Interview – Henri Djombo : «La culture et le sport, des moyens de canalisation de la jeunesse au risque de préparer des bombes à retardement»

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Henri Djombo. DR.

Parrain de la 27ème édition de la Journée Internationale de l’Ecrivain Africain à Dakar au Sénégal, du 7 au 11 novembre 2019, Henri Djombo a répondu, le 10 novembre 2019 à Dakar,  aux questions de PagesAfrik, déclarant que «Si nous n’utilisons pas la culture et le sport pour canaliser les avancées de notre jeunesse, nous préparons des bombes à retardement».

PagesAfrik : Quelle lecture faites-vous de votre parrainage et surtout en tant que premier non-sénégalais, de la journée internationale de l’écrivain africain ?

 Henri Djombo : D’abord, je loue l’initiative du Sénégal, de célébrer chaque année cette journée qui rassemble les écrivains africains ici à Dakar. Cette initiative permet le brassage des hommes de lettres du continent mais aussi le débat sur les questions d’actualités littéraires, pourquoi pas aussi politiques et philosophiques. Je suis satisfait de ce qui s’est passé ici. Il n’y a pas eu que les écrivains qui se sont retrouvés mais également les associations des écrivains de beaucoup de pays dont l’UNEAC. Nous assurons une certaine dynamique pour le sort des lettres africaines. J’ose croire que la relance de la PAWA va permettre d’atteindre cet objectif.

PagesAfrik : Quelle commentaire faites-vous du thème de cette édition, à savoir, Littérature, citoyenneté et environnement ?

H. D. : La littéraire est comme on le sait, porteuse d’enseignements sur la citoyenneté et la formation  du citoyen aussi. C’est toujours pour conscientiser le public sur ce qui concoure à l’amélioration de la vie des hommes et sur un certain nombre de tares qu’il faut combattre. Nous ne devons pas oublier que c’est le citoyen qui est à la base du développement. Il est l’auteur et le bénéficiaire de ce développement. La littérature est le cœur de la pensée et de la réflexion et participe à l’éducation de l’homme. Littérature et environnement nous renvoient vers ce monde dans lequel la pollution est galopante et où le comportement des hommes conduit à la dégradation de l’environnement et de la vie sur terre.  Le rôle de l’écrivain et mieux de la littérature est de montrer ce qui se passe, de faire connaître aux gens d’ici ce qui se passe ailleurs et vice-versa. La littérature est là pour dire ce qui ne tient pas et ce qui marche.

I s’agit de ce temps où la communauté internationale est préoccupée par la dégradation de l’environnement du fait des changements climatiques, notre conscience est de plus en plus appelée à poser de bonnes actions. Le rôle de l’écrivain et de la littérature est d’attirer l’attention des pouvoirs publics sur ces questions avec ses effets sur l’écosystème comme l’eau et la terre se dégradent.

Tout cela doit nous amener à parler plus fort pour attirer l’attention des décideurs sur les mesures  conséquentes afin d’éviter la catastrophe. Un seul pays ne peut pas lutter contre ces changements climatiques ni atténuer leurs effets parce que la situation est globale. Il faut donc des réponses globales. C’est pourquoi la solidarité régionale et sous régionale est à promouvoir. Nous devons travailler pour laisser à nos enfants  et à nos petits-enfants un environnement saint.                         

PagesAfrik : Pouvez-vous faire un commentaire sur la distinction de Fraternité de la plume de Son Excellence Monsieur Denis Sassou N’guesso que vous avez reçu en lieu et place et bien sûr sur le  votre ?

H. D. : Que le Président de la république soit primé ne peut pas nous étonner. Il a déjà reçu des distinctions ici à Dakar en tant qu’écrivain. Il est apprécié pour ses actions en faveur des lettres. C’est avec beaucoup de bonheur que nous avons reçu sa distinction qui lui sera transmise à temps dans les conditions à définir avec les amis sénégalais.    

PagesAfrik : Quel message particulier fait-on passer avec la publication de l’anthologie de la poésie sénégalo-congolaise qui vient d’être publiquement présentée à Dakar ?

