Interview : «La littérature togolaise va bien» selon Marthe Fare

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Marthe Fare, écrivaine togolaise et présidente du Pen Togo.

L’écrivaine de nationalité togolaise et présidente du Pen Togo, Marthe Fare, a récemment affirmé, à Dakar au Sénégal où elle prenait part à la 25ème édition de la journée internationale de l’écrivain africain, que la littérature togolaise se porte bien. Marthe Fare est romancière et nouvelliste avec deux œuvres sur le marché. 

Pagesafrik: C’est quoi le Pen ?

Le Pen vu du Togo, est une association de slameurs, de bloggeurs et de journalistes et pour rester fidèle à l’esprit du Pen international, il regroupe des écrivains, des essayistes, des romanciers, soit une trentaine d’écrivains et tous ceux que je viens de citer qui s’activent dans la vie publique et culturelle.

Pagesafrik: Comment se porte la littérature au Togo ?

La littérature togolaise va bien. Nous avons une littérature assez bonne ces dernières années, avec une forte production locale. Nous avons aussi une littérature de la diaspora constituée de ceux qui ont fait la gloire de l’écriture togolaise dans les années 80 et 90 et qui, pour la plupart, vivent à l’étranger. La production locale est importante mais je ne sais pas si elle est qualitative.

Pagesafrik: Peut-on penser, à vous entendre parler de la production locale abondante, que l’édition est facile au Togo ?

Je peux l’affirmer et personnellement, je n’ai jamais publié à compte auteur. Je l’ai fait à compte éditeur et je suis en ce moment le bestseller de ma maison d’édition. Il faut toutefois signaler qu’il y en a qui le font à compte auteur. Le Togo compte cinq à six maisons d’édition.

Pagesafrik: Qu’avez-vous produit en termes de livres qui vous permettent d’affirmer que vous êtes romancière et nouvelliste ? 

Aujourd’hui, j’ai deux ouvrages et demi. Je peux le dire comme ça. En premier, la nouvelle intitulée «La sirène des bas-fonds» publié en 2011, qui est le bestseller de ma maison d’édition. C’est le livre le plus vendu de la maison d’édition. Le second, un roman paru en 2014, «Rivales», qui n’est pas une histoire d’amour et depuis 2014, je travaille sur un troisième intitulé «Fragments de vie». Il pourrait paraitre l’année prochaine.

Dans Rivales, j’aborde le problème du contraste de la femme et de la fille. C’est un conflit de personnalité entre la mère et la fille qui a envie de s’identifier en face d’une mère qui veut lui ressembler. On est dans une situation dans laquelle les mères et les filles ne sont pas instruites. Dans le cas spécifique, c’est une fille qui n’aime pas la situation de la femme au foyer de sa mère mais qui garde sa position de fille. A contrario, la mère déteste la fille et fait tout pour lui pourrir la vie.

Cette fille, il sied de le souligner, est née d’un viol incestueux de son grand père. Sa mère ne supporte pas de voir la ressemblance de cette fille avec le grand père violeur. N’en pouvant plus des humiliations, la fille quitte la maison mais le mari de la mère s’en va avec elle, dans une relation amoureuse. Dans un excès de colère, la mère tue la fille.

Pagesafrik: De quoi est-il question dans la nouvelle, votre bestseller ?

Mes deux premiers ouvrages tournent essentiellement autour de la femme. Il s’agit d’une fille nommée Winnie, destinée à la vie au couvent mais qui découvre l’amour au lycée. Cet amour la met en contradiction avec ses parents et elle décide de quitter le toit parental. Abandonnée par les parents, elle se retrouve emprisonnée par son amoureux dans une vie de proxénétisme. Elle en sort grâce à un inconnu qui l’envoie faire des études à l’étranger.

Pagesafrik: Quelle est la situation des droits d’auteurs et comment circule le livre au Togo ?  

Dommage. Je vais rester sur la droite ligne de tous les écrivains africains parce que je n’ai pas reçu de droits d’auteur. C’est peut-être parce que je ne les ai pas fait valoir. Je crois qu’on est à au moins 5000 exemplaires tirés de ce livre, mais à proprement parler, je ne me suis jamais intéressée aux droits d’auteur. J’ai préféré que mon œuvre circule, que l’écrivain soit connu avant de parler de l’argent. Il faut toutefois reconnaitre que le livre ne nous fait pas vivre.

Pour parler de la circulation du livre, il n’est un secret pour tous que le livre ne circule pas tant dans le pays qu’en Afrique. On ne trouve pas ma nouvelle ailleurs qu’à Lomé. C’est moi-même qui l’amène chaque fois que je voyage. Il est incompréhensible de penser que même l’éditeur ait du mal à vendre un exemplaire. Les livres sont enfermés dans des frontières territoriales.

Pagesafrik: Comment voyez-vous le livre au Togo à court et moyens termes ?

Je ne sais pas mais je dis toujours que l’écriture, c’est ce qui me fait vivre. Elle me permet d’avoir un petit monde dans lequel je m’enferme. Cependant, la littérature togolaise a de beaux jours devant elle. Il y a de plus en plus de jeunes qui produisent avec un contenu de qualité. Ce qui est regrettable, c’est qu’elle ne soit pas publiée ailleurs. On espère compter sur des réformes éditoriales pour la booster. A titre d’exemple, il y a une jeune poète togolais qui est allé au Canada et qui y est actuellement le meilleur en termes de poésie. On espère un renforcement de capacités de l’unique maison qui distribue à l’étranger.

Propos recueillis par Florent Sogni Zaou

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