Francos Uomo Solomo Mattei : Un poème de témoignage par Jean de Monarga

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François Salomon De Kodia “Francos Uomo Solomo Mattei” compte parmi les  artistes de la mode  (Sape) et de la danse que l’on nomme volontiers ” conceptuels ” dont le travail  a exploré avec méthode et minutie une ou plusieurs idées qui se sont  retrouvées à répétition comme constantes de son  travail. 

En honorant Francos le poète Jean de Monarga a voulu saluer un artiste de l’habillement (sapeur) et de la danse  qui s’est démarqué par l’originalité de sa démarche  et qui a repoussé les limites de l’habillement par son caractère insolite et attractif. 

François Salomon De Kodia, plus connu sous le nom de “Francos Uomo”, a été président de l’ancien Club «Les Jeunes premiers de Brazzaville», adeptes mémorables  de la “Sape” dans les années 60 et 70.

Francos Uomo Solomo Mattei

       Quand la noblesse                                                                                                                                                                                      

       Du cœur épouse l’élégance

Vous êtes de ces altesses dont les royaumes se perchent

       dans les sphères culturelles

Aux couleurs restribuées par d’invisibles aquarelles

        Francos certains vous ont cru fanfaron

        bouffon, bluffant , troufion, trublion

Nous autres ayant côtoyé ce lion savions

que par l’élégance vous dénonciez les truands

        A l’égoïsme vous proposier l’altruisme

        Instituteur instigateur d’humanisme

Gardien du temple confié à vous par Kalafar Ntadi

        Vous n’êtes pas parti

Mais vous aviez sectionner les barbelés de nos goulags

Incitant les jeunes aventuriers à affronter les vaques en vogue

         chanté par les Bantous Papa Wemba et Rapha Boundzeki

Vous aviez fait de la vesgtimentaire constance

          Une refractaire exigence

Monsieur François on vous dit marchand d’illusion

           La sapelogie la fringue le froufrou

Monsieur François Uomo prince de l’exigence

           Face aux gouverneurs de la décadence

           La jeunesse s’oppose par l’extravagance

           l’arrogance et l’insolence en vacances

           Derange les puissances par sa prestance

Je lève mon chapeau et vous fait ma révérence

           Voilà que tous ces jeunes sans terre

            Exilés pour enfin vivre libres et fiers

            Vous accompagnent  chaque jour  

             Au panthéon de leurs références

            (Jean de Monarga – “L’heure de la lecture” Denis Malanda)

Les premiers clubs de la sape et de la danse à Brazzaville. Et  qui ont le plus séduit et stimulé le public jeune.

Francos décrit cette période en commençant par situer la période et définir ce que c’est que la “Sape” ?

 1 – La période de naissance des clubs

Si le phénomène culturel  de la sape est né dans les milieux de la diaspora congolaise au cours des années 50. Les années 1960 à 1970 correspondent à une période très intense de production musicale, de la danse et de la mode vestimentaire. Cette dualité musique-danse/sape aura marqué tout le travail d’animation de “Francos”, dans lequel la mode vestimentaire occupe la place de choix.

2 – Ce que c’est que  la “Sape” ?Ce mot relève du langage du milieu, de l’argot lancé par le groupe de Saint-Germain-des-Prés, au quartier latin, dans le 6ème arrondissement de Paris. Les stars en furent  Jean-Paul Sartre, Albert Camus, Georges Brassens, Juliette Greco, etc. Leurs cafés de prédilection furent «Les Deux Magots» et le «Café de Flore». Ce mot désigne une mode vestimentaire.

Par la suite, la mode vestimentaire que nous avons adoptée est universelle. “Elle est un recommencement éternel” avait dit un auteur. Elle puise ses origines dans trois pays ; l’Italie, l’Angleterre et la France. Les deux premiers fabriquent, quand le troisième lance et distribue, en s’occupant cependant du “design”. Son éclosion au Congo-Brazzaville, s’est faite entre les deux Guerres mondiales.

3 – Les précurseurs congolais furent cependant les anciens combattants enrôlés dans l’armée française, pendant les deux guerres mondiales, talonnés de très près par les premiers étudiants partis en Europe, à partir des années 40. Puis vient celui qu’on nomme le 1er sapeur congolais, André Grenard Matsoua. Refoulé de France en 1922,  pour cause de comportement subversif et de conspiration, le “grandissime” rentre à Brazzaville menotté, arborant un costume Tennis (rayé noir-blanc), avec des chaussures italiennes à deux tons (Salamandera), look dont raffolait le truand parfait, Alphonse Capone de Chicago (Etats-Unis), ainsi que Stavisky et l’industriel André Citroën. 

4 – Dans les années 50, à l’instar du bon monde de Paris, nos doyens brazzavillois vont créer des clubs. Pour vulgariser le mouvement, avec comme principaux repères les bars dancings “Chez Faignond (Poto-Poto)  et  “Macedo” (Bacongo). 

A Poto-Poto, se sont les beaux gosses du  “Club des six”  (Lobagne, Kinkani, Fylla Rombot, Pembellot Pemb’s…) et “Les vieux Colombiers” (Ngoma Nganga, Ayessa, Sangs, etc.) 

