Gérard MADIATA, l'artiste congolais de variétés le plus couronné de succès de tous les temps

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L’incomparable Gérard Madiata porte-voix intemporelle de la rumba.

Né le 18 avril 1940 à Sona Bata dans le Bas-Congo (Congo-Belge, aujourd’hui : République Démocratique du Congo) , Gérard Madiata a marqué le monde de la rumba et des variétés internationales d’une empreinte indélébile. Doté de l’oreille absolue, d’une intonation parfaite et d’une impressionnante tessiture s’étendant sur trois octaves. Il était incomparable à tous les chanteurs congolais de tous les temps et différemment du chanteur Joseph Kabaselle pour lequel il était l’opposé.

Premier chanteur congolais de variétés internationales

Toujours à son actif, une technique vocale étourdissante et une invention qui a fait l’admiration des grandes maisons de music-hall en Europe. Auprès de lui, la plupart des vedettes de la chanson congolaise sont apparus ternes et maladroites, mais c’est dans des contextes music-halls que Gérard Madiata a donné le meilleur de son swing et le plus sensuel de son art. Se frottant avec la même aisance au jazz et au rock, il entrera dans la légende comme le tout 1er chanteur congolais de variétés internationales.

De Kinshasa à Brazzaville (Etudes secondaires)

L’excellence de l’enseignement français largement reconnue, oblige Gérard Madiata, après son cycle primaire à Kinshasa, (Paroisses Saint Paul et Sainte Anne) d’effectuer ses études secondaires à Brazzaville, notamment à l’Ecole des cadres Edouard Renard de Brazzaville, de 1953 à 1956 (L’école coloniale française qui formait les cadres de l’administration et de l’enseignement – niveau bac). A Brazzaville, il a eu comme meilleur ami de classe l’ancien footballeur Ndouniama du club la Renaissance (Aiglon Cara) qui vivait dans la rue Likouala à Poto-Poto. 

Carrière administrative

De retour à Kinshasa, Madiata obtient un emploi à la brasserie Bralima comme secrétaire de direction. Par ailleurs, Gérard Madiata qui avait commencé à chanter très jeune dans la chorale chrétienne catholique,  fait désormais  preuve d’un talent qui lui permet d’être considéré comme le meilleur ténor.

Carrière musicale

1 – Micra Jazz 1957/58

En  1956, cumulativement avec sa profession à la Bralima, il fait ses débuts en musique de danse. C’est dans l’orchestre Micra Jazz entre 1957/58 où il a le privilège de chanter dans un groupe composé des musiciens doués comme les guitaristes Raymond Braink, Simon Lutumba, José Magnol, Tchade, etc..

1 – Conga Jazz 1958 – OK Jazz 1959

C’est en 1958 et dans le Conga Jazz de Paul Ebengo Dewayon qu’il se révèle comme chanteur de belles mélodies. La célèbre chanson « Lucie Botaï » va le hisser à la tête des hit-parades de l’époque. Un passage éphémère dans l’Ok Jazz en 1959, notamment pour se produire en lever de rideau des concerts de ce groupe, lui permet d’affirmer ses cordes de métier.

Cavalier seul à partir de 1960 – Premier chanteur congolais du music-hall.

Peu de temps avant l’accession du Congo à L’Indépendance,  Madiata quitte le Conga Jazz, pour faire cavalier seul, après avoir créé son propre orchestre dénommé : “Kongo Jazz”. C’est  la carrière de virtuose qui le conduira à travers l’Afrique et l’Europe, A Bruxelles où il s’installe, il livre quelques concerts en marge des assises de la Table Ronde. Il s’inscrit à l’Académie royale de musique et  participe à de nombreux spectacles de music-hall dans lesquels on reconnait une grande habilité dans l’art de traiter la voix. Tout comme il chantait avec une maîtrise extraordinaire dans plusieurs langues : le swahili, le tshiluba,  le lingala, l’espagnol, l’anglais, le français, le flamand…

“Chez Baninga” le Club dansant  de Madiata  à Bruxelles était  animé avec brio par son orchestre pour le plus grand plaisir des nombreux danseurs et danseuses  de la région bruxelloise, venus virevolter sur la piste de danse toujours pleine.

Pendant son séjour européen, Madiata va également avoir l’honneur de représenter le Congo-Kinshasa dans plusieurs manifestations internationales, notamment au festival afro-cubain à la Havane (Cuba) et au premier festival mondial des arts nègres en 1966 à Dakar (Sénégal) pour ne citer que les plus importantes.

L’interprétation dans le genre music-hall, des œuvres lyriques des grands chansonniers modernes lui assure une grande renommée internationale. Parallèlement, il s’inspire des thèmes populaires de son Congo natal et traduit avec poésie le charme de son pays. Comme dans « Mono Nguiedi » une œuvre célèbre ! Il réussit des mélodies d’une lignée élégante d’un sens très sûr de l’effet scénique, et l’emploi des timbres de goût.

Gérard Madiata a joué de sa voix comme un instrument. Chanteur  de charme et de spectacle, il a beaucoup inspiré Franklin Boukaka qui est d’ailleurs sorti de son école.  Nombreux sont les amateurs qui sont tombés sous le charme d’une étonnante voix sans vibrato qui distillait au creux de l’oreille de très musicales confidences.

1980 – Gérard Madiata de retour à Kinshasa

Après une carrière fructueuse et bien remplie, Gérard Madiata se fixe à Kinshasa au cours de l’année 1980. A l’initiative de l’Hôtel Régina, il donne le départ des rendez-vous dansants tous les weekends dans la salle de spectacles de l’hôtel. Plus le monde venait, plus il manquait d’espace.  

A la vue de ce succès Madiata décide d’ouvrir son propre cabaret et son orchestre portant les mêmes dénominations qu’à Bruxelles : Le bar-dancing  “Chez Baninga“(rue Usoke – Commune de Barumbu) soutenu par “Bisengo” un orchestre de valeur qui  a tenu une place importante dans la production du “Maître Madiata”. A chaque production le bar-dancing avait pris un air de fête à l’occasion de la présence des nombreux nostalgiques des vieux airs congolais et internationaux.

1996 – La fin de Gérard Madiata

Gérard Madiata, grande voix de la rumba congolaise et des danses internationales, “Maître Madiata”, qui a su fidèlement  interpréter les chansons des grands noms, comme : Dalida, Johnny Halliday, Claude François ou Charles Aznavour… s’en est allé le 27 Juillet 1996 aux cliniques Ngaliéma à Kinshasa à l’âge de 57 ans, après une courte retraite dû à la maladie. Une maladie qu’il avait déjà  eu en vain, à obtenir des soins à l’Hôpital Saint Luc de Bruxelles (1982) et en Afrique du Sud (1996), grâce à l’intervention personnelle du président Mobutu.

Discographie

Pour l’ensemble de sa carrière Gérard Madiata, a réalisé  plusieurs  disques 45 tours dans les années 1960, dont certains chez Polydor. L’occasion de se replonger dans ses plus grands tubes comme : “Congo twist”, “Mono Nguiedi”, “Je veux”, Jardin d’amour”, “Bonjour N’Djili” et “UMfua Nkenda” (1962) – “Marie-Hélène”, “Les copains”, “Madison for you”, “My Darling” (1963) – “La paix” et  “Marsupilami” (1964) – “Vive les trois Z” (1969)

Clément Ossinondé

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