L’épopée des éditions musicales congolaises “Kina” et “Opika” des Frères Moussa Benatar (1949 -1955)

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1945, période de la vulgarisation de la musique congolaise de danse, coïncide avec la création des premières Maisons de disques à Léopoldville (Kinshasa).

Elle donne effectivement l’occasion aux  précurseurs de la musique congolaise moderne de s’employer activement dans une carrière phonographique qui précisément commence en 1946 avec les éditions “Olympia” (1946-1948) – “Ngoma”(1948-1958) – “Gallotone”  (1949-1952).

Editions “Kina”

1949 – Les frères Solomone et Joseph Moussa Benatar  (belgo-juifs) qui appartiennent à une famille de musiciens et propriétaires d’une grande entreprise de vêtements : “Solbena” donnent naissance aux Editions musicales dont ils attribuent l’appellation “KINA”(danser en kikongo).

Les frères Moussa Benatar bénéficient du précieux service technique de Mr. Patou, promoteur en 1946 des éditions “Olympia” dissoutes. Dès cette époque, l’honneur échoit au chanteur Paul Mwanga d’enregistrer le premier sur cette marque en compagnie de l’accordéoniste Crispin Loleka (qui avec Camille Feruzi étaient les meilleurs de leur génération) et du guitariste Michel Buta.

L’un des premiers disques de cette firme, qui a rendu Paul Mwanga célèbre, a pour titre : “I yaya naboyi monoko ya mobka” qui fit longtemps classé dans la catégorie des chefs-d’œuvre.

Conflit entre les Editions “Kina” et “Ngoma”

Sur un terrain où la firme “Ngoma” du grec Nico Jeronimidis faisait cavalière seule, la présence du nouveau venu “Kina” poseproblème. En effet, la Firme “Ngoma” revendique devant les tribunaux, l’appellation “Kina” dont elle serait propriétaire depuis sa création en 1948, c’est-à-dire “Kina Ngoma” (jouer au tam-tam en dialecte kongo)

Les tribunaux tranchent en faveur de “Ngoma”, d’où le changement de l’appellation “Kina” en 1950 par celle d'”Opika”(tenir bon en lingala). Une trouvaille de Camille Yambi, un proche collaborateur des frères Moussa.

1950 – Les éditions “Opika

A l’instar de la Firme “Ngoma”, la Firme “Opika” va au mieux valoriser le talent de ses musiciens, qui dans leurs premières œuvres recherchent des subtilités sonores dans l’harmonie et le rythme, ce qui fait de leur art l’un des mieux traités.

En effet, les frères Moussa Benatar qui s’imposent comme les novateurs de la musique congolaise entrevoient davantage d’excellentes possibilités d’expression musicale à partir desquelles ils font le choix des musiciens d’un bon niveau, et s’attellent à élargir immédiatement leur champ d’action. Ils s’appuient surtout sur un collectif dénommé, le groupe “Bana Opika” qui rassemble tous les musiciens de l’écurie, qui se donnent la main en studio (indépendamment du groupe de chacun) pour enregistrer des superbes disques, fruit d’un travail magnifique conduit par des meilleurs arrangeurs.

Ci-après, quelques noms qui ont marqué l’existence des deux  premières années des éditions “Opika”, ses acteurs les plus célèbres et qui ont eu à rivaliser avec les éditions “Loningisa” (1950). Ils tiennent une part de leur célébrité à leur remarquable justesse de ton dans l’accompagnement clair, précis et décontracté qu’ils offrent  partir de 1953 à ce que l’on appelé “l’Ecole African Jazz”.

Citons :

les guitaristes François Boyimbo “Gobi”, Albert Yamba Yamba “Kabondo”, Charles Mwamba “Dechaud”,Albert Taumani, Zacharie Elenga Jhimmy, Tshilumba Baloji “Tino Baroza“, les chanteurs Joseph Kabaselle, Lucie Eyenga, Paul Mwanga, Nico Kasanda (chant, puis guitariste), les saxophonistes Fud Candrix, Isaac Musekiwa, André Menga, les groupes San Salvador Nelson Simon, Rancho Sébastien et Alvaro Rodriguez, Marcellin Laboga, Etienne Diluvila (percussion), etc…

1955 – La firme Opika cesse d’exister à la faveur des éditions  “Esengo” de l’éditeur grec Dino Antonopoulos, et après avoir racheté le matériel du studio “Opika”. Entre 1957 et 1960 Le Rock-A-Mambo, l’African Jazz et le Conga Jazz constitueront les orchestres vedettes des nouvelles éditions “Esengo”.

Clément Ossinondé

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