A Bacongo, c’étaient  “les Existentialistes” (Exito Tabou), imitation de la doctrine de Jean-Paul Sartre et Albert Camus, notamment : ( Albert Manouana, Ntari “Calafard, Molinart, Diorat, Lenga, Tonton Elisabeth, Bertin, Gangoussou, Jean-Paul, etc.) “Les cabarets de Grand jazz” (Massamba Dragon, Bernard Kouamala, etc..), Le club “Bel âge”  (Luc Nsana, Jeff Akanaty, Claude Goma le môme, Massamba “Technicien”, Jérôme, Robustelly…) Les doyens du “Club Tandou” (Albert Tandou, Ntaba, Gérard Nkounkou, Pirwens, etc..

5 – Les individualités 

Outre les Clubs il y avait aussi des imminentes individualités, comme  Maître Gnali Gomez, Jean-Pierre Elouma, Elenga”Elington”, Itoua “Baguette”, Elenga “Emile Gentil”, Henri Mondjo, Ebondzi Bato, Mbati, Ntari Bakala, Moussa Marais, Nkari Pepete, Ota Ndinga Atiki,  Strauss, Taty “Sabroso”, etc.. qui vont s’approprier l’art de la Sape. Un mode de vie qui se traduit par un code vestimentaire particulier. Le sapeur est avant tout animé par un besoin de paraître soigné et tiré à quatre épingles. 

6 – Le règne de “Francos Uomo” à tête des “Jeunes Premiers” 

A partir de 1961, voit le jour un club assez original :”Les Jeunes Premiers” (JP), dragueurs brazzavillois, avec le président  Francos Uomo. Une période où il était absolument  difficile de se distinguer en solo, à moins d’être un caïd, comme l’a été Ntari Calafard (auréoler par le Grand Kallé)

Le Club prend ainsi la relève des ainés qui assumaient désormais les responsabilités importantes de l’Etat ou qui se trouvaient à l’étranger pour la plupart. Le club des “Jeunes Premiers” va connaître un succès énorme à travers ses nombreuses activités de grande ampleur dans les domaines sociale, musicale, danse et  Mode, avec plusieurs imitations des grandes stars européens de l’époque : “la bande à Jean-Luc Godard”,  Alain Delon, Jean-Paul Belmondo, Jacques Charrier, Sammy Frey, Jean-Claude Brialy et les anciens comme Jean Gabin, Jean Marais, Yves Montand.

Les principaux membres du Club Les “Jeunes Premiers”

Parmi les membres influents qui ont constitués Les “Jeunes Premiers”, on compte : Jacques Lamonta, Théophile Mambenguelet, Andoche Ntoumi, Don Gomez de Mackanda, Clément Ossinondé,

Alexis Pambou, Diack, Kwapity, JP Mouanda, Josard Nkanza,, El Gomez Ngoma, Apollinaire Nganga, Bina Willy, Charles Makaya, Itoua Langlet, Adam Yoka, Pascal Ngamaba, Mac Sam,Sory Liberlin de Shoriba Diop, Kargu Nzaba, Sissia Siatis , Kongoléla, Germains Monguia Voltard, Simplex, Mirwo Koloko, Njaye, Sissia Sissi, Lidorin, Alolo, Sergent Zoungoula, etc.

Tous ces jeunes ont fait parler la poudre dans tous les arrondissements de Brazzaville. Le Club a particulièrement contribué au rejet du sectarisme voire du tribalisme. Il avait des membres dans tous les arrondissements de Brazzaville. 

Quelques clubs similaires aux “Jeunes Premiers” 

D’autres clubs vont voir le jour et dans le même optique des “Jeunes Premiers”. Tels : “Les Ducs” (Christian Gilbert, Aimé Bongo, Armand Yoka, F. Ayessa, Marius Mouabenga, Ndinga, Abonkele, etc..), “Les Cabestans” (Jeff Makouezi, Michel Massamba, Kaza, Topele Batanga, Manequin les copains, Biziki Jeltos, Mass, Belin Américain…) “Les Marquis” (Péris…), “Les Gitans” (Djimissi…), “Les Demi sel” (André Mavounia, Jean-Pierre Ngole…) et beaucoup d’autres clubs et individualités.

La fin des activités des clubs de mode (Sape)

A partir de 1970 Les activités des clubs de la Sape vont progressivement prendre fin pour laisser la place aux individualités qui vont s’exprimer désormais en Solo et avec eux bon nombre des musiciens congolais des deux rives. 

C’est d’ailleurs à ce moment qu’arrive Djo Balard qui va s’illustrer comme leader de mode et artiste musicien. En effet, au début des années 1970, Antoine Wada quitte le Congo et s’installe à Paris (France). Intéressé par la mode, il s’impose rapidement comme l’un des plus fervents défenseurs de la Sape, ce mouvement où le vêtement tient une place centrale. En 1972, il prend le nom de « Djo Balard » 

Comment peut-on expliquer la maîtrise et l’acharnement des Congolais en ce qui concerne la Sape?

A cette question, Francos Uomo, pense que la Sape fait partie de nos hobbies. Nous en sommes des fidèles héritiers. C’est en cela que ce phénomène s’est pérennisé chez nous. En tout cas, nous faisons partie des meilleurs élèves du continent. Certains observateurs nous accordent la place de leaders ou champions.

Clément Ossinondé

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