La cruauté masculine « la femme est une ânesse même si elle remplit ses devoirs »

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Docteur Jaouad Mabrouki2

TRIBUNE. J’entends continuellement les femmes se plaindre de leurs maris qui les rabaissent par tous les moyens possibles. La pire humiliation que subit la femme est lorsque son mari lui assène la fameuse phrase «La femme est une ânesse même si elle fait bien tous ses devoirs » « l’mra 7mara wakha t’koune 3mara ».

Évidemment, vous allez me dire que ce n’est pas vrai et je vous crois parfaitement. En revanche, et c’est cela qui m’intéresse, est-ce que l’homme marocain n’est pas convaincu aux fins fonds de ses pensées, que la femme est plus bête, plus stupide, moins intelligente, moins capable, moins débrouillarde  que l’homme ? Là, si vous me répondez par « non » je ne vous croirai pas. Et ne décevez pas davantage les marocaines, vous les mâles marocains, en me disant que « La femme marocaine est respectée et honorée ».

De façon générale, l’être humain rabaisse et humilie une personne ou un groupe de personnes pour deux raisons :

• La peur d’être dominé, et y remédier en humiliant l’autre pour qu’il reste à sa place et se sente inférieur. C’est exactement la relation de force qui lie « employeur, employé » aussi bien dans le secteur public que privé. C’est aussi la relation de force qui lie « gouvernant, gouverné » aussi bien dans le système démocratique que dictateur.  

• La cruauté est la deuxième raison qui permet à la personne rabaissante de ressentir du plaisir en en humiliant une autre, plus faible physiquement et hiérarchiquement en général. Ceci permet au cruel de sentir qu’il existe.

Trouverons-nous ces deux raisons chez l’homme marocain dans sa relation avec la femme ? Oui, évidemment et je m’explique.

1- La peur d’être dominé par la surpuissance de la femme

L’homme a vraiment peur de la femme, de sa puissance et de son influence et il refuse de reconnaitre que ses pouvoirs émanent de sa nature. Ainsi, il va les mettre sur le compte de la sorcellerie « Les femmes sont des sorcières ». Mais je dirais plutôt « Les femmes sont de vraies magiciennes » et il suffit juste de les laisser réaliser leur magie insoupçonnable. Seulement l’homme manque d’intelligence et de lucidité et il l’écrase, lui menotte les mains et la voile de ses dons.

• L’homme a peur de la femme car elle détient le pouvoir et la magie de la sexualité. Il sait qu’elle peut le laisser faire ce qu’il veut de son corps, mais elle peut ne pas lui permettre la jouissance et le laisser frustré sans sommeil toute la nuit. Il sait que la femme est capable de manipuler l’homme qu’elle veut et jouir quand elle veut. C’est d’ailleurs pour ces raisons que les hommes marocains sont fermement opposés à la liberté du corps.

• L’homme a peur de la femme car elle possède le pouvoir de procréer et de donner ou non à l’homme un descendant. Il sait que la nature a handicapé l’homme et ne lui a pas donné le privilège de procréer et elle a choisi la femme plutôt que lui.

• L’homme a peur de la femme car physiologiquement et physiquement, elle est toujours apte à la relation charnelle, alors que l’homme a un membre qui souvent est impuissant et donc inapte à passer à l’acte sexuel à tout moment. Encore un autre handicap de la part de la nature.

• L’homme a peur de la femme, car elle a la magie de créer la joie à la maison ou le contraire.

• L’homme a peur de la femme car elle a la capacité de vivre sans lui. En revanche, l’homme ne peut pas survivre sans femme. Par exemple, quand la femme perd son mari elle est capable de finir sa vie sans homme, alors qu’il ne lui suffira que de quelques semaines pour se remarier après avoir perdu sa femme !

Devant ces évidences physiques, biologiques, physiologiques et psychiques, l’homme est très inférieur à la femme. Ainsi, sa seule solution pour renverser le pouvoir est le recours à la violence physique, religieuse, morale et au terrorisme et l’esclavage.

2- La femme est la proie facile à la cruauté masculine

De façon générale, la société marocaine est violente et cruelle. La violence existe dans toutes les relations « homme, femme », « supérieur, subordonné », dans la conduite, dans les souks, dans les mariages, entre familles, entre voisins. Bref, nous sommes un peuple violent et prêt à exploser à la moindre occasion, tout le monde hurle,  gesticule, crache et insulte. Nous sommes même violents avec les animaux,  avec la nature, et avec la propreté de nos rues et nos villes, allant jusqu’à nous moquer du “mica zéro”. 

Cette cruauté vient de l’éducation et du système social non démocratique.

• La violence maternelle est une pratique naturelle dans les familles marocaines. La mère frappe, insulte, rabaisse et humilie ses enfants. L’impact de cette violence est différent sur le garçon et la fille.

o Chez le garçon, le traumatisme affectif engendré par la violence de la mère va faire de lui un violent, cherchant le plaisir émotionnel en étant cruel avec toute figure féminine, comme sa femme et ses filles.

o Chez la fille, le traumatisme affectif induit par la mère va faire d’elle une femme écrasée, dévalorisée, victime et elle va donc être une femme soumise, cherchant inconsciemment la cruauté masculine pour ressentir des émotions, signature de son existence.

• Le système social non démocratique est une violence cruelle en soi contre le citoyen et cette cruauté subite se décharge dans toutes les relations sociales, et que le plus fort rabaisse cruellement le plus faible. La femme étant généralement plus faible physiquement, elle subit alors la cruauté de l’homme qui se débarrasse de cette façon de la violence du système social. La mère a son tour se déchargera violemment sur ses enfants.

Docteur Jaouad MABROUKI

Psychiatre, Expert en psychanalyse de la société marocaine et arabe

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