Dossier: Portraits de femmes battantes de la scène politique congolaise

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Elles font partie de ces rares Congolaises qui ne se font pas prier pour hausser la voix, dire leur colère ou crier leur rage quand les choses ne vont pas dans le sens qu’elles souhaitent. Elles s’appellent : Gilda Rosemonde Moutsara-Gambou, Claudia Ikia Lemboumba Sassou N’Guesso, Marie Louise Abia, Mambou Aimée Gnali et Claudine Munari.

Portraits croisés de deux générations de femmes congolaises que bien des hommes devraient craindre.

Gilda Rosemonde Moutsara-Gambou 

Ne vous fiez surtout pas à son petit air jovial, débonnaire et réservé. Dernière ce magnifique visage se cache, en effet, une femme à poigne dotée d’un courage exceptionnel, qui n’a nullement besoin d’enfiler un gant pour frapper sur la table.
Gilda Rosemonde Moutsara-Gambou est l’une des rares Congolaises, installées au pays, à oser s’opposer ouvertement au changement de la Constitution et à donner des avis sur des sujets délicats de l’actualité politique du moment.
Il faut dire que la porte-parole du « Mouvement citoyen pour le respect de l’ordre constitutionnel » n’est pas du genre à se taire, surtout pas pour contenter les autorités qu’elle ne cesse de surprendre au fil des mois.
Pour comprendre d’où lui vient ce courage qui lui colle si bien, l’auteur de « Le socle en pleurs » (4e prix du concours de la meilleure nouvelle organisé en 1998 par l’ACCT), « Les nouvelles d’Eloïse » (2010, roman) et « Les papiers de maman » (2011, roman), rappelait en juin dernier dans un entretien aux Dépêches de Brazzaville: « la Constitution du 20 janvier 2002 me garantit le droit d’exprimer librement ma pensée, notamment mes opinions politiques. C’est là un droit fondamental que je fais valoir dans ma prise de position ». Les machistes sont avertis.

Claudia Ikia Lemboumba Sassou N’Guesso

Dans les coulisses, il se murmure qu’elle est le garçon que son père aurait souhaité avoir. Il faut dire que la fille et conseillère en communication et aux relations publiques du chef de l’État Denis Sassou N’Guesso ne manque pas de courage et d’enthousiasme.
Député du quartier 68 à Talangaï, présidente de l’Association Demain le Congo (ADC) et de la Fondation Ikia Sassou, Coco (pour les intimes) n’est pas femme à se confiner dans un coin. Curieuse et ambitieuse, elle sait faire preuve d’abnégation et ne rate jamais une occasion pour exprimer son point de vue sur nombreux sujets. Quitte à fâcher l’entourage de son père.
Très appréciée des artistes des deux rives du fleuve Congo, qui l’ont gratifient de tous les surnoms flatteurs, elle sait aussi se faire aimer des personnes en grande difficulté auxquels elle consacre, un tant soit peu, du temps et des dons (forages, aliments, enveloppes).

Régulièrement pressentie au poste de ministre de la Communication, Claudia Ikia Lemboumba Sassou semble cependant, jusqu’à preuve du contraire, regarder ailleurs. Pourtant, d’aucun prétendent qu’elle serait un de ces faiseurs de ministres. Nombreux la prédisaient même à la tête de la Mairie de Brazzaville, avant que cette rumeur ne s’éteigne, suite à la reconduction de l’ancien maire.

Auteur de « Denis Sassou N’Guesso – Les grands discours du premier septennat 2002-2009 » (2013), Claudia Sassou serait très crainte par nombre de politiques de la majorité au prétexte que s’affronter à elle s’apparente à un suicide politique.

Mambou Aimée Gnali

Femme politique avertie, Mambou Aimée Gnali est surtout connue pour son honnêteté et sa lucidité intellectuelle. Mais aussi, une « grande gueule », comme diraient ceux qui l’ont côtoyée, qui lève haut la voix là où beaucoup d’hommes n’osent dire mot.
Auteur de « Beto na beto : Le poids de la tribu » (2001), livre dans lequel elle évoque notamment sa relation amoureuse avec Lazare Matsocota (brillant magistrat accusé de conspiration et assassiné en même temps que Joseph Pouabou et Anselme Massoueme), Mambou Aimée Gnali a été dans les années 50 la première femme bachelière du Congo. Avant de partager ses connaissances à l’Université Marien-Ngouabi et à l’Université Cheikh Anta Diop.

Son charisme et son courage incontestable font d’elle une femme redoutable dont les avis sur divers sujets, même les plus délicats et sensibles, font généralement tâche d’huile. Elle a été ministre de la Culture et des Arts, chargée du Tourisme dans le premier gouvernement issu de la Guerre civile de 1997.

Marie Louise Abia 

Native de Dolisie, ville qu’elle évoque avec passion et beaucoup d’amour et de fierté, Marie Louise Abia est le genre de femme que beaucoup d’hommes politiques préféraient soigneusement éviter ou ne pas croiser quand il s’agit d’évoquer des sujets qui préoccupent la société. Une femme au sourire facile qui plus est, et c’est là le piège, n’a pas sa langue dans sa poche.
Pour faire bouger les hommes, elle n’hésite pas à prendre un micro et à animer des émissions où elle les pousse jusqu’au bout pour dire haut les maux de la société congolaise.

Tout comme sa jeune concitoyenne Gilda Rosemonde Moutsara-Gambou, cette militante confirmée ne se cache pas pour dénoncer les travers de la politique congolaise et les injustices frappant de la société, empruntant si nécessaire nos langues dialectales pour mieux se faire comprendre des dirigeants.

Opposée au changement de la Constitution, elle l’est aussi à tous ces maires qui n’ont pas su redorer l’image de leur ville et assurer à leurs administrés un cadre paisible où il fait bon vivre.

Auteure de « Bienvenue au royaume du sida » (roman), « Afrique : Alerte à la bombe » et « Homme et femme : Dieu les créa », Marie Louise Abia est sans doute la femme congolaise qui se sert le plus de son talent d’écrivain pour titiller les politiques qui, à lire ses petits dialogues imaginaires, n’auraient rien compris au peuple.

Claudine Munari

Ministre du Commerce et des Approvisionnements, Claudine Munari a longtemps été la « terreur » des hommes politiques qui osaient se confronter à elle dans la majorité précédente.

Directrice du Cabinet du président Pascal Lissouba, elle en a fait voir des couleurs aux hommes qui ont eu le malheur de croire qu’ils pouvaient tout se permettre du fait qu’elle soit femme.

Il faut dire que la ministre n’a pas froid aux yeux et ne se fait pas prier pour remettre à leur place ceux ou celles qui osent saper son autorité. Nombreux prétendent même qu’elle avait été choisie par l’ancien président pour l’aider à s’éloigner de certains courtisans trop zélés.

Il faut toutefois constater qu’elle s’est faite discrète depuis un certain temps. Céderait-elle sa place à une nouvelle génération de femmes à poigne ? Difficile de le confirmer tant il est vrai qu’on ne sait jamais quand elle sort ses griffes.
Il se murmure qu’elle aurait eu maille à partir avec le général Jean-François Ndengué, le patron de la police, ce qui l’aurait quelque peu refroidie.

Présidente de l’Association Femme 2000, qui apporte à la gente féminine un accompagnement dans l’amélioration de son quotidien, Claudine Munari est détentrice d’un DESS en économétrie.

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