La lancinante épine du libre-échange: L’économie marocaine y laisse trop de plumes

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Les accords de libre-échange avec les Etats-Unis, l’Europe et la Turquie enregistrent un « déficit manifeste », a déclaré le ministre de l’Industrie, du Commerce et de l’Economie verte et numérique, Moulay Hafid Elalamy.

Citant une étude réalisée par son département, il a indiqué que le déficit entre le Maroc et l’Union européenne se situe entre 75 et 78 MMDH par an et qu’il est dû à l’importation de carburant pour plus de 20 MMDH et de voitures (plus de 18 MMDH), tandis que le Maroc exporte vers l’Europe des voitures pour 60 MMDH.

Répondant à une question centrale à la Chambre des représentants relative aux « bilans des accords de libre-échange », il a relevé que l’investissement de l’UE représentait plus de 71% du volume des investissements étrangers au Maroc et que le soutien apporté par les pays européens au Royaume s’élevait à 1,4 milliard d’euros entre 2014 et 2020, qualifiant la relation commerciale entre le Maroc et l’Europe de « rentable », rapporte la MAP.

Concernant l’accord de libre-échange avec les Etats-Unis, il a indiqué que le déficit s’élevait à 20 MMDH, dont 15 MMDH pour les hydrocarbures et 3,5 MMDH pour les avions Boeing, précisant que les investissements US au Maroc représentent 6% du total des IDE, tandis que l’aide américaine destinée au pays atteint 1,2 milliard de dollars.

L’autre déficit « manifeste », selon le ministre de l’Industrie, concerne les échanges avec la Turquie qui a tout de même accepté de revoir son accord avec le Maroc, pour qu’il devienne bénéfique aux deux parties
Ainsi que l’a rappelé Moulay Hafid Elalamy, la partie turque a en effet accepté, après « un vif débat », de revoir cet accord de libre-échange, dont le déficit s’élevait à 1,2 milliard de dollars.

Toujours  à propos de la Turquie, il est à souligner que les relations commerciales ont affiché un déficit de 18 MMDH tandis que  le volume des investissements turcs au Maroc ne dépasse pas 1%.

De l’avis du ministre, le différend entre le Maroc et la Turquie est plutôt d’ordre « commercial » puisqu’il concerne principalement le secteur du textile dont le nombre d’emplois perdus aurait atteint 19.000 en 2014, 24.000 en 2015, 35.000 en 2016 et 44.000 en 2017.

Les pertes sont telles que le Maroc ne s’est pas empêché de faire part des préjudices dus à cette situation à son partenaire économique la Turquie auprès duquel il a réclamé une solution qui ne porte pas atteinte aux intérêts du Royaume, a fait savoir le ministre. Lequel n’a nullement passé sous silence les déficits autrement plus importants enregistrés par notre balance commerciale du fait des autres accords de libre-échange sans toutefois préciser qu’il allait leur réserver un traitement identique.

En effet, tous les ALE ne semblent pas avoir été bénéfiques à la partie marocaine. Y compris ceux qui ont été signés avec l’UE, les Etats-Unis et les autres partenaires étrangers.

En effet, près d’une soixantaine d’ALE lient le Royaume  à d’autres pays tels que la Suisse, la Norvège,  l’Islande, les Emirats arabes unis, la Tunisie, la Jordanie ou encore l’Egypte qui, dans leur ensemble, ont très peu profité au Royaume.

A ce propos, rappelons que lors d’une rencontre organisée en mai dernier sur le thème: «Accords de libre-échange : opportunité ou menace pour l’industrie marocaine ?», le doyen de la Faculté des sciences économiques avait indiqué que le déficit commercial avec l’Egypte et la Tunisie s’élevait respectivement à 3,3 milliards de dirhams et 1,18 milliard de dirhams en 2017.

A noter que si les exportations avec l’Union européenne ont atteint 182,5 milliards de DH en 2018 contre 59,4 milliards de DH en 2001, correspondant à un accroissement de 123 milliards ; les importations se sont, en revanche,  établies à 260,7 milliards contre à 70,6 milliards de DH. Ce qui représente une hausse de 190 milliards et un déficit commercial de 78 milliards durant la même période, contre 11 milliards de DH.

 Idem pour le déficit commercial avec  les Etats-Unis qui a été estimé à 25 milliards de DH en 2018 et pour celui qui a  été enregistré avec la Turquie et qui s’est monté à 16 milliards de DH.

Avec les pays de l’Accord d’Agadir, l’ardoise s’est élevée à plus de 5 milliards de DH et  le Maroc a été déficitaire même avec des pays de niveau de développement comparable.

S’agissant des ALE, il est à signaler que le Maroc a affiché un important manque à gagner au niveau fiscal puisque les accords de libre-échange ne rapportent que 9,5 milliards de dirhams aux caisses de l’Etat.

En effet, ces accords ne représentent que 35% (167 milliards de dirhams) sur les 480 milliards de dirhams d’importations.  Bien loin des 19 milliards de dirhams en plus que le Maroc aurait pu encaisser si les importations étaient soumises au régime de droit commun.

Alain Bouithy

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