Le désarroi des malades marocains

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TRIBUNE. L’orientation médicale du patient constitue un très gros problème économique et sanitaire. Le patient est souvent victime de l’absence d’une bonne orientation médicale, totalement perdu, il fait le tour des médecins de la ville et de toutes les spécialités ainsi que des cliniques dans l’espoir d’être soigné. Mal orienté, il perd beaucoup de temps et d’argent et s’expose souvent à de graves complications, voire même son décès.

Je vais tenter de mettre en lumière plusieurs points afin que le public découvre une réalité inconnue du terrain, mais aussi dissiper la confusion qui engendre la méfiance et les fausses interprétations. De même, je proposerai quelques solutions afin de protéger les droits des malades et des médecins.

  1. Ce que le public doit savoir sur les différents secteurs de la pratique médicale

Chaque médecin est libre de choisir de travailler soit dans le secteur public ou militaire en tant que fonctionnaire de l’état. Mais il peut aussi choisir d’exercer dans le secteur libéral à son propre compte en milieu urbain ou rural.

Les médecins fonctionnaires de l’état ne sont pas autorisés à travailler dans le secteur privé, c’est-à-dire dans les cliniques et les cabinets, sauf s’ils ont une autorisation légale pour exercer quelques heures par mois ou bien pour un remplacement dont la durée est déterminée.

2. L’anarchie dans le secteur de la santé

Tristement, un certain nombre de médecins de la santé publique et militaire, sans autorisation et sans remord moral exercent la médecine illégalement dans le secteur privé. Autrement dit, ils travaillent et perçoivent des honoraires au noir et ce sont bien eux qui salissent l’image des médecins du secteur privé. Certains de ces médecins consultent dans leurs propres domiciles, aux domiciles des patients, dans les cabinets de leurs amis ou leurs conjoints médecins ou encore, et ceci le plus souvent, dans des cliniques.

3. Le désarroi du malade

Le malade ignore tous ces détails, il va par exemple dans une clinique pour se soigner, tout en ignorant si le médecin est du secteur privé, public ou militaire. Lorsqu’il s’agit d’un médecin du secteur privé, ses honoraires sont déclarés dans la facture de la clinique avec son nom et rien ne se fait dans le noir. En revanche, lorsqu’il s’agit d’un médecin de la santé publique ou militaire, la facture fournit par la clinique ne spécifie pas son nom s’il n’est pas autorisé légalement à exercer dans le privé, ainsi la facture parait louche pour le malade et sa famille.

4. La qualité du travail médical

Si j’affirmais qu’il n’y a que du sérieux et de l’honnêteté dans le travail des médecins, je serais un menteur. Comme dans tous les domaines, il y a des erreurs professionnelles, d’inattention et quelques écarts désagréables. Le malade a le droit d’avoir des explications claires et nettes par rapport à sa maladie, à son diagnostic et aux différents examens complémentaires, seulement ce n’est pas toujours le cas, ainsi il reste souvent dans le doute et la méfiance. Tristement et souvent, les malades ne sont pas respectés dignement et ce plus particulièrement dans le secteur public (hôpitaux et centres de santé).

5. Les erreurs médicales

Il est évident que le médecin n’est pas infaillible et il pourrait commettre des fautes professionnelles.

6. Propositions de solutions

Tout ceci crée le chaos, la confusion et la méfiance des patients vis à vis du médecin.

Afin de remédier à tous ces conflits, je propose la mise en place dans toutes les villes du royaume :

a- Un centre d’orientation médicale

Il travaille sur plusieurs facettes, l’accueil du malade, l’écoute téléphonique, une plateforme sur le web (une page facebook, messenger, whatsap et instagram).

Composé d’une équipe médicale qui recueille les symptômes du patient et l’orienter  vers la médecine générale ou specialisée afin que le patient évite le circuit désagréable des cabinets et des hôpitaux.

b- Un centre de conseil

Lui aussi utilise les mêmes moyens cités plus haut.

Il sera composé d’un représentant du conseil de l’ordre des médecins et des assurances maladies.

Le patient (ou sa famille en cas d’hospitalisation en urgence) avant de recevoir les soins, doit s’assurer de l’identité du médecin et à quel secteur médical il appartient, s’il a le doit d’exercer en privé ou non. De même, ce conseil évalue le diagnostic et le protocole thérapeutique proposé au patient et évalue le devis des soins. Ainsi, le malade est bien renseigné et protégé.

c- Une cellule de défense des droits du patient

Elle est mise à sa disposition via les mêmes moyens cités plus haut.

Cette équipe sera composée de médecins, de juristes, des représentants des assurances maladies et du centre national des droits de l’homme.

Son rôle est de recevoir les plaintes des malades, de les évaluer et de défendre leurs droits.

Docteur Jaouad Mabrouki

Expert en psychanalyse de la société marocaine et arabe

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