Grosse menace sur l’entreprise et l’emploi en France: L’économie nationale face à une tempête hexagonale

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Le Maroc pourrait dans les prochains mois faire les frais des menaces qui pèsent sur l’entreprise et l’emploi en France. Trois semaines après le lancement de la première phase du déconfinement, intervenue le 11 mai dernier, l’Hexagone redoute une vague de licenciements et de faillites sans précédent.

En effet, alors que l’on s’achemine vers la deuxième phase du déconfinement, annoncée pour le 2 juin prochain, une grave menace pèse sur la survie de plusieurs entreprises françaises qui devront prochainement mettre la clef sous la porte. Tandis que l’économie française, qui semblait jusqu’à présent épargnée par les licenciements, devrait à la rentrée prochaine annoncer des vagues de suppressions de postes.

Quoi qu’il en soit et quelles qu’en soient les conséquences de la crise actuelle sur l’entreprise et l’emploi, la tournure que prend cette situation a de quoi inquiéter le Maroc qui compte plus d’un million de concitoyens en terre française (1.036.909 recensés en 2005) dont les transferts de devises vers le Royaume constituent une manne financière importante pour l’économie nationale.

C’est connu, la France accueille le plus grand nombre de Marocains résidant à l’étranger (MRE), auxquels s’ajoutent plus de 38.000 concitoyens qui ont acquis ces dernières années la nationalité française.

On peut donc penser que les licenciements attendus constituent des menaces sérieuses pour bon nombre de salariés marocains résidant en France et les ressources qu’ils transfèrent vers leur pays d’origine.

Pour rappel, « en 2018, les transferts financiers des Marocains résidant en France ont atteint 2,1 Mds EUR, soit 35,5% du total des transferts reçus à ce titre par le Royaume », selon l’ambassade de France à Rabat.

A noter que la France est le premier pays d’origine des transferts financiers et du contingent de touristes. Cette même année, elle « a fourni le premier contingent de touristes étrangers, avec 3,81 M d’arrivées (soit 31% du total des arrivées y compris les Marocains résidant à l’étranger). Leurs dépenses se sont élevées à 2 Mds EUR ».

Tout comme les licenciements, la faillite annoncée de plusieurs entreprises n’est pas une bonne nouvelle pour le Maroc qui entretient avec l’Hexagone de solides relations économique et commerciale.

Premier partenaire économique du Maroc avec 35,1% du stock total d’Investissements directs étrangers (IDE) en 2017, la France est aussi le premier investisseur étranger du Maroc et se place au premier rang en termes de flux nets d’IDE.

Le Royaume compte plus d’un millier d’entreprises françaises qui emploient près de 100.000 personnes. Comme le relève l’ambassade de France, il « est la première destination des investissements français sur le continent africain (19% du stock total des IDE français en Afrique en 2017) », notant que 32 entreprises du CAC 40 sont présentes au Maroc.

La France est, par ailleurs, le second fournisseur commercial du Maroc et son deuxième client. C’est dire qu’une fissure même minime de ses entreprises aura forcément des répercussions sur l’économie du Maroc.
En effet, la fermeture des entreprises françaises aura de facto des répercutions sur les nombreuses filiales présentes au Maroc. Mais aussi sur les milliers d’entreprises qui ont noué des partenariats avec celles de la France.

Soulignons toutefois que les répercussions tant redoutées de la crise sanitaire induite par la pandémie de coronavirus (Covid-19) sur l’économie française ne sont qu’à leur début et « les entreprises les plus touchées par la crise ne résisteront pas au choc. Des milliers de plans sociaux, avec des cortèges de suppressions d’emplois à la clé, sont redoutés à la rentrée », a récemment souligné Lefigaro.fr 

Dans un article intitulé « La France se prépare à une vague de licenciements et de faillites sans précédent », notre confrère assure que le gouvernement français « ne pourra éviter l’inévitable ». Allusion à la multiplication des licenciements et plans sociaux dans les entreprises que devrait connaître le pays dans les prochains mois.

