DOSSIER. Cameroun : évolution récente, selon le FMI

0
480

La croissance devrait être inférieure aux prévisions en 2017, sous l’effet principalement d’une forte contraction de la production pétrolière. La croissance a ralenti pour s’établir à un niveau estimé à 3,2 % en 2017 (3,7 % lors la première revue), contre 4,5 % en 2016, principalement à cause d’une baisse de 17 % de la production pétrolière.

L’activité du secteur non-pétrolier est restée dynamique, avec un taux de croissance de 4,7 %, tirée par la construction, l’industrie alimentaire et les services. L’inflation a baissé, passant de 0,9 % en 2016 à 0,6 % en 2017, et elle est restée faible à 0,8 % (en glissement annuel) en mars, en raison essentiellement du bas niveau de l’inflation sous-jacente (¶ 2 du mémorandum de politiques économiques et financières—MPEF).

La consolidation budgétaire s’est poursuivie, mais à un rythme plus lent que prévu. Le déficit global (dons compris) est passé de 6,2 % du PIB en 2016 à 5,0 % du PIB en 2017, n’atteignant pas l’objectif du programme, fixé à 3,1 % du PIB :

  • Les recettes non-pétrolières ont été plus fortes de 0,7 % du PIB, stimulées par la forte mobilisation à des recettes de TVA et du commerce extérieure, et des gains ponctuels attribuables au recouvrement des arriérés fiscaux des entreprises publiques (0,4 % du PIB).
  • Les dépenses se sont accélérées en fin d’année, une grande partie étant exécutée durant la période complémentaire se terminant en février 2018*. Les dépassements des dépenses s’expliquent essentiellement par l’augmentation des dépenses liées à la sécurité et à des paiements exceptionnels destinés à régler les arriérés de la compagnie d’électricité — ces derniers relevant d’une action préalable pour une opération d’appui budgétaire — (¶7 du MPEF). Les investissements financés sur ressources extérieures ont dépassé l’objectif du programme de 0,7 % du PIB.
  • Le creusement du déficit a été financé par une accumulation plus faible que prévu des dépôts de l’État, et par une augmentation des arriérés et des restes à payer sur les dépenses, qui ont atteint 3,6 % du PIB en 2017, bien que les autorités aient apuré des arriérés pour 2016 et années antérieures à hauteur de 1,7 % du PIB (¶3,7 du MPEF). Par conséquent, l’ajustement du déficit base caisse a été faible à 0,5 % du PIB.

La performance budgétaire a été globalement satisfaisante au 1er trimestre 2018. Le faible niveau d’exécution des dépenses intérieures a généré un surplus budgétaire global de 0,8 % du PIB. Les recettes non-pétrolières ont été inférieures de 0,3 % du PIB à l’objectif initial, en raison principalement d’un recouvrement plus faible de la TVA et des droits de douane, reflétant un tassement de la croissance et du commerce. Les dépenses courantes et l’exécution des investissements financés sur ressources intérieures sont restées inférieures aux projections.

Toutefois, l’exécution des projets financés sur ressources extérieures s’est poursuivie à un rythme élevé, les nouveaux décaissements s’élevant à 137 milliards de FCFA à fin avril, dont 111 milliards de FCFA sur des ressources non-concessionnelles. Le stock des arriérés et des restes à payer des dépenses a été réduit à 2,8 % du PIB à fin mars.

Le compte courant s’est amélioré et les avoirs extérieurs nets se redressent. Le déficit du compte courant est passé de 3,2 % du PIB en 2016 à 2,7 % du PIB en 2017. Les importations réelles ont baissé de 4,8 % grâce à l’ajustement budgétaire alors que les exportations non-pétrolières réelles ont augmenté de 5,3 %, soutenues par l’industrie du bois, l’industrie manufacturière et l’aluminium.

Les données commerciales préliminaires du premier trimestre 2018 laissent apparaître un creusement du déficit au titre des échanges de biens de l’ordre de 10,3 %, sous l’effet de la chute des exportations de cacao et de pétrole brut, et d’une augmentation des importations de 17,2 % (en glissement annuel).

La diminution des sorties de capitaux privés, une application plus rigoureuse de la réglementation de change et les décaissements des investissements financés sur ressources extérieures supérieurs aux prévisions ont contribué à une accumulation d’avoirs extérieurs nets plus rapide que prévu (¶4 du MPEF).

La croissance de la masse monétaire a reflété le redressement des avoirs extérieurs nets. La monnaie en circulation a augmenté de 8,1 % et les dépôts de 5,3 % (en glissement annuel) à fin 2017, et de 11 et 7,5 % respectivement en mars 2018. La faiblesse des émissions d’obligations d’État dans un contexte de mise en œuvre de pondérations de risque positives par l’organe de supervision régional (COBAC), ainsi que des appuis budgétaires plus faibles, ont entraîné une accumulation des dépôts de l’État inférieure aux prévisions à fin 2017 et à fin 2018 (¶5 du MPEF). *,**

La croissance du crédit au secteur privé est restée atone. La croissance du crédit au secteur privé a ralenti depuis 2016, atteignant 2 % en mars 2018 (en glissement annuel), alors que le crédit au secteur public et aux entreprises publiques continue d’augmenter. La composition des nouveaux prêts est de plus en plus orientée vers les emprunts à court terme, ce qui reflète les difficultés de trésorerie des entreprises privées. Parallèlement, le volume des créances en souffrance a augmenté de 13 à 15 % entre décembre 2017 et mars 2018. Sous l’effet de l’augmentation des dépôts, le ratio moyen de liquidité a atteint 182 % en mars 2018, contre 134 % en 2016, et la demande de refinancement auprès de la BEAC a fortement baissé.

La dette publique est plus élevée que prévu, ce qui s’explique seulement en partie par l’extension de la couverture. La définition de la dette publique a été élargie pour inclure toutes les dettes de tiers de la raffinerie de pétrole publique, la SONARA. Cela porte le stock de la dette à fin 2016 à 33,3 % du

PIB (31,5 % du PIB dans la première revue de la FEC). Sur cette base élargie, la dette publique a augmenté pour atteindre 38,2 % du PIB en 2017, sous l’effet d’un déficit budgétaire plus important, de l’accroissement continu des restes à payer des dépenses et d’une augmentation de la dette fournisseurs de la SONARA (¶6 du MPEF). Le stock total de la dette contractée mais non décaissée est resté élevé, à 21,9 % du PIB.

* Au Cameroun, il existe une période légale de deux mois après la fin de l’exercice budgétaire clos en décembre, durant laquelle les dépenses ayant fait l’objet d’un engagement peuvent encore être exécutées. Cette période sera réduite à un mois avec la mise en œuvre de la nouvelle loi sur le régime financier de l’État et des autres entités publiques (transposition de la directive de la CEMAC).

** La BAfD avait décaissé 116 milliards de FCFA dans les soutiens budgétaires programmés pour 2017 à la fin janvier 2018. Des pondérations de risques positives ont été appliquées en 2017 aux obligations souveraines camerounaises avec une échéance supérieure à 6 mois pour non-respect des critères de convergence de la CEMAC.

*** En décembre, les autorités ont remboursé les avances statutaires de la BEAC tirées au deuxième semestre de l’année et, conformément à la réforme de la BEAC portant sur l’élimination de ces avances, elles ont signé une convention consolidant leur encours (577 milliards de FCFA) en un emprunt sur 14 ans et déposé les avances tirées au-delà du plafond de 300 milliards de FCFA du programme sur un compte spécial à la BEAC.

Extrait Rapport du FMI No. 18/235 (2018).

LAISSER UN COMMENTAIRE