L’armée congolaise en question

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TRIBUNE. L’armée est un corps de métier important pour la souveraineté d’un État ; les missions régaliennes d’une armée sont : La conquête des nouveaux territoires, la protection des frontières des territoires conquit et subsidiairement d’assurer les missions de paix.

Depuis la création de l’O.N.U. toutes les armées du monde ont revu leurs missions. La reconnaissance des frontières de chaque pays a été adoptée et inscrite sur le marbre par tous les pays membres de l’Organisation des Nations Unis. Dès lors, la conquête des nouveaux territoires comme mission de l’armée a été abandonné par toutes les armées du monde. Le dialogue et la négociation sont devenus les nouvelles normes de résolution de conflit entre États.

En clair, toutes les armées du monde ont retenues comme objectifs affichés la protection des territoires et les missions de paix dans les zones en conflit sous l’égide des Nations Unis. Un acte de guerre pouvant être considérer comme une mission de paix si l’O.N.U. donne son aval.

Depuis, certains pays se servent de l’armée pour aller en aide aux populations qui sont en difficulté lors des catastrophes, pour aider aux grands travaux et exceptionnellement en cas d’état d’urgence, aider la police à assurer ses missions tels la protection des biens et des personnes. Les armées sont devenues des outils de défense nationale et de maintient de la paix.

Les frontières du Congo Brazzaville sont reconnus par tous les pays du monde, en d’autres termes, aucun pays ne menace l’intégrité territoriale du Congo Brazzaville ; dès lors on peut se poser des questions sur les missions de l’armée congolaise.

Premier employeur du pays, l’armée congolaise est aussi le premier poste de dépense du budget de l’État avec un effectif qui avoisine les 100 000 hommes ; alors que dans la plupart des pays du monde ce poste est réservé à l’éducation. Des généraux à la pèle, des colonels à ne plus savoir quoi en faire, et des armes partout. Sans conteste on peut dire que le Congo Brazzaville est un pays hyper militarisé.

En effet, les militaires sont partout et tiennent la plupart des postes administratifs (il n’est pas rare de trouver un officier de l’armée qui dirige une administration civile) ; mieux, connaître un haut dignitaire militaire c’est avoir la légalité et la protection pour soi, quoi qu’on fasse et même si on viole la loi. Le policier et le magistrat sont devenus les serviteurs du militaire ; même dans les hôpitaux il suffit d’agiter le nom d’un colonel ou d’un général pour se « faire bien traité ».

L’armée facteur de désordre

On peut le regretter mais c’est un fait, le Congo Brazzaville est dirigé par les militaires donc par l’armée depuis une quarantaine d’année, alors que dans la plupart des pays civilisés, l’armée est sous le commandement du civil.

Depuis, le pays ne s’est jamais aussi mal porté sur tous les plans (économique, sécuritaire, social, diplomatique etc…). L’armée porteuse de bonnes valeurs est devenue une organisation d’affairiste et de jouisseurs, incapable de protéger les frontières du pays et d’assurer la sécurité intérieure des congolais. En effet, tous les hauts gradés de l’armée sont devenus des hommes d’affaires, foulant ainsi au pied une loi datant des années 70 qui interdit à tous les agents des administrations publiques de faire du commerce pour éviter les conflits d’intérêts.

Depuis que l’armée dirige l’État et gère le pays, la psychose du coup d’état est permanente, les nombreuses crises larvées que connaît le pays restent sans solutions. Et même pour les opérations de maintien de la paix à l’extérieur du pays, l’armée congolaise n’est plus qualifiée ; en juin dernier, un contingent de l’armée congolaise s’est fait expulsé de la Centrafrique par l’O.N.U. pour indiscipline, trafic en tous genres et, tenez vous bien, pour viol.

L’armée congolaise est devenue un récipiendaire de voyous et de brigands de toutes sortes qui ternissent l’image du pays. 

La nouvelle bourgeoisie congolaise est composée essentiellement de militaires ou de leurs descendants

Les plus chanceux dans l’armée congolaise ont des salaires 50 fois plus importants que les salaires de l’enseignant ou de l’infirmière de base et, pas besoin d’être gradés pour cela ; on trouve ainsi des sergents ou des adjudants qui ont des salaires plus importants que leurs supérieurs.

A quoi servent donc toutes ces troupes ? Le Congo serait il en guerre ? Qui menace le Congo Brazzaville ? À quoi sert l’armée au Congo Brazzaville ? Toutes ces questions doivent être posées sans polémiques pour définir des nouvelles stratégies de défense et faire que l’armée devienne républicaine au Congo Brazzaville, ce qui est loin d’être le cas actuellement.

On les croise partout dans tout le pays, dans les rues, dans les marchés, dans les ngandas, dans les administrations civiles, dans les aéroports, dans les marchés, dans les boites de nuit, en tenue de combat armes en bandoulière.

Loin de rassurer la population qu’ils sont censés protéger (travail dévolu à la police dans un pays normal), les militaires sont devenu la cause principale de l’insécurité et de la peur du citoyen. Ils sont impliqués dans plusieurs combines et dans beaucoup de magouilles, en service ou pas ils arborent leurs tenues pour certains, leurs armes pour d’autres dans le but de montrer « qui » ils sont et d’avoir des passe-droits. A défaut d’inspirer le respect et la confiance, l’armée congolaise inspire la crainte, l’angoisse et la peur.

Chaque Congolais connait au moins un Colonel sinon un général

Une inversion de valeur qui est difficilement supportable ; dans les pays civilisés on choisit ce corps de métier pour servir son pays et protéger son peuple ; on ne doit pas arborer les attributs de sa fonction si on est pas en service. Au Congo Brazzaville on choisit l’armée pour avoir la possibilité d’avoir un salaire, la respectabilité et une vie confortable si on a un peu de chance. Les frontières congolaises sont des véritables passoires, moyennant quelques argents on peut y faire rentrée tout et n’importe quoi, l’exemple des sachets plastiques et des faux médicaments qui sont interdits d’importation et de vente en témoigne.

La construction d’une Nation et d’un État au Congo Brazzaville est impossible tant que l’armée ne sera pas réformée pour devenir républicaine.

Un militaire n’est pas former pour faire du commerce et encore moins pour négocier ou trouver des compromis, l’armée doit obéir à l’autorité civile et non pas le contraire ; ce changement de paradigme ne sera possible qu’au terme d’un débat où il faudra redéfinir le rôle et les missions de l’armée au sein de la société congolaise.

Au fil des années on a fait croire aux congolais qu’un homme respectable est celui qui est fort physiquement ou qui a beaucoup d’argent. Tant que les congolais continueront à applaudir les chefs de guerre et les fortunes mal acquises alors rien ne sera possible en terme de développement humain.

Il est du devoir de chacun de nous de faire en sorte que notre peuple sorte de l’obscurantisme et de l’ignorance, les exemples de certaines de nos élites qui cèdent à l’appel du ventre et du bas ventre en prétextant vouloir changer les choses de l’intérieur tirent la Nation entière vers le bas et hypothèquent l’avenir de la nouvelle génération.

Patrick Eric Mampouya

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