La religiosité marocaine suffoque la liberté du corps

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Docteur Jaouad Mabrouki Expert en psychanalyse de la société marocaine et arabe Psychiatre, Psychanalyste Ecrivain, Artiste peintre.

TRIBUNE. Suite à la récente affaire de l’avortement de la journaliste Hajar Rissouni que la presse a évoqué intempestivement, j’ai essayé d’analyser comment la société marocaine se représente mentalement la religion. Evidemment, je ne prétends aucune ingérence dans la procédure judicaire, loin de mes compétences psychiatriques. Ainsi, je vous expose mon analyse.

1- Leader religieux

Assurément, la religion n’a pas besoin d’un leader du moment où elle est avant tout la propriété exclusive de celui qui l’embrasse et qu’il établit lui-même, à sa façon, sa propre relation avec elle en toute liberté de conscience.

En revanche, la religiosité est une usine dictatoriale qui recycle chaque citoyen, à ou contre son grès, en serviteur de religiosité avec une obéissance totale. Le citoyen est donc privé de sa liberté individuelle.

2- La sécurité spirituelle est moquerie théâtrale 

La religion prévient celui qui l’embrasse qu’il ne doit s’occuper que de sa propre personne, de respecter ou non ses lois de manière individuelle et qu’il n’a aucun droit d’imposer les lois de sa foi aux autres. La religion ne s’adresse qu’à celui qui l’embrasse et ne le missionne aucunement auprès de ses concitoyens. La religion respecte la liberté individuelle de l’adepte dans tous ses choix concernant son corps et sa conscience.

En revanche, la religiosité s’octroie le pouvoir d’assurer la sécurité spirituelle de la nation « caricature dictatoriale » ! Ainsi, elle missionne chaque citoyen qu’il croie ou non en elle, d’imposer ses lois et ses dogmes avec sacralisation aux autres et d’interférer dans la liberté de conscience et du corps d’autrui. Le citoyen est alors constamment sur ses gardes et s’il ose exprimer publiquement sa pensée ou ce qu’il veut faire de son corps, il va être jugé de rebelle déstabilisant la sécurité spirituelle.

3- La religion est uniquement un guide individuel et non collectif

La religion laisse le choix à celui qui l’embrasse de la quitter pour une autre ou bien de se séparer d’elle complètement. La religion n’a besoin de personne ni pour l’embrasser ni pour la défendre ! Au contraire, il arrive que ce soit l’individu qui en éprouve le besoin. De ce fait, la religion se propose, à celui qui le désire,  comme un guide de sa vie tout en respectant  sa liberté de conscience et de son corps.

Cependant, la religiosité, par sa dictature, interdit catégoriquement au citoyen de manifester de l’avoir quitté ou d’avoir un autre choix. Dans le cas contraire, elle le considère comme un traitre et le punit. Plus grave encore, même si le citoyen la quitte avec foi, il doit le faire secrètement et faire semblant d’encore obéir à ses lois et dogmes, comme cacher son homosexualité, avorter discrètement, vivre en concubinage voilé, faire semblant de jeûner pendant le mois de ramadan… La religiosité préfère l’hypocrisie à l’honnêteté ! De toute évidence, la religiosité prive le citoyen de sa liberté de conscience et de corps.

4- Les limites du croyant

En effet, la religion est censée être restreinte au strict choix individuel du citoyen, sans dépasser les frontières de son espace ou de sa bulle personnelle. Si elle est réellement pratiquée de la sorte, nul croyant ne devrait s’octroyer le droit de juger les autres ou de leur dicter ce qu’ils doivent faire de leurs corps et de leurs consciences. Tristement, ceci est absent dans notre société marocaine étant donné que la liberté de conscience et du corps est entravée par autrui. 

A l’opposé, lorsque la religion s’impose à tout un peuple de manière  directe et indirecte, elle prend alors la forme d’une dictature féroce et ravageuse et il s’agit plutôt de « la religiosité ». Elle fracture et sténose la liberté individuelle et robotise dogmatiquement le citoyen sous le parapluie de la foi. Et c’est cette même religiosité « dysreligionnée » qui se pratique dans notre société marocaine.

5- Les lois religieuses, une proposition au croyant seul

Sans imposer, la religion propose des lois et des dogmes (se marier, ne pas avoir de relations sexuelles libres, ne pas avorter, ne pas pratiquer l’homosexualité…) mais uniquement à celui qui a fait le choix de l’embrasser, tout en lui laissant le choix de ne pas y obéir dès lors qu’elle ne concerne que sa personne dans son corps et sa conscience. Ainsi, l’adepte est libre dans sa relation avec la religion.

Toutefois, la religiosité impose à tout un peuple d’observer ses lois et ses dogmes et punit celui qui les transgresse. Evidemment, il s’agit d’une dictature dès l’instant où elle prive le citoyen de jouir de la liberté de son corps dont il en est le seul propriétaire. Ainsi, la religiosité colonise le citoyen dans son corps, dans sa foi et dans sa façon de penser.

Jaouad MABROUKI

Psychiatre, Expert en psychanalyse de la société marocaine et Docteur arabe

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