Maroc: digital et paiement mobile, cheval de bataille de BAM en 2018

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Abdellatif Jouahri, Wali de Bank Al-Maghrib.
Après avoir analysé les évolutions récentes de la conjoncture économique et les projections macroéconomiques de la banque pour les deux prochaines années, le Conseil de Bank Al-Maghrib a jugé que le niveau actuel du taux directeur reste approprié. 
A l’issue de sa dernière réunion trimestrielle de l’année, tenue le mardi 19 décembre à Rabat, et sur la base de ces analyses, le Conseil a ainsi décidé de le maintenir inchangé à 2,25%, a  indiqué le wali de la Banque centrale, Abdellatif Jouahri, lors d’une rencontre tenue le jour même dans la capitale.
En ce qui concerne la tendance baissière de l’inflation observée au cours des premiers mois de l’année, le Conseil a relevé qu’elle s’est inversée depuis le mois d’août, en grande partie grâce à l’atténuation du recul des prix des produits alimentaires à prix volatils.
« L’inflation devrait terminer l’année sur une moyenne de 0,7%, après 1,6% en 2016, tandis que sa composante sous-jacente, qui mesure la tendance fondamentale des prix, s’accélèrerait de 0,8% à 1,3% », a indiqué le wali soulignant qu’à moyen terme, l’inflation augmenterait tout en restant à des niveaux modérés et qu’elle s’établirait à 1,5% en 2018 et à 1,6% en 2019.
Par ailleurs, sous l’effet de la consolidation de la demande intérieure et de l’accroissement de l’inflation importée, il a affirmé que l’inflation sous-jacente devrait s’inscrire également dans un mouvement haussier pour atteindre 1,5% en 2018 et 1,9% en 2019.
Abdellatif Jouahri s’est aussi exprimé sur l’évolution de la croissance qui s’est établie à 4,2% au deuxième trimestre principalement grâce à la bonne campagne agricole.
S’appuyant sur les projections de Bank Al-Maghrib, le wali  a indiqué qu’elle « devrait ressortir pour l’ensemble de l’année à 4,1%, avec un rebond de 14,7% de la valeur ajoutée agricole, après un recul de 12,8% en 2016, et une amélioration de 2,2% à 2,7% pour celle des activités non agricoles ».
D’après ces mêmes projections, ces dernières devraient poursuivre leur reprise à moyen terme à un rythme lent alors que leur valeur ajoutée devait s’accroître de 3,4% en 2018 et de 3,6% en 2019.
Bank Al-Maghrib a cependant prévenu que la croissance globale ralentirait à 3% en 2018 avant de s’accélérer à 3,6% en 2019, sous l’hypothèse de campagnes agricoles moyennes.
Du côté de la demande, la Banque centrale a estimé que sa composante intérieure se consoliderait avec notamment une reprise de l’investissement, tandis que la contribution des exportations nettes à la croissance ressortirait légèrement négative.
Commentant l’actualité du marché du travail, Abdellatif Jouahri a indiqué que les données du troisième trimestre font état d’une relative amélioration de la situation par rapport au même trimestre de 2016, avec une création de 89 mille emplois dont plus de la moitié dans le secteur agricole.
En parallèle, il a fait observer que « le marché a connu une entrée nette de 131 mille demandeurs d’emplois, avec toutefois une nouvelle baisse du taux d’activité de 0,3 point à 45,5%».
C’est ainsi que «le taux de chômage s’est légèrement accru de 10,4% à 10,6% au niveau national et de 14,5% à 14,9% en milieu urbain», a-t-il noté.
Dans ses échanges avec la presse, le wali a aussi fait état d’une nette accélération de la progression des exportations à 9,4% selon les données recueillies au cours des onze premiers mois de l’année, soulignant des accroissements importants pour les ventes de phosphates et dérivés et des produits agricoles et agroalimentaires.
Il a, en parallèle, noté que les importations ont connu un accroissement de 6,7%, reflétant essentiellement une augmentation de 28,6% de la facture énergétique. Tout comme les recettes de voyage et les transferts des MRE qui se sont accrus respectivement de 6,5% et de 3,0%.
Tenant compte d’une entrée de dons du CCG autour de 8 milliards de dirhams, le déficit du compte courant devrait terminer l’année 2017 à 3,6% du PIB, au lieu de 4,4% en 2016, et les réserves de change avoisineraient 239 milliards de dirhams, a-t-il soutenu. Ce qui équivaut à 5 mois et 24 jours d’importations.
«A moyen terme, la dynamique des exportations devrait se maintenir et le rythme des importations resterait proche de son niveau actuel. Sous l’hypothèse d’entrées de dons du CCG de 7 milliards en 2018 et de 2,5 milliards en 2019, le déficit du compte courant se maintiendrait à 3,6% du PIB en 2018 avant de s’atténuer à 3,3% en 2019», a-t-il expliqué.
Dans ces conditions, et sous l’hypothèse de la poursuite d’entrées d’IDE d’un montant annuel équivalent à 3,5% du PIB, le wali a estimé que l’encours des réserves de change se stabiliserait à un niveau équivalent à 5 mois et demi d’importations de biens et services.
Soulignant l’assouplissement des conditions monétaires au troisième trimestre, il a affirmé que celles-ci devraient rester accommodantes à moyen terme, avec une dépréciation du taux de change effectif réel.
«Après une baisse de 22 points de base au deuxième trimestre, les taux débiteurs ont augmenté de 34 points au troisième trimestre à 5,6%, reflétant principalement une hausse des taux favorisant les facilités de trésorerie aux entreprises. Le crédit bancaire au secteur non financier a continué de s’améliorer modérément, avec en particulier une légère reprise des prêts aux entreprises privées. Son rythme a atteint 5,2% à fin octobre et terminerait 2017 à 4,5%», a fait observer Abdellatif Jouahri.
En ce qui concerne le crédit bancaire, il a déclaré que son rythme au secteur non financier devrait se situer autour de 5% pour les deux prochaines années, en tenant compte de l’amélioration prévue des activités non agricoles et des mesures mises en place par BAM.
Commentant les données relatives aux finances publiques, il a relevé que «l’exécution budgétaire des dix premiers mois de l’année s’est soldée par un déficit en allègement de 5,1 milliards par rapport à la même période de 2016 à 30,4 milliards. Les recettes ont augmenté de 4,1%, avec notamment une hausse importante de 13,7% pour l’IS, tandis que la progression des dépenses s’est limitée à 2,2% en dépit d’un accroissement de 31,1% de la charge de compensation».
Sur la base de ces évolutions, Abdellatif Jouahri a estimé que le déficit budgétaire devrait se situer au terme de 2017 à 3,5% du PIB et que pour les deux prochaines années, «l’ajustement budgétaire se poursuivrait conformément aux objectifs du gouvernement, le déficit devant se situer autour de 3% du PIB».
Notons que lors de ces échanges, le wali s’est également exprimé sur deux points importants. Le premier concerne le digital qui, a-t-il assuré, aura une place centrale dans le prochain plan stratégique 2018-2021 de la Banque centrale. Le second point concerne le paiement mobile qui pourrait voir le jour l’année prochaine, a-t-il indiqué, précisant que le principe d’interopérabilité a déjà été accepté.

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