DOSSIER. Algérie : évolution macrofinancière récente, selon le FMI

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Un certain ajustement budgétaire a été réalisé en 2017, mais bien moindre que planifié. Selon les estimations, le déficit hors hydrocarbures (base caisse) a diminué de moins de 2 % du PIB hors hydrocarbures pour s’établir à 26,4 % du PIB hors hydrocarbures.

Les dépenses globales ont été réduites d’environ 1,3 % en termes nominaux, moins que les -5,8 % inscrits au budget. La diminution des dépenses d’investissement (de 3 % en termes nominaux) compense la hausse nominale des dépenses courantes (3,8 %).

Bien que la Banque d’Algérie ait versé des dividendes considérables (4,9 % du PIB), qui ont contribué à ramener le déficit global de 13,5 % à 8,8 % du PIB, l’État a éprouvé des difficultés de financement à la suite de l’épuisement, en début d’année, de l’épargne placée dans le fonds de régulation des recettes pétrolières (FRR), et a accumulé des arriérés de paiement domestiques.

Depuis novembre, il recourt à l’emprunt direct auprès de la banque centrale pour financer son déficit (ce qu’il a fait à hauteur de 3 % du PIB en 2017). Les autorités ont également recouru à ce type d’emprunt pour racheter des créances des entreprises publiques et financer le fonds national d’investissement (FNI), à hauteur de 8,6 % du PIB.

Du fait de l’épuisement de l’épargne budgétaire et de la concrétisation de risques budgétaires (dont le soutien aux entreprises publiques), la dette de l’administration centrale a considérablement augmenté depuis 2016, mais elle reste relativement peu élevée (27 % du PIB à la fin 2017) et devrait rester viable.

La croissance du PIB réel a nettement ralenti. La baisse des quotas de l’OPEP et la faiblesse de la demande européenne de gaz ont entraîné une contraction de la production d’hydrocarbures (-3 %). Parallèlement, l’assainissement des finances publiques a continué d’entraver la croissance hors hydrocarbures (2,6 %), bien que celle-ci ait accéléré en fin d’année, notamment dans les secteurs de la construction et des services, à la suite d’un relâchement de l’assainissement.

Au total, le taux de croissance est tombé à 1,6 %, contre 3,3 % en 2016. Le taux de chômage, qui était passé de 10,5 % en septembre 2016 à 12,3 % en avril 2017, a légèrement baissé pour s’établir à 11,7 % en septembre 2017. Il reste particulièrement élevé chez les jeunes (28,3 %) et chez les femmes (20,7 %). L’inflation moyenne a diminué, s’établissant à 5,6 % contre 6,4 % en 2016, grâce au ralentissement de l’inflation dans le secteur manufacturier et les services, mais elle reste supérieure à l’objectif de 4 % de la Banque d’Algérie1.

Le déficit des transactions courantes reste élevé. Il s’est légèrement réduit à la faveur de la hausse des cours pétroliers et de la faible diminution des importations de biens d’équipement, mais reste important : environ 12,9 % du PIB. La position extérieure en 2017 était nettement inférieure à ce qui ressortirait des fondamentaux économiques à moyen terme et des politiques souhaitables, ce qui indique que le taux de change effectif réel (TCER) reste largement surévalué, en dépit d’une dépréciation de 8 % en 2017.

Cette dépréciation est due principalement aux variations du dollar par rapport à la monnaie des grands partenaires commerciaux de l’Algérie.

La prime sur le marché parallèle des changes est de l’ordre de 50 %.

Les marges de manœuvre extérieures diminuent rapidement, mais restent vastes. Les réserves de change ont diminué de 17 milliards de dollars pour s’établir à 96 milliards de dollars (soit la moitié du pic de 2013), mais elles restent confortables puisqu’elles représentent 19 mois d’importations et plus de 400 % de l’indice d’évaluation de l’adéquation des réserves (ARA) utilisé par le FMI2. La dette extérieure totale reste négligeable : 2,4 % du PIB.

La croissance de la monnaie au sens large accélère. Cette croissance, qui s’établit à 8,3 %, s’explique par la croissance rapide du crédit net à l’administration centrale, qui a largement compensé la baisse persistante des avoirs extérieurs nets. La vigueur de la croissance du crédit à l’économie (12,8 %), en particulier au secteur privé, s’explique par les importantes injections de liquidités dans le système bancaire réalisées à partir des tirages sur le FRR, par les opérations de refinancement auprès de la Banque d’Algérie, et par l’abaissement des réserves obligatoires (de 8 % à 4 %).

Les opérations de financement monétaire menées en fin d’année semblent avoir peu contribué à la croissance du crédit en 2017. Le durcissement des conditions de liquidité a entraîné la hausse des taux d’intérêt sur le marché interbancaire jusqu’au lancement de ces opérations.

Dans l’ensemble, le secteur bancaire reste bien capitalisé et rentable, mais les liquidités bancaires ont continué de diminuer jusqu’au début du recours au financement monétaire. Les données préliminaires à la fin décembre 2017 indiquent que le secteur bancaire reste suffisamment capitalisé, avec un ratio de solvabilité global de 19,6 %. Le ratio de solvabilité des fonds propres durs (Tier 1) a diminué légèrement, de 16,3 % à la fin 2016 à 15,2 %, en raison de la croissance du crédit à l’économie.

Les banques demeurent rentables, le rendement des actifs étant de 2 % en moyenne. La proportion brute des prêts improductifs a augmenté légèrement, passant de 11,9 % à 12,3 % des prêts totaux à la fin 2017, en raison notamment des répercussions des arriérés de l’État envers ses fournisseurs. La liquidité du secteur bancaire a diminué, mais elle reste suffisante pour couvrir environ la moitié des passifs à court terme des banques.

Extrait Rapport du FMI No. 18/168 (15 Mai 2018).

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