Laurent Botseke, une valeur sûre du Lingala, de la radio et de la chanson engagée, vient de tirer sa révérence

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Laurent Botseke

Laurent Botseke est mort le samedi 4 Janvier 2020 à Brazzaville des suites d’une longue maladie. C’est une véritable icône de la langue Lingala qui disparait à l’âge de 77 ans.

La Messe des Piroguiers

Au commencement était la célèbre « Messe des Piroguiers » de la basilique Sainte Anne du Congo dans laquelle, adolescent Laurent Botseke y fait partie.

En effet, La chorale des chanteurs à la Croix d’Ebène devenue plus tard Chorale de Sainte-Anne, est créée le 1er novembre 1949. Elle est mieux connue sous le nom de « Chorale des piroguiers du Congo ». Sa genèse remonte à 1936, quand quatre anciens élèves et membres du cercle culturel se retrouvaient en cachette auprès de l’organiste d’origine angolaise Joseph Dacosta, ancien élève des Frères des Ecoles Chrétiennes de Léopoldville (Kinshasa, pour faire des vocalises. En effet, ils voulaient faire une surprise à leurs supérieurs religieux, les pères Lecomte et Bureth et leur offrir la joie d’une messe chantée.

En quête d’originalité, le père Lecomte contacte en 1947 le couple de musicologues Henri et Eliane Barat-Pepper pour introduire une note d’africanité dans les chants liturgiques. Les partitions de la « Messe des piroguiers », une adaptation pure des chœurs Banda, sont remis au père le 14 mai 1948. C’est un tel triomphe que chaque messe est retransmise en direct à radio-Brazzaville. Les différents chefs de la chorale sont le père Lecomte, le père Bureth et Emile Oboa.

Sur invitation de la chaine radiophonique Europe 1 et du périodique Le Pèlerin, la chorale anime le Noël 1959 en France. C’est la période de gloire.

Elle comprenait quarante enfants et une vingtaine d’adultes lorsque le disque « Les Piroguiers du Congo » est enregistré. Son chef de chœur était Emile Oboa et un des solistes était Laurent Botseke, qui devint journaliste quelques années plus tard.

Laurent Botseke, Journaliste

Formé au cours des années 70 dans les Écoles supérieures de journalisme de Pékin (Chine) et de Sofia (Bulgarie), Laurent Botseke fini par se spécialiser journaliste de langue lingala. Il va exceller pendant longtemps à Radio Congo, aux côtés de son mentor Henri Pangui, avant d’être le seul maître à bord, après la disparition de ce dernier. Laurent Botseke va se consacrer à la vulgarisation du véritable lingala « Ya Bakanza » à travers la traduction de plusieurs textes dont celui relatif à la loi sur les partis politiques, l’hymne national La Congolaise, les comptes-rendus de conseils des ministres, les discours des différents chefs d’Etats depuis Marien Ngouabi.

Laurent Botseke ne cessait de dire – et pour citer notre ami Jean Dany Ebouélé des dépêches de Brazzaville – que toutes les langues se valent. Affirmant la richesse sémantique du lingala, la langue des pêcheurs du corridor du fleuve Congo, Laurent Botseke souligne : « Les Vietnamiens, les Chinois et d’autres n’ont pas besoin de la langue française pour se faire entendre. Le lingala est une langue scientifique, il suffit de la vulgariser, la généraliser et la créer pour la rendre fluide comme d’autres langues. »

A son actif et dans le domaine de la littérature :

– Un ouvrage intitulé  « Mibeko Mya Kokoma Mpe Koloba Lingala » qui sert à vulgariser l’une des langues nationales du Congo et contribuer à sauvegarder sa richesse. C’est un ouvrage de grammaire de 14 chapitres, parue à la librairie des Dépêches de Brazzaville. Il est particulièrement dédier aux  journalistes, aux services des langues nationales et aux traducteurs dans les églises. Il peut également aider les étudiants, les chanteurs, et tous les locuteurs du lingala.

Laurent Botseke est auteur de la version lingala de la constitution de la République du Congo du  20 janvier 2002.

Laurent Botseke musicien (chanteur)

C’est au cours des années 70, après son retour de la formation en Chine, et en tant que membre de la sécurité publique que Bernard Bouka l’enrôle comme chanteur, dans la formation des « Guérilleros » (orchestre de l’APN) où il va évoluer aux côtés de Bouka,  Boulhos Loupino et tant d’autres.

Son plus grand succès sur disque 45 tours Socodi en 1972  comporte deux titres : « Mwasi ya bar » (Botseke)  et « Ezali ya soni » (Bouka). Suivront d’autres titres comme :« Conférence nationale », « Tribalisme « et beaucoup d’autres avec l’orchestre Super Boboto (SBB)

Distinction

Laurent Botseke a été élevé en août  2010 au grade d’officier dans l’ordre du mérite congolais.

Retraite

Admis à la retraite en 2003, Laurent Botseke a mis à profit son temps libre pour partager son expérience pour l’enrichissement de la carrière des jeunes journalistes en lingala. Il laisse en chantier son projet d’édition du dictionnaire français-lingala, dans lequel il est prévu un éventail de proverbes, de conjugaisons et de grammaire. Un projet qu’il n’a pu réaliser en raison de son long mauvais état de santé.

Laurent Botseke  « Tu nous as laissés orphelins« .

Clément OSSINONDE

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