DOSSIER. Joseph Kabaselle : Ce qu’il faut retenir de son épopée des années 1960-1961 avec l’African Jazz

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Le nom de Joseph Kabaselle évoque l’époque délirante d’enthousiasme qu’a connu la chanson congolaise dans les années 50. Il est indéniable qu’il est parmi les pionniers qui ont apporté une contribution considérable à l’histoire de la musique congolaise.

Cependant, il y a lieu de noter que les années 1960 et 1961 sont considérées comme des années mémorables, surtout pour avoir su développer son imagination mélodique prodigieuse en assumant avec brio  tous les tournants de l’histoire.

1960 – L’African Jazz en Europe

1960, c’est une grande fraicheur dans les idées du chanteur Joseph Kabaselle, qui en s’appuyant sur les conceptions harmoniques très originales et avancées, prendra le dessus sur “L’Ecole OK Jazz”.

L’African Jazz est le tout premier orchestre congolais à se rendre en Europe. Il est retenu par les frères Philippe et Thomas Kanza, leaders politiques de l’Abaco (Association des Bacongo) du président Joseph Kasavubu, à animer les 20 février 1960 à Bruxelles, la clôture de la “Table Ronde” Belgo-congolaise (du 20 janvier au 20 février 1960) destinée à définir les conditions et la date de l’indépendance du Congo-Belge (30 juin 1960) et où siégeaient côte à côte les membres des grands partis : Abaco – PSA – MNC, des partis régionaux : Conakat – Atcar  et des chefs coutumiers.

Joseph Kabaselle, trouve ainsi l’occasion de renforcer son groupe par des musiciens venus de l’OK Jazz, notamment le chanteur Victor Longomba “Vicky” et le guitariste basse Antoine Armando “Brazzos”. L’African Jazz crée une véritable révolution parmi les milieux politiques et musicaux en Belgique et en France.

“Indépendance cha cha”

Les musiciens composent à chaud dans la nuit clôturant les travaux, deux chansons historiques qui témoignent de l’histoire en train de s’écrire au Congo et en Afrique : “Indépendance cha cha” et “Table Ronde” (Kabaselle/Izeidi) dont les textes font apparaître les noms des principaux partis politiques congolais et ceux de leurs leaders. Gravés en Belgique et distribués à Kinshasa, ces chansons communiqueront une vive ardeur chez les congolais et les africains de tout bord, pour lesquels 1960 est consacrée années des indépendances.

Le rapprochement de Joseph Kabaselle avec le leader du MNC Patrice Lumumba – en marge de la Table Ronde – conforte sa position de musicien engagé. Patrice Lumumba, en effet, avait fait de Joseph Kabaselle son proche collaborateur. Musicien, certes, l’impact de Joseph Kabaselle dans l’opinion publique était important et très apprécié.

A la fin de la Table Ronde belgo-congolaise, l’African jazz donne par la suite une série de concerts en Belgique et en France, d’où vont se révéler d’autres œuvres à succès, telles “Sentiment emonani” et “naweli boboto” du chanteur Vicky Longomba.

La composition de l’African Jazz au cours de son premier voyage en Europe et à la “Table Ronde” de Bruxelles : Joseph Kabaselle – Vicky Longomba (chant) – Roger Izeidi (maracasses-chant) – Nico Kasanda (guitare solo) – Charles Mwamba “Dechaud” (guitare accompagnement) – Antoine Armando “Brazzos” (guitare basse) – Petit Pierre Elengesa (percussions).

Ce premier voyage de l’African Jazz en Europe a duré plus de quatre mois (Fin décembre 1959 à Avril 1960). L’orchestre s’est produit en Belgique, en France, en Hollande, au Luxembourg et en Allemagne.

1960 – Création des premières éditions musicales par les congolais.

