Une lecture de la pièce de théâtre Les obsessions perverses de zololoufoua et compagnie de Sergil Morsely Ngoma

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Pièce de théâtre en trois actes ayant au total 21 scènes, autour desquelles se déploient dix sept personnages, Les obsessions perverses de Zololoufoua et compagnie est la restitution des réalités puisées dans le contexte traditionnel africain, ayant une résonance particulière dans les sociétés actuelles.

Il faut lire en cette pièce de cent cinq pages la problématique relative à la succession ou la transmission de l’héritage. De là se dégage donc le conflit inter-générationnel, la crise du dialogue et de l’harmonie familière, car la question de l’héritage est aussi déchirante que la mort dans les sociétés africaines, les liens parentaux se brisent pour laisser recours à la sorcellerie.

Par ailleurs, la pièce de Sergil Morsely Ngoma est l’expression de la perversion et d’aversion d’un monde préoccupé par les idoles de la tribu, où règne la pensée magique au même titre que la raison. Cette hantise de la mort ou cette force de la mort sur la vie dans la démarcation du réel et de toute volonté divine, s’énonce dès l’éponyme ( Zololoufoua) comme l’illustration de cette réalité macabre et funeste. Puisqu’il en est question d’une triste réalité, le deuil semble le point de départ de la pièce, un deuil qui dans le texte attise la révolte qui finit par réhabiliter la paix et l’harmonie sociale. Une part assez importante de sociologie africaine se dégage à travers la pratique sorcière telle que décrite dans la pièce. Et l’image sur la couverture vient tout simplement renforcer cette pensée fétichiste de zololoufoua et sa compagnie, donc les autres descendants de Moé Sitou. Une sorte de transmission mystique s’opère, malheureusement un mysticisme qui sera à l’origine de l’effondrement social et de la dislocation des membres de la famille. La grande difficulté se pose au niveau de la succession.

Le premier acte s’ouvre par une scène présentant Moé Sitou, ancêtre éponyme et chef du clan Boussa-Boussa dans une agonie. Au seuil du trépas, il se fait assister par sa fille Zololoufoua à qui il transmet contre son gré, une pièce de cinq franc, comme le symbole traditionnel d’une force surnaturelle et d’une puissance mystique du clan. Cette pièce de monnaie sera au cœur des controverses jusqu‘au jour de ses obsèques. En clair, cette pièce de monnaie est source de malédiction, la transmission directe de la sorcellerie qui déstructura la famille et causera plusieurs décès en particulier les plus jeunes. Zololoufoua en possédant cette monnaie de surcroit une femme, est gagnée par un esprit de supériorité, sa folie d’exister causera son propre mépris au point d’être répugnée par tous.

Ensuite dans le deuxième acte, plusieurs cas de décès sont perpétrés mystiquement par ce groupuscule ayant une grande réputation sorcière (Zololoufoua et compagnie), les trois, Solomapeka, Zololoufoua et Thi-Theli dans une complicité très sorcière feront suivre plusieurs sortilèges. De là naitra une chasse à l’homme en trucidant mystiquement nièces et fils. Ici la mort devient source de plaisir, ainsi tour à tour, en forme de partage, les trois feront du corps humain, une viande boucanée.

Et enfin dans le dernier acte interviendra une vengeance de cette jeunesse victime contre les tenants de cette pratique sorcière. Thitoula, fille de Bénédicte tombera dans un état comateux .Cette fois-ci les choses se dérouleront autrement, les jeunes prendront les devants au point d’exterminer les trois enfants de Moé Sitou.

En conclusion, il faut souligner que cette pièce est écrite dans un style subtil dont la discursivité dans son sens esthétique, nous rappelle sans nul doute Sony Labou Tansi .

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