Dieudonné Antoine Ganga: « Non, l’église catholique n’est pas sortie de son champ d’action »

Ancien ambassadeur à Washington aux Etats-unis et Ministre des Affaires étrangères de la République du Congo

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Réagissant au message des évêques du Congo-Brazzaville, rendu public le 9 mai dernier, Dieudonné Antoine Ganga a affirmé « l’épiscopat congolais n’a fait que le constat de la situation actuelle du pays ».

L’ancien ambassadeur de la République du Congo à Washington (USA) sous le régime du Président Pascal Lissouba estime que « toute personne de bonne volonté ou tout Congolais aimant le Congo ne peut qu’apprécier ce qu’ont dit nos évêques ».

Dans un entretien accordé à notre confrère Congo-liberty, il soutient que « le temps de l’évangile est toujours présent, et il se fait plus pressant, eu égard aux souffrances du peuple congolais ».

Dieudonné Antoine Ganga, qui fut ministre des Affaires étrangères dans le gouvernement de la Transition démocratique du Premier Ministre André Milongo (1991-1992), assure que « l’église catholique n’est pas sortie de son champ d’action, car elle ne doit pas s’exclure du débat politique qui s’engage dans la cité ». Et pour cause, explique-t-il: « parler ou faire de la politique, c’est parler de la vie de la cité dont personne, croyant ou athée, ne doit se retrancher ».

Par ailleurs, il estime qu’« il faut oser la foi que Jésus, Fondateur de l’Église, nous a donnée. La foi ne se limite pas à la prière. Elle est une action constructive en faveur de l’épanouissement humain. L’humain qui prie est aussi l’humain qui vit et veut vivre dans des conditions adéquates qui permettent son développement intégral ».

Citant le Pape Jean XXIII qui avait dit, en ouvrant le Concile Vatican II : « Nous ne sommes pas sur la terre pour garder un musée, mais pour cultiver un jardin où la vie fleurit, et fleurit en abondance », le ministre Ganga affirme que l’action des évêques catholiques répond de cette exigence de faire fleurir la vie en stigmatisant les conditions destructives de la vie.

Pour Dieudonné Antoine Ganga, il ne fait ainsi aucun doute que le message des évêques constitue une invitation à la nation entière de se prendre en charge de façon responsable et si la question du Pool y est relevée, c’est parce qu’«il serait inhumain de faire abstraction d’une situation si grave ».

Il pense que ainsi que « lorsqu’on se limite à interpréter ce message comme une critique, (ce qu’il n’est réellement pas), on refuse d’assumer sa responsabilité de citoyen ou de responsable national ».

D’autant plus que, explique-t-il, ledit message « est un regard sur l’humain, celui qui souffre et celui qui fait souffrir, et une invitation à faire de la gestion du pouvoir public et du bien commun une ressource de communion des énergies pour l’épanouissement de tous ».

En outre, il précise que dans ce même message, « les évêques ne disent pas que seul le Pool souffre. C’est toute la nation qui aspire au bonheur qui lui est interdit ».

Par conséquent, il appelle à sortir « des méandres de la politique politicienne pour voir qu’un autre regard s’impose sur ce message des évêques; celui d’un cri prophétique qui inspire de bâtir une nation nouvelle dans laquelle règneront la paix, la dignité, le respect pour autrui et pour le bien commun et une nouvelle dynamique qui incite au travail pour le développement national ».

Pour cet humaniste, la foi est un acte qui se vit dans les conditions réelles d’existence et non dans l’illusion d’une prière vague. Il rappelle que Jésus a guéri des malades, nourri des affamés, ressuscité des morts, posé des regards bienveillants sur ceux qui souffraient.

A ses yeux, c’est cela la dextérité avec laquelle la foi des évêques catholiques s’est exprimée dans le message de l’épiscopat congolais. C’est-à-dire, précise-t-il, « un regard bienveillant et une main tendue pour construire et guérir ensemble le Congo qui est souffrant, qui est agonisant et dont le peuple sombre dans la clochardisation voire dans le dénuement ».

Le ministre Dieudonné Antoine Ganga assure qu’« il y a de la délicatesse dans ce message, une bonté qui n’exclut personne et qui permet de regarder autrement le Congo, notre cher pays », affirmant que personne n’ignore que le Congo tout entier souffre et que « la souffrance ne se limite pas à telle ou telle autre région du pays. Voir autrement ce message n’est rien d’autre que de la mauvaise foi ».

Ainsi, « ce message interpelle et notre mission chrétienne ne nous appelle nullement à un quelconque répit. Plutôt notre sollicitude doit s’étendre à toute cette humanité à la recherche de l’amour, de la fraternité, de la paix, de la justice et enfin d’un vrai sens de la vie ».

Se référant au pape Benoit XVI, qui déclarait que « nos sociétés sont des sociétés où ne règnent que l’arbitraire du pouvoir, les intérêts égoïstes, l’injustice et l’exploitation, la violence dans chacune de ses expressions », il s’interroge en ces termes: les évêques doivent-ils se croiser les bras et ne jouer qu’aux thuriféraires benis oui-oui pour les beaux yeux de ceux qui nous gouvernent ?

Adrien Thyg

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