En 1958, et à la faveur de la rencontre de Mr Cornelis, gouverneur du Congo, du Rwanda-Urundi avec les délégués de SAMUCO (Syndicat des Musiciens Congolais), il a été décidé de la résiliation de tous les contrats d’exclusivité qui liait les musiciens congolais avec les éditeurs grecs et belges basés à Léopoldville (Kinshasa). Permettant ainsi aux musiciens congolais de négocier leur adhésion sur des nouvelles bases, avec la possibilité pour les congolais de créer leurs propres firmes musicales. Cette décision constitue une grande victoire.

1960 – Création à Brazzaville  du “Club Kalé

Il a pour objectif de contribuer à l’épanouissement de l’œuvre de Joseph Kabaselle, l’aide morale et artistique du leader de l’African Jazz.

Le club émerge au sein du groupe musical “Los Rumbaberos” de Brazzaville, dans lequel on compte les musiciens amateurs, mais talentueux  (cadres dans la fonction publique congolaise) :   Sylvain Bemba, Clément Massengo, Firmin Tembe, Gérard Bitsindou, Matingou, Nkouri, Bibanzoulou “Amoyen”, dont la structure est soutenue par l’instrument de base qu’est la cithare, joué merveilleusement  par Sylvain Bemba et qui  d’ailleurs a beaucoup inspiré le Dr Nico Kasanda, dans sa façon de jouer à un instrument similaire dite “guitare hawaïenne”.

“Lolita” et “La more”, deux chansons du Club Kalé qui ont fortement marqué cette fructueuse collaboration. Tout comme plusieurs autres chansons cédées à Joseph Kabaselle.

1960/61 – Naissance du label  “Surboum African jazz”

Au cours de sa participation à la Table Ronde belgo-congolaise sur l’indépendance du Congo, Joseph Kabaselle négocie et obtient  sous la tutelle de la Maison Ecodis du groupe belge Decca-Fonior, la  création de la première édition musicale gérée par un congolais. – treize années après la présence sans partage des éditeurs grecs et belges – Citons : “Surboum African Jazz”. Avec Bruxelles comme lieu des enregistrements, Joseph Kabaselle assure à cette édition qui ne commence ses enregistrements qu’en 1961,  une place de choix.

1961 – Dissension au sein de l’African Jazz

De retour du voyage triomphant à Bruxelles au cours de la Table Ronde Belgo-congolaise. Joseph Kabaselle prend de la hauteur dans l’échiquier politique, au point de se désintéresser des activités de l’orchestre. Nico Kasanda qui prend les commandes, restructure le groupe et le fait appeler African Jazz “aile Nico” qui se compose comme suit : Nico Kasanda (guitare solo et chef d’orchestre), Mwamba Dechaud (guitare accompagnement), Taumani (guitare basse), Tabu Ley et Henri Diakoundila (chant), Kaya “Depuissant” (percussions), Willy Kuntina (trompette)- (sans Kabaselle et Izeidi, jusqu’à la réunification en 1962).

1961 – Deuxième voyage de l’African Jazz (Kale) en Europe.

Février 1961 A la suite de la brouille précitée  avec ses compagnons Nico Kasanda, Dechaud, Vicky Longomba, Armando Brazzos… Joseph Kabaselle recrute d’autres musiciens pour un deuxième  voyage de L’African Jazz-Kalé  à Bruxelles, parmi lesquels: Tino Baroza, Dicky Baroza, Edo-Clari Lutula, Joseph Mwena, Roger Izeidi … Il s’associe aussi à Charly Hérault aux drums, Pepito aux bongos et tumbas, pour les besoin de la cause. En dépit de ce flottement, l’orchestre African Jazz garde son statut et son intégrité.

Joseph Kabasele met à profit son séjour bruxellois pour enregistrer plusieurs titres à succès qui ont accompagné la naissance de “Surboum African jazz”. Comme : “Jamais kolonga”, “Lolo Brigida”, “Bamonaki yo na Usumbura”, “Mayele mabe”, etc.

1961 – Manu Dibango dans l’African Jazz.

