Le Group’ rouge précurseur de la world music dans le mouvement des orchestres amateurs au Congo

0
1342
Group'rouge 1971-1974. De gauche à droite: Simon-Blaise Tchicaya (batteur), Marc Saboga (guitare accompagnement), Désiré Mandilou A (drummer), Jean-Claude N'Kakou (guitare-solo), Roland Samba-Delhot (guitare basse), Audifax Bemba(chanteur auteur-compositeur fondateur), Freddy Kebano (claviériste).

Retour vers les années 1970

Si l’expression anglo-saxonne world music  ou (musique du monde) désigne les musiques résultant d’un métissage culturel des patrimoines variés, empruntant des éléments musicaux à diverses cultures du monde, souvent occidentaux contemporains, tels le jazz, le rock, la pop, etc… Au Congo-Brazzaville et en 1971, c’est au Group’rouge que nous devons la version rythmique d’une musique qui fait référence à un métissage entre divers genres ou styles.

En effet, la période 1970-1979 marque l’épopée des orchestres amateurs au Congo-Brazzaville. Longtemps tributaires de l’influence des grands orchestres professionnels, plusieurs jeunes talents, pour la plupart issus du mouvement des groupes vocaux (1964-1972) vont explorer un système pour inspirer des nouvelles formes musicales ; apparition des paroliers sur des thèmes sciemment instaurés pour plaire à la jeunesse.

Ces orchestres vont marquer le début de cette époque de renaissance et de foisonnement de genres musicaux dominés d’abord par “Les As” qui en 1970, ont marqué le début d’une nouvelle vague, qui a connu une notoriété de tout premier plan, avant de laisser le leadership au Group’rouge en 1971.

Crée en 1971 Le Group’ rouge peut être considéré comme le groupe précurseur d’une mouvance intello, qui a perpétué un certain esprit du rock-folk bien taillé.  Il a su inventer un concept avant-gardiste et futuriste, osmose d’une mécanique intellectuelle artistique africaine accessible à l’universel par le chant et l’instrumental. Le Group’rouge a ainsi été le premier a opté en 1971 pour la Word Music.

Doté d’une importante section rythmique, il a créé ainsi un genre constitué de productions originales sur des sonorités modernes. Composé de Jean-Claude N’Kakou (guitare solo); Marc Saboga (guitare rythmique); Désiré Mandilou(drums); Freddy Kebano (clavier); Roland Delaud (Bass); Simon-Blaise Tchicaya (tumbas) et Audifax Bemba personnage majeur du groupe (chant) ont été les artisans du renouveau musical qui a défini un style personnel, “mode-rock-folk”.

Ainsi, le mouvement initié par Audifax Bemba fait  école ; un foisonnement culturel s’empare de la capitale congolaise. A l’instar du Lycée Savorgnan de Brazza, chaque établissement secondaire crée son groupe musical et sa troupe théâtrale: “Les Techniciens”,  “Les Jav’girls”, “Les Chaminadiens”, etc… La culture était (presque) dans la rue ! Audifax Bemba remporte cette année-là le prix “Révélation” de l’année de la jeunesse.

En 1973, le Group’rouge gagne la médaille de la “Performance artistique” pour l’originalité de sa musique au 10ème Festival Mondial de la Jeunesse et des Etudiants à Berlin (RDA)

En 1974, le Group’rouge participe à la fête de l’Humanité à la Courneuve en France, en délégation officielle. C’est l’année de la sortie de l’unique disque 45 tours du groupe avec le titre “Alliance des opprimés”, repris plus tard dans “l’anthologie de la musique congolaise”. Une chanson-culte des années 70 dans laquelle l’auteur bat le rappel de la lutte des peuples du Tiers Monde en ces années là et revient sur le combat de l’apartheid. Il a occupé une place prépondérante dans le rythme et le chant. Le Groupe’rouge a aussi eu le mérite d’avoir accompagné les premiers pas du chanteur Ballou Canta, qui a joué par la suite dans “Télé Music”, avant de poursuivre sa carrière en France.

1974 – La fin du Group’rouge

La fin du plus grand groupe de l’ère des orchestres amateurs,  n’a pas été des plus roses … Les causes sont essentiellement liées au déplacement de quelques musiciens vers d’autres horizons. Notamment :  le départ d’Audifax Bemba, chanteur unique, auteur-compositeur de toutes les chansons et leader du groupe pour l’Europe, suite à l’octroi d’une bourse d’études universitaires. Il est suivi au mois d’octobre 1974, par le batteur Simon Blaise Tchicaya qui a obtenu également une bourse d’études pour l’Europe. La fin logique du Group’rouge était prévisible car inéluctable à son statut, à savoir un groupe d’étudiants qui devait à un moment ou un autre connaître la séparation.

Clément Ossinondé

LAISSER UN COMMENTAIRE