L’apparition en 1964 du mouvement des Groupes Vocaux à Brazzaville – République du Congo

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«LES CHEVEUX CREPUS » de Jacques Loubelo.

En 1964, à Brazzaville, outre les orchestres, une jeunesse pleine de rythmes et de chansons s’exprime dans un style, qui est le fruit de leur talent. On les appelle Groupes Vocaux.

A Brazzaville, la nuit est tombée sur la ville immense confiant les quartiers obscurs à la lumière falote des lampes à pétrole. Les réverbères des grandes avenues qui longent les agglomérations de Bacongo et de Poto-Poto créent des oasis de lumière. La nuit, toute une jeunesse s’attarde. Des cercles se forment ou l’on traite longuement de tous les évènements du jour. Les deux grands sujets qui suscitent les débats plus passionnés sont le sport et la musique.

Fréquentez quelque temps les marchés de nuit et vous ne tarderez pas à apprendre qu’à travers la capitale, dans les quartiers se sont formés des dizaines de petits orchestres et groupes vocaux, qui ont leurs propres supporters, leur comité, leur ambition. Chacun d’eux ne cesse de créer des chansons nouvelles des rythmes nouveaux, sur tous les thèmes que la vie leur inspire.

Le fonctionnement, de ses groupes émergents a représenté ce que toute une jeunesse, pleine de rythmes et de chansons, à de meilleur, de plus dynamique.

A Brazzaville, les responsables nationaux de la culture et des arts ont su déceler l’importance de ce phénomène spontané, et établir entre ces groupes leaders une seine émulation.

Deux semaines culturelles on déjà été organisées au cours desquelles, les groupes vocaux les plus en vue ont pu s’affronter avec des joutes musicales passionnément suivies par toute la jeunesse.

Voilà comment sont nés les groupes vocaux, dont les plus méritants ont été les suivants :

01 – LES ANGES –

Les Anges.

Jeunes du Mouvement national des pionniers (M.N.P.) âgés de 14 à 16 ans dont : Gérard Kimbolo ; Aubin Mabika ; Mpelo ; Louchobo; Massengo, sous la direction de Joseph Toungamani , sont issus du groupe vocal « Les Pattes Tendres » formé en 1963. Très actif son chef Toungamani, apporte au groupe toute son intelligence et son savoir faire musical.

Devenus, un peu plus grands, les jeunes pionniers trouvent mieux de changer d’appellation à leur groupe. Ils optent pour le nom “Les Anges”, Ils évoluent désormais sous la tutelle de l’UJSC (Union de la jeunesse socialiste congolaise). Le groupe passe pour celui qui interprète les meilleures chansons engagées. Parmi celles qui ont amené le groupe à sa consécration, dont : « Le Vura » et « Mbonda ».

Présents à toutes les manifestations culturelles de l’organisation de la jeunesse et du  Ministère de la culture et des arts, tout comme aux nombreuses représentations à l’étranger, il a acquit une grande expérience qui a fait de lui au fil des temps, un orchestre-ballet, dans un genre qui est très  apprécié. Il détient un palmarès élogieux, de prix et de participations dans les grandes manifestations culturelles à travers le monde.

C’est surtout au savoir faire et à l’homogénéité de ses membres que le groupe a pu se maintenir pendant plusieurs décennies. Parmi ceux qui ont évolué dans les années 70, on compte : Gérard et Clotaire Kimbolo ; Casimir Zoba « Zao » ; Pie Aubin Mabika ; Casimir Matouridi ; Théophile Moubouena ; Serge Malonga ;  Christian Mahoukou ; Jean-Claude Miambogui ; Joseph Mbala ; Didier Mbemba.

On compte également quelques animatrices : Jeannette Loussembo ; Alphonsine Banzounzi et Gisèle Lobagne qui ont pris une part active à la réussite des prestations du groupe.

Au nombre des prix obtenus, et des manifestations auxquelles le groupe a participé pendant les toutes premières années de son existence, citons :

-1° prix aux deux semaines culturelles de Brazzaville 1967-68

-1° prix de l’ACAP (Association congolaise d’amitié avec les peuples)

– Prix du festival de la jeunesse Dimitrovienne an 1977

– 3ème au concours de la chanson politique du tiers monde en 1977. Et tant d’autres au fil des années suivantes.

Le groupe vocal « Les Anges », dénommé Orchestre-Ballet (pour sa structure orchestrale accompagnée d’un ballet moderne, soit 15 membres dans les années 90) a toujours été compté parmi les meilleurs groupes du Congo, comme  le plus plébiscité.

O2 – Groupe vocal « LES ELUS » – Il a connu ses grands moments de gloire, notamment, sa participation avec succès, au Premier Festival Culturel Panafricain d’Alger en 1969, en compagnie d’autres formations congolaises, parmi lesquelles Les Bantous de la capitale, et le théâtre national.