H. D. : C’est une bonne chose de commencer à coproduire. Nous devons aller à la coédition pour que les livres congolais soient connus ici ou ailleurs, que les livres sénégalais soient aussi connus au Congo. Cette anthologie inaugure cet échange littéraire, une coopération nouvelle que nous nous sommes promis de promouvoir. C’est donc un premier acte de coopération culturelle comme vous venez de le dire. Nous avons salué la parution de cet ouvrage que sera également présenté au public congolais. C’est une première anthologie qui va se développer et qui va attirer plus de vocations poétiques.

Je crois que nous avons réalisé une bonne action dans le cadre de la coopération entre l’Association des Ecrivains du Sénégal et l’Union Nationale des Ecrivains, Artistes et Artisans Congolais.       

PagesAfrik : Dans cette anthologie, il s’agit de la poésie. Vous y avez placé quatre poèmes, peut-on pensé que l’assiste à la naissance d’Henri Djombo, poète alors qu’on  le connaît comme romancier et dramaturge ?

H. D. : On peut en effet parler d’entrée mais l’homme est un poète en soi. Il nous est arrivé à un moment de notre vie, d’écrire des poèmes. J’en ai écrit au lycée. J’aurais voulu les actualiser mais j’ai perdu tout ce que j’avais écrit. A des moments de solitude, on s’évade, on rêve, on gère des images qui trottinent dans la tête. On peut aussi se souvenir de pas mal de choses qui méritent d’être de manière différente. Vous savez que le discours du fou est revêtu d’une cohérence insoupçonnée. C’est comme la poésie. Nous perdons parfois de notre lucidité pour nous plonger dans un autre monde. C’est vrai que je n’ai pas voulu me concentrer sur la poésie mais cela ne signifie qu’on ne peut pas faire de la poésie.

Que l’on ait choisi quelques-uns de mes poèmes pour les mettre dans l’anthologie ma fait penser à  écrire encore d’autres textes et peut-être que je pourrais avoir un recueil de poèmes. Mais je ne suis pas plus poète que vous.            

PagesAfrik : Quelles leçons à tirer de la tenue de la Journée Internationale de l’Ecrivain Africain, en tant qu’africain d’abord, en tant que président de l’UNEAC et en tant que citoyen d’un pays ayant écrit des pages d’or en littérature ?  

H. D. : Je suis reconnaissant à l’Association des Ecrivains du Sénégal de m’avoir choisi comme parrain de la 27ème édition de la Journée Internationale de l’Ecrivain Africain. C’est toute la considération qu’ils éprouvent pour moi qui a pesé pour mon choix. Tout cela s’est très bien passé du point de vue organisationnel.

J’ai accompagné toutes les activités en présence de plusieurs écrivains et des hommes politiques du Sénégal. En tant qu’écrivain, c’était l’occasion de faire connaitre mon œuvre. J’ai dédicacé quelques exemplaires de mon dernier roman, j’ai aimé les échanges avec d’autres écrivains. J’ai également apprécié le colloque et les ateliers sur les thématiques programmés. C’étaient des échanges fructueux. Je croix que nous allons tout faire pour dynamiser ce mouvement enclenché.  

En tant que président de l’UNEAC, nous avons réussi le rapprochement entre nos associations. Cela fait partie de la diplomatie littéraire. Nous pourrions organiser d’autres manifestations ensemble.

PagesAfrik : Quelque-chose dont nous n’avons pas parlé ?

H. D. : Je puis dire que les critiques littéraires, les écrivains, les éditeurs sénégalais ont un espace d’expression. Le gouvernement sénégalais a compris que la culture fait partie de l’économie. Les américains ont réussi à faire de leur culture leur premier produit d’exportation. Nous oublions que nous pouvons gagner des devises par la culture. Par la culture, nous pouvons contrôler notre jeunesse. Si nous n’utilisons pas la culture et le sport pour canaliser les avancées de notre jeunesse, nous préparons des bombes à retardement.

Propos recueillis par Florent Sogni Zaou     

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