Le fossé en matière de financement de la protection sociale a augmenté de près de 30% sous l’ effet de la pandémie de Covid-19

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Actuellement, moins de la moitié de la population mondiale est effectivement couverte par au moins une prestation de protection sociale.

«45%seulement de la population mondiale est couverte de manière concrète par au moins une prestation en matière de protection sociale», selon l’Organisation internationale du travail (OIT).

Le reste de la population, soit plus de 4 milliards de personnes, ne bénéficie d’aucune protection, a souligné l’agence onusienne dans une nouvelle étude intitulée «Déficits de financement de la protection sociale : estimations mondiales et stratégies à l’intention des pays en développement dans le contexte de la crise du Covid-19 et au-delà».

Selon l’étude dont les résultats ont été rendus publics récemment, la situation s’est aggravée depuis le début de la pandémie de Covid-19, le fossé en matière de financement de la protection sociale ayant augmenté de près de 30%.

Pour l’OIT, «cela s’explique, d’une part, par le besoin accru de soins de santé et de sécurité du revenu pour les travailleurs ayant perdu leur emploi en raison du confinement et d’autres mesures, et d’autre part, par la réduction du PIB due à la crise».

Ainsi, «pour la seule année 2020, les pays en développement auraient besoin d’investir environ 1.200 milliards de dollars américains, soit en moyenne 3,8% de leur PIB, afin de garantir au moins une sécurité minimale en matière de revenu, ainsi que l’accès à des services essentiels en matière de santé», a indiqué l’organisation. Et de préciser qu’il s’agit là de la conséquence des besoins accrus en services de santé et de sécurité en matière de revenu pour les personnes ayant perdu leur emploi pendant le confinement, et de la réduction du PIB occasionnée par la crise.

A en croire l’agence, la situation est particulièrement grave dans les pays à bas revenu qui «doivent investir environ 80 milliards de dollars, soit près de 16% de leur PIB, afin de garantir à tous au moins une sécurité minimale en matière de revenu, ainsi qu’un accès aux services de santé essentiels», a affirmé Shahrashoub Razavi, directrice du Département de la protection sociale de l’OIT.

D’après les auteurs de l’étude, au niveau régional, le fardeau respectif pour combler l’écart est extrêmement lourd en Asie centrale et occidentale, en Afrique du Nord et en Afrique subsaharienne (entre 8 et 9% de leur PIB).

A noter que pour la seule année 2030, l’étude de l’OIT montre que le déficit de financement annuel à combler pour parvenir à une couverture universelle s’élèverait à 1.200 milliards de dollars pour l’ensemble des pays en développement (soit 2,2% de leur PIB), dont 686,3 milliards de dollars.

Pour les pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieure (1,7% du PIB), 413,4 milliards de dollars pour les pays à revenu intermédiaire de la tranche inférieure (3,2% du PIB) et 100,9 milliards de dollars pour les pays à faible revenu (11,5% du PIB).

Au regard de la situation notamment dans les pays à bas revenu et afin d’honorer ses engagements en matière d’extension de la couverture, l’organisation exhorte la communauté mondiale à consentir d’importants investissements. Etant donné que «les ressources financières au niveau national sont loin d’être suffisantes, combler le fossé financier annuel nécessitera des fonds venus de l’extérieur et basés sur la solidarité internationale», a estimé Shahrashoub Razavi.

L’agence onusienne rappelle à ce propos que les institutions financières internationales et les agences de coopération au développement ont déjà débloqué plusieurs enveloppes budgétaires afin d’aider les gouvernements des pays en développement à gérer les différents aspects de la crise. Cela n’empêche que des ressources supplémentaires sont nécessaires afin de combler le fossé financier.

L’OIT a tout de même prévenu : «La mobilisation au niveau mondial doit venir en complément des efforts réalisés sur le plan national».

Alain Bouithy