La Combattante et le Proxénète: Africa Eye rencontre Shaki, la femme qui lutte dans l’arène des hommes pour gagner sa vie et qui protège les jeunes filles de Kinshasa

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La Combattante et le Proxénète est le récit extraordinaire de Shaki – une femme qui a commencé sa vie comme une enfant de la rue, qui a grandi pour devenir l’une des premières lutteuses professionnelles du Congo, et dont la maison est maintenant devenue un refuge pour les filles des rues qui ont échappé aux violeurs, proxénètes et voyous des quartiers les plus violents de Kinshasa.

Tourné avec une réelle intimité dans les bidonvilles et les bordels de la ville, ce film suit Shaki pendant qu’elle se bat pour élever sa fille, qu’elle donne la force et la confiance aux filles à travers  le sport. Elle les protège aussi d’autres femmes qui ont des idées très différentes sur la façon dont on doit traiter les adolescentes.

Shaki est l’une des seules femmes à combattre les hommes dans les arènes de lutte de Kinshasa. C’est lors des matchs de catch, le plus souvent, que les filles de la rue voient Shaki et la suivent chez elle dans le bidonville de Ngaba. Ce film nous emmène dans sa maison et dans la vie des filles qui se sont réfugiées ici.

Certaines sont orphelines des guerres du Congo. D’autres ont été expulsées par leur propre famille. Presque toutes sont des survivantes de violences sexuelles – violées par des gangs de rue de Kinshasa, ou soutenues par des madames qui recrutent des enfants sans abri pour le commerce du sexe. Shaki emmène les filles s’entraîner au stade légendaire Tata Rafael de Kinshasa, où Muhammed Ali a combattu George Forman à l’époque du Zaïre de Mobutu. C’est le lieu où Shaki s’est entraînée lorsqu’elle était enfant, et elle espérait que les filles allaient découvrir, comme elle l’a fait, comment le sport peut transformer le corps et l’estime de soi.

Parmi les filles se trouve la propre fille de Shaki, Phénomène. Conçue lors d’un viol et née dans la rue alors que Shaki n’avait que 14 ou 15 ans, Phénomène a grandi pour devenir une belle adolescente, confiante et heureuse. Son histoire, au milieu du désespoir de ces jeunes vies, témoigne de la détermination farouche de Shaki de protéger son enfant et du pouvoir de l’amour maternel.

Les autres filles ne sont pas tranquilles. Elles se battent. Elles volent. Elles sortent furtivement la nuit, défiant les ordres de Shaki. Elles retournent dans les boîtes de nuit et les bordels où elles peuvent gagner assez d’argent pour acheter un téléphone ou une lotion corporelle.

En dépit de ces problèmes, la maison de Shaki est meilleure que l’autre option. L’autre option devient claire lorsque nous rencontrons une femme appelée Chimène. Chimène a grandi avec Shaki au sein du même gang de filles de la rue. Alors que Shaki a utilisé le sport pour échapper à la vie dans la rue, Chimène a emprunté la voie bien tracée de la prostitution au proxénétisme. Aujourd’hui, c’est une madame qui dirige son propre petit gang d’adolescentes, les force à se livrer à la prostitution la nuit et prend une part de l’argent en échange de nourriture, d’un abri et de cigarettes.

L’une de ces filles, Sœur Dada, maintenant âgée de 15 ans, se prostitue depuis qu’elle avait 10 ans : «Nous demandons au Congo de changer», dit-elle.

Tourné sur 12 mois, ce documentaire nous emmène dans un monde souterrain de Kinshasa qui n’a jamais été filmé auparavant. Il nous présente un ensemble de personnages qui luttent pour donner un sens à leur vie dans un état qui n’a pas réussi à fournir les protections ou les opportunités les plus élémentaires. Le film montre clairement que la violence sexuelle n’est pas seulement un problème auquel sont confrontées les femmes dans les provinces de l’est du Congo ravagées par la guerre – elle est endémique dans les rues de la capitale de la RDC.

Par-dessus tout, le film met en lumière la bravoure, la résilience et la détermination remarquables d’une femme, Shaki, qui s’élève au-dessus des rues violentes dans lesquelles elle a grandi, pour donner à sa fille une chance dans la vie et pour étendre sa protection à une partie des enfants les plus vulnérables de la ville.

BBC Africa Eye

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