Forum de Paris sur la paix : une opportunité pour une sortie de crise et pour une paix véritable au Congo

Notre proposition pour la paix

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TRIBUNE. Dans le cadre de la commémoration du centenaire de l’armistice qui mit fin à la première guerre mondiale, la France réunira du 11 au 13 novembre 2018, les Chefs d’Etat, les ONG, les intellectuels afin de conjurer les graves menaces qui pèsent sur la paix mondiale. Il s’agira de penser un nouveau multilatéralisme, construire la paix face aux défis des nationalismes, du repli régionaliste, des totalitarismes et des intégrismes religieux.

L’Afrique francophone, le Congo-Brazzaville en particulier est malheureusement plongé depuis plus trois décennies dans une situation de guerres récurrentes, alternant guerres fratricides, crimes de masse, violations massives des droits de l’homme, prétextes et conséquences d’un pillage sans limite des ressources d’Etats riches naturellement. Situation de conflit permanent accentuée par la privation des besoins vitaux et élémentaires dont sont victimes les quatre millions de Congolais à savoir : l’eau, l’électricité, la santé, l’éducation, la nutrition.

Le Congo est en faillite. Toutes les démarches qui consisteront à la mise en place d’un dialogue en excluant certaines voix ne pourront jamais apporter à notre pays la paix et la stabilité.

La présence à Paris de monsieur Denis Sassou Nguesso est une occasion pour notre organisation de faire de nouveau appel à la communauté internationale pour affermir les valeurs de la démocratie universelle et contribuer à la sortie de crise au Congo Brazzaville.

La lettre des Évêques, du 10 mai 2018 dernier, nous apparaît comme une opportunité à saisir pour amorcer une sortie pacifique de crise.

En nous appuyant sur cette lettre, voici ce qui est pour nous, organisation de la société civile, l’autre avenir possible pour le Congo Brazzaville.

1-INVITATION PUBLIQUE À UN CONCLAVE ORGANISÉ PAR LES ÉVÊQUES

Idéalement hors du Congo, les Évêques, en application de la lettre du 10 mai 2018, invitent les parties prenantes de la crise congolaise à se rencontrer en conclave.

Pourraient être invités à égalité de représentants :

. Monsieur Dénis Sassou Nguesso
. Les candidats à l’élection présidentielle de 2016
. Les partis politiques oppositions et mouvance présidentielle
. La société civile du pays et de la diaspora
. Les créanciers (Chine, France, USA, UA, UE, Club de Paris, Club de Londres, FMI, Banque Mondiale, BAD, BDEAC)
. Les représentations de l’ONU, l’UE, l’UA et la CEMAC

2-LES POINTS DE LA LETTRE DES ÉVÊQUES COMME ORDRE DU JOUR DU DIALOGUE :

Le préalable pour ouvrir ce Dialogue Républicain le plus large possible en vue de discuter du modèle politique et institutionnel que nous voulons dans notre pays est de libérer toutes les personnes en prison à la suite des contentieux politiques dont les candidats à l’élection présidentielle de 2016, Jean Marie Michel MOKOKO et André OKOMBI SALISSA.

Un dialogue exclusif, même s’il aboutit à un accord, n’offrira à notre pays, qu’une paix temporaire réservée uniquement à la classe politique et ne réglera pas le véritable problème qui mine notre pays : l’absence totale d’un Etat de droit.

La classe politique congolaise doit absolument intégrer dans ses réflexions, la nécessité d’établir un Ordre républicain et démocratique dans l’intérêt supérieur de notre nation.

Ce dialogue s’appuiera sur des valeurs morales susceptibles de fonder une vie politique pérenne et stable.

L’ordre du Jour pourrait se décliner comme suit :

  1. Création d’une commission électorale indépendante avec une société civile vraiment représentative pour conduire l’élaboration d’un système électoral transparent et indépendant ;

2. Création d’une commission Vérité, Justice et Réconciliation pour investiguer et résoudre les questions des crimes politiques et des guerres. Une attention particulière sera donnée à la question des massacres et discriminations notamment dans la région du Pool ;

3. En accord avec les institutions financières et les créanciers, réaliser un audit de la dette du Congo, de tous les projets réalisés particulièrement dans le cadre de l’accord de coopération avec la Chine et autres pays concernés ainsi que de tous les fonds obtenus grâce aux préfinancements pétroliers et de leur utilisation ;

4. Mise en place d’une commission républicaine chargée d’identifier les lieux de stockage de deniers publics détournés, les biens mal-acquis et favoriser leur rapatriement ;

5. Création d’un corps indépendant, constitué de magistrats élus par leurs pairs et d’Autorités morales, chargé de réprimer la corruption. Créer également un corps d’auditeurs généraux, dont le dirigeant serait nommé par vote des deux tiers du Parlement pour un mandat non renouvelable ;

6. Avec l’aide de l’UE et des institutions financières, création d’un Fonds souverain congolais pour l’éducation et le développement avec les produits des avoirs et biens mal-acquis ;

7. Suspension à titre temporaire des membres des corps d’armée identifiés comme responsables des violations des droits humains notamment durant le référendum 2015 et post élection 2016. Cette suspension est susceptible d’évoluer en radiation au terme des enquêtes indépendantes;

8. Ouverture d’une transition politique et élaboration d’un calendrier pour des élections présidentielles, législatives et locales anticipées.

CE QUE NOUS ATTENDONS DE CE DIALOGUE

Nous pensons que le Congo mérite mieux que la situation sociale, politique et économique actuelle et qu’il est de la responsabilité de toutes ses filles et tous ses fils, d’apporter leur contribution à la création d’une société viable ; et qu’il est du devoir de la France berceau des Droits de l’Homme, des véritables amis du Congo et des Congolais, d’encourager cette initiative à l’occasion du prochain Forum de Paris de la Paix.

Nous pensons que seul un dialogue franc et juste, nous permettra de déboucher sur un Etat de droit consensuel, une transition démocratique viable et enfin, un scrutin libre et transparent, unique gage de stabilité politique, de prospérité économique et de paix sociale

L’exigence de vérité, de justice et de réconciliation devra absolument être le socle de nos échanges et cela ne pourrait se faire que dans le cadre d’un dialogue sous l’égide de la communauté internationale et le contrôle stricte de la société civile.

Fait à Paris le 04 Novembre 2018,
Andréa NGOMBET
GLOBAL COORDINATOR COLLECTIF SASSOUFIT

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