Au nombre des musiciens qui ont  porté haut les couleurs de ce groupe, citons : Jean-de Dieu Banzounzi ; Georges Taboueya : Claude Samba ; Simon Banzounzi ; Moïse Malonga ; André Baya ; Jonas Kousica et Daniel Mvoutoukoulou. Ils ont presque tous subit des mutations au sein des grands orchestres, après la dissolution du groupe.

03 – « LES OMBRES » – Le chœur de neuf musiciens chanteurs et instrumentistes que constituait ce groupe s’était illustré par le choix d’un chemin de développement parfaitement authentique du chant populaire congolais.

Pierre Mata, le chef du groupe a su ordonner son équipe qui jouissait d’une brillante performance., grâce à la technicité de ses membres Benjamin Nkounkou ; Firmin Silou ; Joachim Yola ; Moïse Nkouka ;  Albert Malonga et Sita. Ils ont gagné leur pari au cours de la 2ème Semaine d’amitié de la jeunesse sovieto-congolaise en Moldavie (URSS du 09 au 20 Août 1972), avec dans leur rang, le chanteur Clotaire Kimbolo.

Un an après, le groupe vocal « Les Ombres » à son top niveau, triomphe au Premier Festival Panafricain de la Jeunesse à Tunis en 1973.  Au terme de cette manifestation qui a réuni entre autres les orchestres  Sinza et Afrisa, Pierre Mata le chef des « Ombres » s’expatrie en France. Néanmoins, la groupe subsistera pendant quelques bons moments avant de s’éteindre. Ici également quelques musiciens ont pu faire leur mutation vers les orchestres.

04 – « Les ECHOS NOIRS » qui dans leur exil en France, sont devenus «Les Mbamina » avant de se disloquer plusieurs années après. Le groupe « Les Mbamina » a connu un succès bien mérité au cours de son séjour européen.

Les Echos Noirs.

 05 – « LES COLS BLEUS ». Ce groupe dans lequel s’était illustré le talentueux chanteur Rigadin Mavoungou, qui n’est plus de ce monde et les frères Kitouka (Rifi et Rififi) est né à Pointe-Noire.

06 – «LES ELUS »- Le groupe  a connu ses grands moments de gloire, notamment sa participation avec succès, au Premier Festival Culturel Panafricain d’Alger en 1969 en compagnie d’autres formations congolaises, parmi lesquelles Les Bantous de la capitale, et le Théâtre National.

Au nombre des musiciens qui ont porté haut les couleurs de ce groupe, citons : Jean-de-Dieu Banzouzi ; Georges Taboueya ; Claude Samba; Simon Banzouzi ; Moïse Malonga ; André Bayila, Jonas Kounzila ; et David Mvoutoukoulou. Ils ont presque tous intégré des grands orchestres, après la dislocation du groupe.

Les Elus avaient participé brillamment avec Les Bantous au premier festival panafricain d’Alger en 1969 et avaient obtenu la médaille de bronze du festival.

07 – «LES CHEVEUX CREPUS » de Jacques Loubelo, qui méritent tous les éloges pour avoir été le groupe qui a beaucoup contribué à la vulgarisation de la chanson engagée, et qui s’est fait remarquer par ses ambitions intéressantes : construire une musique progressiste mais énergique, en l’intégrant dans un environnement spectaculaire, laissant une large place à l’utilisation de la dance des « light-shows » élaborés.

Enfin, de plus en plus de groupes vocaux émergent, empruntant  souvent un chemin inverse de celui que l’on attendait  généralement du  type des groupes précités et trempé une bonne partie de leur feeling sur des rythmes du monde. Au nombre de ceux qui ont pu se permettre d’aborder bien des répertoires citons : « Les Griots », « Les Gazelles », « Les 7 frères », « Les Nez épatés », « Les Mains blanches », « Les peaux noires », et tant d’autres.

Les groupes vocaux, comme leurs aînés les orchestres, n’ont pas échappé à ce qui était devenu un fléau : la dissidence et la dislocation des groupes, particulièrement le passage des groupes vocaux en orchestre modernes.

Depuis les années 70, le mouvement  s’est heurté à des obstacles tendus par l’influence des musiques du monde qui sont demeurés insurmontables. Notamment, la « supplantation » de plusieurs novateurs qui ont su adapter des guitares électroniques et drums, ouvrant  la voie à une nouvelle créativité musicale qui marque l’apogée de la « Rumba-rock. »

Des ensembles musicaux vont marquer le début de cette nouvelle vague, dans un style d’une grande diversité et chercher au cours des années 70, une voie pour imposer des nouveaux styles.

Tels que ceux des groupes : Bilenge Sakana ; Nzubé Likofi ; Les grands Chaminadiens ; Dimbola Lokolé ; Nzubé Likofi ; Groupe Rouge ; Tout choc Zimbabwe ; Les Techniciens ; Chantabouita, mais qui n’ont pas de lendemain suite à une mauvaise organisation à laquelle ils ont été soumis. A cela s’ajoutent  les moments difficiles vécus pendant les guerres civiles que le pays a connues.

Clément Ossinondé

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