Pour bien apprécier la gravité de la situation, les auteurs de l’article (Manon Malhère et William Plummer) rappellent au passage qu’il s’agit de « la plus forte récession depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale ».

Le quotidien cite d’ailleurs le ministre de l’Economie, Bruno Le Maire, qui avait récemment annoncé la couleur au micro d’Europe 1 en ces termes : «Il y aura des faillites et il y aura des licenciements dans les mois qui viennent».

Selon le média français, c’est à partir de la rentrée de septembre que l’hécatombe est attendue. A ce propos, il affirme que pour les entreprises déjà affaiblies, notamment par la crise des «gilets jaunes» puis par les grèves contre la réforme des retraites, les licenciements individuels et les plans sociaux s’annoncent difficilement contournables.

Il en veut pour preuve le redressement judiciaire des enseignes André, Naf Naf et Alinéa et rappelle que le constructeur automobile Renault devait tenir hier, jeudi 28, une réunion de crise avec les syndicats.

S’agissant des entreprises qui ont réussi à maintenir la barre grâce aux aides de l’Etat, Deborah David, avocate associée au cabinet De Gaulle Fleurance et associés, également citée par Lefigaro.fr, annonce qu’« elles attendent au minimum la rentrée avant de prendre la décision de licencier ou pas ».

Il est toutefois important de noter que pour l’heure la vague de licenciements tant redoutée n’a pas encore submergé l’économie française. En effet, entre le 1er mars et le 17 mai, « seuls 53 plans de sauvegarde de l’emploi (PSE) ou plans sociaux ont été initiés, pour 2853 suppressions de postes », constate Lefigaro.fr. 

Concernant le nombre d’inscrits à Pôle emploi qui s’est accru de 7,1% en mars dernier, le journal attribue cette évolution essentiellement au « non-renouvellement des contrats courts ou à des reports d’embauches ».

Qu’à cela ne tienne, les auteurs de l’article estiment que le plus dur pour l’économie française reste à venir. Explications : « Bon nombre de personnes mises à l’arrêt et dont la rémunération a été subventionnée par de l’argent public – un salarié sur trois dans le privé ! – risquent maintenant de perdre leur emploi », préviennent-ils.

Comme l’affirme le président de la CPME, François Asselin, quand bien même on ne saurait en connaître l’ampleur, « il y aura des licenciements, c’est certain ».

Pour Raymond Soubie, président du cabinet de conseil en ressources humaines Alixio et ancien conseiller social de Nicolas Sarkozy à l’Elysée, également cité dans cet article, le constat est que « tous les indicateurs montrent une chute de la production très forte, des trésoreries très atteintes et des répercussions sur l’emploi. Je crains que les licenciements en nombre soient inévitables».

Plus grave encore, il va falloir sortir du chômage partiel. Sans maintien du niveau d’aides actuel, « le choc va donc être très fort sur les entreprises et sur les salariés», redoute Raymond Soubie.

Mais il y a un autre sujet d’inquiétude. Pour Hector Arroyo, partner en restructuration au sein du cabinet Baker McKenzie, «dans cette phase de redémarrage, les entreprises pourraient être confrontées à de véritables crises de liquidité».

Pour rappel, plusieurs entreprises opèrent dans divers secteurs au Maroc, notamment dans ceux des équipements basse tension, de la chimie et la pharmacie, de l’industrie, des services, des biens d’équipement électrique et électronique, de l’édition, des assurances, du tourisme, des transports, de l’agroalimentaire,  de l’hôtellerie, de l’eau et de l’électricité et de la santé.

Alstom, Lafarge, Thomson, Schneider Electric, Bymaro (Bouygues), PSA, Accor, Renault, Fauchon, France Télécom (Meditel), FNAC, Leader Price et bien d’autres comptent parmi ces nombreuses entreprises implantées au Maroc.

Alain Bouithy

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