De cette première expérience jaillissent par la suite, des tubes de consommation courante, dont ceux réalisés avec Manu Dibango, l’organiste et saxophoniste camerounais découvert à Bruxelles par Joseph Kabaselle, alors chef d’orchestre aux “Anges Noirs” (night club bruxellois géré par le musicien capverdien Fonseca). Manu Dibango passe deux ans dans l’African Jazz (Avril 1961 au 6 juin 1963). Il a su se conformer au repertoire original de l’African Jazz et à apporter de son côté des très bons accents rythmiques et classiques. Tout le monde a pu se régaler des morceaux comme : “Mama na mufanga”, “Asali engombe”, “Olingi bolamu te”, “Rideau ya dako”… réalisés avec Manu Dibango au piano et beaucoup d’autres où il est au saxo.

Le mérite de “Surboum African Jazz”

“Surboum African Jazz”, aura aussi  le mérite d’éditer outre l’African Jazz plusieurs orchestres de Kinshasa, dont l’OK Jazz de Luambo Franco. Cette première édition congolaise, se place d’emblée au plus haut niveau des firmes qui l’on précédées ; comme Ngoma, Opika, Loningisa, Esengo, etc. Elle a surtout l’avantage d’inaugurer la série des disques microsillon 45 tours conçus pour mettre fin aux disques 78 tours.

“Surboum African Jazz”, ouvre ainsi la voie à plusieurs éditeurs congolais dans la création des nouvelles firmes musicales, telles que “Epanza makita”, “Editions populaires”, “Ndombe”, “Vévé”…qui ont mis en place un système de distribution à grande échelle des disques congolais.

L’installation de Manu Dibango à Kinshasa

De retour à Kinshasa, Joseph Kabaselle est en compagnie de Manu Dibango et son épouse. Ils s’installent à Léopoldville. Prennent en octobre 1961, la gestion du Night club “Afro Mongambo” (ex Afro-Negro) qu’anime la formation musicale formée par Manu, en marge de ses activités avec l’orchestre de  Joseph Kabaselle.

1961 – Premier voyage de l’OK Jazz en Europe (sous les auspices de “Surboum African Jazz”)

Le 3 mars 1961, l’OK Jazz est le deuxième orchestre congolais à se rendre en Europe, après l’African Jazz en 1960.

En effet, la rupture du contrat qui liait l’OK Jazz aux éditions Loningisa du grec Papadimitriou, après six ans de collaboration, oblige Luambo Franco à signer aux éditions “Surboum African Jazz” de Joseph Kabaselle. Les pourparlers avec ce dernier aboutissent à l’envoie de l’OK Jazz à Bruxelles pour effectuer une série des enregistrements.

Incontestablement, l’OK Jazz réalise à Bruxelles ses plus grands succès de cette époque. Ils sont rendus merveilleusement  par le duo Mulamba Mujos et Kwami en pleine effervescence. Un témoignage important qui a marqué le plus profondément la musique d’après l’indépendance. Notamment avec des titres qui ont permis à l’OK Jazz de se doter d’une série d’instruments de musique complète, offert par “Surboum African Jazz” de Joseph Kabaselle.

Ci-après quelques titres des 70 disques  réalisés au cours de ce voyage et  qui ont battu tous les records de vente. Des titres aux arrangements joliment ficelés, comme : “Amida moziki ya Ok”, “Motema ya fafa”, “Jalousie ya nini na ngai”, “Amida asukisi molato”, “Jalousie ya nini na ngai”, “Bana Ok babomi mboka”, etc.

Notons que 1961 est l’année ou cours de laquelle Lutumba Simaro a intégré l’OK Jazz en provenance de Micra Jazz.

Juin1961 – Ouverture du Bar-dancing “Vis-à-vis” à Kinshasa

Le 10 juin 1961, sur la place commerciale du quartier Renkin, commune de Kalamu, ouverture officielle du Bar-dancing “Vis-à-vis”, par son propriétaire Raymond Franque, en présence de Justin Disasi, bourguemestre de la commune de Kalamu, Joseph Kabaselle et Roger Izeidi des éditions “Surboum African Jazz”. L’animation a été assurée par l’orchestre Negro-Succès de Vicky Longomba.

Clément Ossinondé

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