tout tourne dans le vide. Les médias, thermomètres de la société montrent tous les jours des autorités qui travaillent d’arrache-pied sur des réformes sans résultats. Malgré les annonces tonitruantes des uns et des autres, malgré le travail acharné des uns et des autres, aucun projet n’aboutit, le pays tout entier est toujours biberonné par la communauté internationale, les tentes du HCR et des ONG fleurissent dans les régions et même dans les villes. Même les églises de réveil n’ont plus rien à proposer de concret. Rien ne bouge dans le pays comme si Dieu lui-même avait abandonné le Congo.

Tout le monde sait pourtant ce qu’il faudrait faire pour débarrasser le pays de cette peur paralysante qui terrasse tout le monde sans distinction. Les partis politiques, les associations, les journalistes, les professeurs des universités, les personnalités de tous bords ont proposés et proposent toujours des solutions pour sortir le pays de cette crise paralysante. Les meilleurs experts du monde se sont penchés sur le scandale congolais pour esquisser des solutions de sortie de crises mais, rien n’y fait. La peur est toujours plus forte que tout.

Chacun souffre en silence à l’abri des regards indiscrets pour préserver une certaine dignité, avec son destin contrarié, ses projets en attente, enterrés ou entre parenthèses. Les retraités sans pensions se terrent chez eux, les étudiants sans bourses rasent les murs, les enseignants et les hospitaliers menacent toujours d’aller en grève sans jamais franchir le pas (les innombrables promesses faites à eux ne sont jamais tenues), les fonctionnaires qui perçoivent encore leurs maigres salaires avec retard sont à bout de force, quant aux opérateurs économiques en attentent de percevoir leurs créances de l’Etat, ils vivotent, gérant tant bien que mal leurs familles, leurs employés et leurs dettes. Les agents de la force publique et les militaires, pourtant régulièrement payés avec retard, boudent tête baissées en regardant leurs chaussures. Chaque corps de métier regarde les autres corps de métier en espérant qu’il va se passer quelque chose sans trop savoir quoi.

La peur est une émotion ressentie généralement en présence d’un danger ou d’une menace. La peur est aussi la capacité de reconnaître le danger et de la fuir ou de la combattre.

Les congolais ont peur, peur de celui qui est censé les protéger (le père de la Nation) et qui les maltraite pourtant, comme cet enfant battu par son père et qui a pourtant besoin de ce même père pour le protéger, le soigner et le faire manger. C’est  le syndrome de Stockholm à l’échelle de tout un pays. 
Les congolais transpirent la peur, ces grandes gueules qui ont des stratégies à revendre s’égosillent à l’abri des oreilles indiscrètes ou calfeutrés dans leurs chambres à couché, ces théoriciens du dimanche qui ont réponse à tout, ne pensent qu’à se planquer dès que ça sent un peut le souffre.

Tous les congolais ont peur, ils se souviennent encore de la sauvagerie de la guerre du 5 juin 1997. Tous les Brazzavillois se souviennent encore de la capture du Colonel Marcel Ntsourou le 16 décembre 2013 en pleine journée avec des armes lourdes et des hélicoptères de combat au centre-ville. Un véritable délire, une explosion, un déchainement de violence inouïe destinée à faire un carnage mais surtout à faire peur aux populations, à ceux qui veulent faire valoir leurs Droits de vivre libre.

Cette peur indicible, tétanisante et quasi maladive, rend les congolais incapables de changer leurs conditions de vie. Tous les congolais veulent vivre libre et en paix. La vie est le bien le plus précieux qui vous reste quand vous n’avez plus rien car rien ne vaut la vie.

« Le monde appartient à ceux qui osent » disait l’autre, et de renchérir, la peur de l’échec est paralysante à tel point qu’elle peut devenir pathologique. Il faut donc oser, oser toujours et oser encore quelque soit les difficultés.

A les regarder vaquer à leurs occupations, s’habiller comme des cracks avec leurs sapeurs on pourrait penser que les congolais sont heureux, derrière leurs chaussures biens cirés, leurs cravates en soi et leurs costumes huileux. En dessous du vernis de leurs ongles manucurés, de leurs coiffures soignés il y a encore et toujours la peur et donc l’impuissance.

De quoi ont peur les congolais ?
Les notables du Congo vivent dans des demeures bunkérisées, hyper sécurisées avec vidéo surveillance et gardiens munis de chiens méchants ou d’artillerie de guerre, comme des personnes qui ont quelque chose à se reprocher, ceux ou celles qui se croient éternels ont dans des gros véhicules blindés aux vitres fumées avec leurs chauffeurs qui font office de body guard. Il est rare de les voir trainer dans les rues, on les aperçoit à peine dans des clubs très sélects où il faut montrer patte blanche ; ils chuchotent plus qu’ils ne parlent, l’œil alerte, les oreilles à l’affut comme si on pouvait les entendre (les murs ont des oreilles au Congo).Ils ont peut.

