Innovation pour le développement en Afrique : le secteur public

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L’innovation a connu bien des définitions au cours des ans, au risque de devenir un concept plutôt rabâché. En réalité, c’est un voyage que les gouvernements et le secteur public doivent entreprendre, avec pour objectif de changer la vie de leurs administrés.

Au PNUD, elle se résume en trois principes.

1.       L’innovation n’est jamais un phénomène isolé. Elle émerge dans un contexte particulier et est souvent corrélée à la « nécessité de faire mieux ». En Afrique de l’Ouest par exemple, le secteur pharmaceutique est confronté au problème de contrefaçon de médicaments qui met en danger la vie des citoyens. E-Pedigree, un système qui permet de différentier les vrais médicaments des faux, assure la traçabilité des produits depuis l’usine jusque dans les pharmacies.

2.       L’innovation n’est pas high-tech. C’est 5 % de technologie, et 95 % d’imagination.

3.       S’inspirer sans honte (et apprendre des autres). Dans bien des cas, les meilleures connaissances ne sont pas forcément dans notre environnement immédiat ou habituel. Il y a tout intérêt à s’aventurer en terres inconnues et à explorer différents partenariats pour améliorer ses performances.

L’innovation dans le secteur public n’est pas différente de celle des autres secteurs. On y fait souvent appel lorsqu’il est nécessaire d’améliorer les services publics dans un cadre de restrictions budgétaires, et de servir des citoyens dont les attentes ne cessent d’augmenter.

Obstacles à l’innovation dans le secteur public

Tout d’abord, il y a la taille et la complexité des institutions publiques, ensuite des mentalités cloisonnées, le décalage ou la pénurie de compétences, l’absence de processus de résolution des problèmes, sans compter les responsabilités qui empiètent les unes sur les autres ou les difficultés à communiquer.

L’innovation est souvent considérée comme un élément perturbateur indésirable pour le fonctionnement global de l’organisation, et les idées nouvelles sont difficilement acceptées.

À cela s’ajoutent d’autres freins, comme les politiques intérieures et extérieures, un environnement de travail bureaucratique et extrêmement réglementé, un leadership qui laisse à désirer, des problèmes budgétaires et une faible valorisation de l’apprentissage.

Les cadres du service public et les politiciens craignent souvent d’apporter des changements dont les résultats pourraient être négatifs, en particulier s’ils risquent d’attirer l’attention des médias. Cette aversion au risque, à laquelle s’ajoute la mauvaise habitude de chercher des fautifs, nourrit ce type d’environnement de travail hostile à l’innovation.

Pour que l’innovation fleurisse dans le secteur public, il faut introduire et faciliter l’apprentissage et le réseautage. Cela permettra d’unifier l’organisation et facilitera l’accès aux compétences existantes.

Il existe d’autres options pour améliorer l’innovation dans le secteur public : encourager les entrepreneurs ou les visionnaires suffisamment déterminés pour faire adopter la nouveauté, ou encore les fonctionnaires qui prennent des initiatives, tout en leur donnant la permission d’innover dans un environnement favorable.

Dépoussiérer le système est souvent un mal nécessaire. Nous sommes tous capables d’apprendre et d’innover. Si on la replace dans le contexte de l’évolution humaine, l’innovation, c’est essentiellement la capacité pour les êtres humains de s’émanciper des limites du vieux monde.

Par Marc Lepage
Spécialiste de l’innovation et du management des savoirs
(PNUD Afrique).

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