La problématique des transitions politiques au Congo Brazzaville

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Henri Blaise Nzonza

TRIBUNE. Les sorties médiatiques des leaders politiques de l’opposition qui exigent la tenue d’une période de transition politique ponctuée par la mise en place d’un gouvernement d’union nationale à quinze mois de la prochaine élection présidentielle de 2021 s’apparente à une fuite en avant d’une opposition sclérosée en panne d’inspiration.

Pourquoi avoir attendu que l’on soit à quinze(15) mois de l’élection présidentielle pour constater qu’il est matériellement impossible d’organiser une élection ? Ou était cette opposition en 2016, 2017, 2018 et 2019 ?

Dans leurs plaidoiries, les responsables politiques de l’opposition vont dans tous les sens. Ils proposent en même temps, une transition qui ne doit pas dépasser la fin des mandats des élus sans préciser lesquels, et une transition qui ne doit pas dépasser 2023, l’année de fin de mandat des sénateurs sans au préalable nous dire que deviendra le mandant des députés qui auront atteint cinq(5) ans en 2022.

Comment l’opposition peut-elle demander au président de la république de prolonger son mandat jusqu’en 2023 et d’organiser en suite une élection présidentielle à laquelle il ne sera pas candidat ? Si ce n’est pas une blague ,comment qualifier ce genre de propositions alors que la constitution actuelle permet au président Denis sassou nguesso d’être candidat en 2021 et même en 2026 ?

L’opposition congolaise est coutumière de ce genre de revendication . Déjà le 28 novembre 2015, lors d’une activité politique organisée par les leaders de l’opposition, Mathias NDZON après avoir rejeté la constitution qui venait d’être promulguée le 06 novembre 2015, proposa une transition politique dirigée, selon lui, par une personnalité neutre qui ne devrait pas se porter candidat à l’élection présidentielle de 2016.

Alors à l’opposition, en 2017, j’avais publié une tribune sur les réseaux sociaux et principalement sur le site Zenga mambu pour aborder ce problème de gouvernement d’union nationale, mais vraisemblablement l’opposition était dans d’autres schémas et dans d’autres combinaisons politiques, elle avait fait le sourd. Or ce qui était valable en 2017 ne l’est forcément plus aujourd’hui et l’exigence d’un gouvernement d’union nationale devient utopique du fait, qu’elle intègre une période de transition et du fait aussi de sa complexité et de la stabilité de nos institutions.

Les gouvernements de transition sont souvent des périodes fondamentalement conflictuelles bien loin de l’union nationale et du sursaut patriotique que réclament certaines situations dramatiques. Outre le fait qu’elle apporte en elle les germes de son échec, la période de transition approfondit le plus souvent la crise au lieu de lui apporter un début de solution.

Sur le plan économique, la période de transition est un moment de court-termisme politique, ce qui fait que ce sont des choix à court-terme qui priment sur les décisions à long-terme politique et est souvent préjudiciable à une sortie de crise durable.

Si nous puisons dans l’histoire politique de notre pays, nous constaterons que les transitions politiques ou les gouvernements d’union nationales ont apporté plus de problèmes que de solutions.

A titre d’illustration, le 10 juin 1991, après une conférence nationale qui a duré quatre mois, notre pays le Congo Brazzaville connaissait une période de transition dirigée par deux institutions à savoir : le gouvernement de transition dirigé par le premier ministre, élu par cette conférence, André MILONGO et du Conseil Supérieur de la République dirigé par Mgr Ernest NKOMBO évêque d’OWANDO.

Ce gouvernement de transition a connu de nombreuses secousses et avait failli même être renversé nul était le résistance citoyenne dans les quartiers sud de Brazzaville pour soutenir ya MILOS. Sur le plan du fonctionnement, vite après les premières élections organisées par le gouvernement de transition, le Conseil supérieur de la République très hostile à Bernard KOLELAS réclamera un remaniement ministériel et notamment la démission du ministre de l’intérieur, Alexis Gabou.

André MILONGO s’exécuta le 21 mai 1992 et limogea Me Alexis GABOU avant de virer quelques semaines plus tard les ministres Antoine LETEMBET AMBILY et Jean Blaise KOLOLO, tous membres du MCDDI.

Ce limogeage permit d’éviter le spectre de guerre civile qui planait sur notre pays. La méfiance et les complots avaient pris le pas sur la cohésion nationale et l’entente qui avaient prévalu au sortir de la conférence nationale.

Dans la configuration politique actuelle, il serait plus adapté pour cette frange de l’opposition de réclamer un gouvernement d’ouverture qui sera moins conflictuel et qui appliquera le projet du président de la république que de réclamer un gouvernement d’union nationale souvent paralysant et conflictuel.

Notre pays a déjà connu ce genre de gouvernement d’ouverture lors de l’entrée au gouvernement en 1995 sous l’ère du président Pascal LISSOUBA des ministres Luc ADAMO MATETA, Mélanie IBOURITSO et Philippe BIKINKITA issus du MCDDI, de Félix Demba NTELO du RDPS et de Grégoire LEFOUOBA dissident du PCT.

Notre pays ne connait pas de crise institutionnelle pour en appeler à une modification de la constitution du 25 octobre 2015. Comment cette même opposition qui hier avait contesté le changement de la constitution du 20 janvier 2002 allant jusqu’à mettre une partie du peuple dans la rue avec des conséquences dramatiques que cela à engendrer, peut-elle aujourd’hui demander au président de la république de modifier la constitution du 25 octobre 2015 ? Pourquoi prêcher aujourd’hui une instabilité des institutions alors que hier on ne jurait que sur la stabilité de nos institutions ? Quelle est donc cette stratégie à géométrie variable qui demande aujourd’hui une instabilité des institutions de notre pays allant jusqu’à proposer un suffrage universel indirect ou le président sera élu par les députés ?

Je pense que notre pays n’a pas besoin d’une transition politique pour juguler la crise économique qui le couve, elle a juste besoin d’une bonne gouvernance.

La stabilité de nos institutions fraîchement mises en place exige que soit respectée et expérimentée la constitution du 25 octobre 2015.
Le Congo d’abord, le Congo pour toujours.

Fait à Paris le 14 janvier 2020
Henri Blaise NZONZA
Président de la Nouvelle Dynamique pour le Congo.

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