Régulièrement les forces de l’ordre à bord des engins de guerre sillonnent les artères des quartiers pour faire des exercices. La ville et tout le pays est quasiment une zone guerre permanente, impossible de circuler dans la ville ou dans le pays sans croiser des militaires armés jusqu’aux dents avec quelque fois des lances flammes ou des mitrailleuses sophistiquées.

Tout le monde se méfie de tout le monde et même du téléphone, ceux qui travaillent dans le secteur de la téléphonie vous conseillent ouvertement de ne pas trop parler au téléphone à cause des écoutes téléphoniques. Il est fortement conseiller d’avoir un appareil de téléphone bas de gamme qu’on ne peut pas géolocalisé. Le Congo est le pays de la rumeur. Quasiment tous les médias du pays n’informent jamais sur ce qui se passe à l’extérieur du pays, le monde est trop dangereux et les congolais pourraient prendre exemple sur les autres pays. Tous les médias ou presque sont sommés de reprendre la propagande gouvernementale sous peine de sanction.Une ambiance de soupçon généralisée règne à Brazzaville. Alors on est mieux chez soi, on se bunkérise avec les siens, on bunkérise le pays. Du voisin, on ne veut surtout rien savoir, on rehausse les murs de sa demeure s’il le faut, d’ailleurs on ne le connaît pas, on ne le voit pas puisque lui aussi s’est bunkérisé.

Les manifestations de rue sont interdites au Congo, les sit-in sont à peine tolérés, les partis politiques ou associations sont encadrées par des lois liberticides et des lois d’exclusions. Tous contrevenants s’exposent aux tirs tendus à balles réelles. On ne compte plus le nombre d’activistes ou de militants mort de tortures dans les lieux de détention.

Le sang a déjà coulé au Congo, le pays a connu des violences terribles et chacun s’en souvient encore comme si c’était hier, d’autant que les coupables des crimes et les victimes se croisent régulièrement dans les rues (chacun sait qui est qui et qui a fait quoi). Les vainqueurs de la guerre avec leurs mitrailleuses en bandoulière paradent encore dans les villes, certains ont tronqué leur mitrailleuse contre la cravate et le costume, même leur général en chef ne s’habille plus en treillis. 

Pas un discours politique sans entendre des sornettes du genre « la paix durement acquise », un pneu qui éclate et voilà que chacun plonge derrière un abri de fortune. L’ennemi n’est jamais loin, l’ennemi c’est l’autre, le voisin, celui qu’on connaît ou qu’on ne veut pas connaître.

En effet, les congolais ont un passé douloureux, ils s’entretuent depuis l’indépendance du pays et ils en parlent avec véhémence, aucun d’eux ne veux évoquer l’avenir (Dieu pourvoira), l’avenir des congolais est très noir parce qu’incertain, aucun projet fédérateur, aucune ambition nationale ne semble les concernés, une seule certitude : il faudra tout reprendre à zéro, absolument TOUT, en commençant par l’éducation.

Les mines et le pétrole sur lesquelles les autorités misent ne créent pas d’emploi, l’Etat ne crée plus d’emploi non plus (ce n’est d’ailleurs pas son rôle), l’école, haut lieu de l’éducation et de la formation est en ruine et personne ne semble prêt à commencer le travail de sa réhabilitation sauf dans les slogans. La réforme semble être un voeux pieux juste bonne pour les campagnes électorales.

Année après année, budget après budget, plan après plan, le quotidien des congolais se durcit de plus en plus. Oui les congolais souffrent, ils sont sur la corde raide, ils n’ont plus d’épargne : « ça ira un jour », c’est le nouveau slogan à la mode au Congo.

Personne ne croit plus à la paix chantée à go les sauces par ceux là même qui ont des mitrailleuses dans leur attaché case, chacun sait que le cycle des violences politiques n’est pas terminé et pourtant tout le monde chante mécaniquement la paix dans les églises.

Tout comme le vivre ensemble, la paix ne se décrète pas, la paix se négocie toujours avec l’adversaire ou l’ennemi, le vivre ensemble ou la paix c’est du donnant-donnant, les Européens le démontrent tous les jours. Au Congo Brazzaville, villes des intellectuels pervers narcissiques, pays des hauts cadres menteurs et des médecins qui ne respectent plus leur sermon, personne ne semble avoir compris la leçon.

Ça va encore péter à Brazzaville, c’est une certitude, il ne peut pas en être autrement, tout le monde le sait et chacun se prémunie déjà. Il ne peut en être autrement quand un petit nombre se goinfre et que la majorité crève la gueule ouverte. La seule question à se poser c’est : QUAND ? 

Le temps qui passe inexorablement repousse le moment fatidique, un allier pour certain (pourvu que ça dure chuchotent-ils sans y croire eux-mêmes) mais, le temps est aussi le pire des ennemis pour les laissé pour compte qui rognent leur frein et fourbissent des rancœurs en attendant leur jour… 

Tout le monde  jour peur à Brazzaville, même les très rares mercenaires étrangers du business qui viennent investir au Congo adoptent ces incongruités locales pour se tropicaliser. Un
Le Congo Brazzaville est une zone à haut risque dans la zone rouge des pays des grands lacs et ce n’est pas prêt de changer en 2021.

Patrick Eric Mampouya

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