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Interview. Gypsie Mbani : «Un artiste n’est pas un mendiant»

Gypsie Mbani

La jeune artiste musicienne congolaise, fruit de SOS Salsa, Gypsie Mbani autrement dit, Gypsie la Tigresse, a dit à Starducongo que les artistes doivent cesser de se plaindre mais de travailler parce qu’un artiste n’est pas, à son avis, un mendiant.

Starducongo : Peut-on avoir une idée de votre histoire artistique ? 
Gypsie Mbani
 :J’ai évolué dans un groupe reconnu tant au Congo que sur le plan international. C’est l’orchestre S.O.S Salsa, pendant douze ans. Cet orchestre a été pour moi une véritable école. Vous savez qu’une personne qui va à l’école va pour apprendre ce qu’elle ne connait pas. J’ai donc appris dans S.O.S Salsa ce que je ne connaissais pas.
Un enfant qui va à l’école est sensé avoir des diplômes et faire autre chose ensuite. Je suis partie de cet orchestre pour aller former les autres.

A qui apprenez-vous actuellement ? 
Gypsie Mbani
 : J’apprends aux nouveaux musiciens, à ceux qui aiment ce que nous faisons. Je les encourage mais je travaille un peu plus avec des musiciens qui ont appris quelque part. Nous nous sommes mis ensemble pour avancer et rehausser encore le niveau et l’image la musique congolaise pour qu’elle aille de l’avant.

Comment s’appelle le groupe qui vous accompagne ? 
Gypsie Mbani :
 Le groupe qui m’accompagne s’appelle Le 242 de Gypsie Mbani la tigresse. C’est un groupe déjà connu sur la place de Brazzaville et qui est là depuis 2010. Il compte dix artistes mais le nombre passe à quinze lorsqu’il voyage.Il y a en effet une équipe qui m’accompagne avec un manager, un cameraman, un technicien et un chargé de la communication.

Avec quel répertoire ? 
Gypsie Mbani
 : Mon répertoire est très riche et je sais de quoi je parle. Un grand artiste, ce n’est pas seulement celui qui essaie d’interpréter ses chansons mais également celui qui est capable de le faire avec celles des autres. C’est un répertoire avec une base Salsa. Je sors d’une école Salsa mais je pratique aussi la musique traditionnelle à hauteur de 40%. Je l’appelle «le totem congolais», parce que c’est le Congo et c’est à cet effet que j’appelle mon orchestre :Le 242.
En tant que chanteuse congolaise, j’estime que nous avons assez de richesse culturelle. Je parle des petites chansons que les gens fredonnent en allant aux champs dans toutes les régions. Ce sont des chansons que nous pouvons prendre et mettre en avant, en lieu et place des chansons d’ailleurs, pour les interpréter dans notre pays.
Nous avons de la matière et je mets en avant, d’abord, cette culture du Congo.

Avez-vous les moyens de votre politique ? 
Gypsie Mbani :
 Je ne vais peut-être pas me lancer des éloges. C’est à ce niveau que je suis d’accord avec ma grand’mère qui disait que la meilleure manière de demander, c’est d’avoir soi-même un peu. Si on va demander 1 000 000 FCFA à quelqu’un, il faut faire l’effort d’avoir 700 000 FCFA et vous pourriez recevoir les 300 000 FCFA qui manquent. Cela ne sert à rien d’aller solliciter de l’aide avec tous ses malheurs parce qu’on ne connait pas les problèmes de celui à qui on va adresser la demande.
Je déplore le fait qu’on se permette de traiter de mauvais les gens à qui on demande de l’aide et qui ne donnent pas. Il faut essayer de renverser la situation et que ce soit le demandeur qui soit sollicité pour cette aide.
Je pense qu’un artiste n’est pas un mendiant. Un artiste est une personne noble. Ce n’est pas n’importe qui. Un artiste doit avoir un minimum.
Après quatorze ans de musique, je me suis battue pour avoir le minimum qui n’est autre qu’un espace où je joue chaque jeudi à partir de 18 heures. C’est un espace de tous les artistes. Ce n’est un secret pour personne que les artistes n’ont pas de salles de spectacles dans notre pays. Nous ne pouvons pas passer le temps à nous plaindre. Tout le monde peut transformer un lieu quelconque en un espace culturel et accueillir des collègues. Sur 100 artistes dans la ville de Brazzaville, je crois que 90 ont déjà joué au 242.
Il faut refuser les difficultés. Le milliardaire ne refusera pas le million, le 242 a besoin d’accompagnement. Il a un peu et sollicite l’aide de ceux qui aiment la musique. Le frein vient du manque de matériel. Nous sommes obligés de louer et de nous soumettre aux caprices. L’orchestre 242 et son siège 242 se battent avec rien dans les mains.

Quelle lecture la Tigresse fait-elle de l’avenir des 242 ? 
Gypsie Mbani :
 Je pense qu’il faut que la musique congolaise soit entendue partout au Congo et mieux, dans le monde. Les gens ne se rendent pas compte que l’équateur passe par le Congo, précisément à Makoua. Le Congo est donc le centre du monde, c’est donc le Congo qui est le berceau de la musique. Ce n’est pas un hasard si le Fespam a été donné au Congo. C’est bien parce que le Congo a beaucoup à donner. Nous avons une richesse et nous n’avons pas besoin d’aller envier ailleurs. Il nous revient de profiter de ce que nous avons.
J’ajoute qu’un grand artiste est celui qui sort de ses entrailles un autre artiste,un artiste qui le présente comme son maître. Il y a beaucoup à prendre et à apprendre au Congo mais il faut pour cela, un milieu artistique.

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