Deux jeunes sur cinq sont chômeurs ou travailleurs précaires

L’OIT consacre un nouvel ouvrage à l’enjeu mondial du chômage des jeunes

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L’enjeu est mondial mais il faut admettre que la réalité laisse encore de marbre bien de gouvernements à travers le monde. Pourtant, à l’échelle mondiale, deux jeunes sur cinq, femmes ou hommes, sont soit chômeurs soit travailleurs pauvres. 
Selon NiallO’Higgins, spécialiste principal de recherche au programme sur l’emploi des jeunes de l’Organisation internationale du travail (OIT), les jeunes gens qui arrivent aujourd’hui sur le marché du travail sont confrontés à un défi de taille: d’abord trouver un emploi décent puis le conserver quand ils y parviennent.
Et le moins que l’on puisse dire, c’est que cette catégorie sociale n’est pas encore sortie de l’auberge. Et pour cause, les mauvaises nouvelles s’amoncellent sur le front de l’emploi : « Les taux de chômage sont repartis à la hausse tout comme le travail informel, le travail temporaire et autres formes atypiques d’emploi », a-t-il noté.
Dans une nouvelle publication de l’agence onusienne, « Rising to the youthemployment challenge: New evidence on keypolicy issues »  (Relever le défi de l’emploi des jeunes: nouvelles données sur des enjeux politiques essentiels), cet expert et d’autres auteurs du livre ont tenté de répondre à la lancinante question : comment permettre à plus de jeunes d’accéder à de meilleurs emplois ?
A travers cet ouvrage, l’OIT entendait examiner de nouvelles données concernant les mesures prises pour promouvoir l’emploi des jeunes, allant de la tendance grandissante au lancement de microentreprises au succès de certaines politiques macroéconomiques.
Comme l’a relevé NiallO’Higgins, l’analyse du livre démontre que les gouvernements peuvent intervenir efficacement pour stimuler l’emploi des jeunes et réduire le chômage en prenant des mesures au niveau macroéconomique.
A en croire ce spécialiste, « l’augmentation des dépenses publiques par exemple – avec l’introduction de programmes de formation et d’emplois subventionnés à grande échelle – est un outil politique utile pour favoriser l’emploi des jeunes pendant les creux du cycle économique ».
Dans ce cas, ce dernier a toutefois prévenu que les finances publiques doivent se porter relativement bien. Ainsi, explique-t-il dans un article publié sur le site de l’agence, « quand une récession se profile, la relance budgétaire doit être immédiatement mise en œuvre, avant que le ralentissement économique lui-même ne conduise à une détérioration significative de l’équilibre budgétaire ».
Selon NiallO’Higgins, cette approche est illustrée par l’exemple du programme de garantie jeunes introduit par l’Union européenne en 2014 et qui vise à « offrir aux jeunes qui ne travaillent pas et ne font pas d’études, une éducation, une formation ou un emploi de qualité ». Et de souligner que « la garantie jeunes est par nature anticyclique, prenant de l’ampleur pendant les creux du cycle économique, quand le nombre de jeunes sans emploi a tendance à augmenter ».
Pour l’OIT, il faut donc subventionner les entreprises pour dynamiser l’emploi des jeunes, car des programmes comme la garantie jeunes intégrant des subventions aux entreprises qui embauchent des jeunes peuvent être efficaces pour stimuler l’emploi de ces derniers.
« Les données présentées dans cet ouvrage montrent clairement l’importance, pour l’efficacité à long terme des programmes de subventions salariales, d’incorporer des éléments qui encouragent l’acquisition formelle ou informelle de compétences et de qualifications professionnelles par les jeunes participants », a relevé Niall O’Higgins. Et d’estimer qu’ils doivent durer suffisamment longtemps pour permettre aux jeunes de développer leurs compétences professionnelles et de «faire leurs preuves» dans le milieu professionnel concerné.
De plus, il a soutenu que les aides doivent être assez généreuses pour susciter l’intérêt des entreprises. « Pour agir efficacement, elles doivent cibler des catégories de jeunes spécifiques – par exemple ceux qui risquent de devenir des chômeurs de longue durée. Plus important encore, elles doivent éviter que les travailleurs en activité ne soient remplacés par des jeunes nouvellement embauchés et subventionnés », écrit-il soulignant que ces aides salariales sont particulièrement efficaces en période de récession quand la demande de main-d’œuvre est faible.
A la question de savoir si le salaire minimum est un frein à l’emploi des jeunes, la réponse de l’expert est on ne peut plus clair : « Un examen attentif des données montre que, dans l’immense majorité des cas, le salaire minimum a peu ou pas d’effet négatif sur l’emploi des jeunes », a-t-il assuré.
Et de poursuivre qu’en outre, « on peut limiter l’effet dissuasif potentiel en renforçant la législation en matière de protection de l’emploi. La question pertinente n’est pas tant de savoir si nous avons besoin de plus ou moins de régulation, mais comment nous combinons efficacement les différentes institutions du marché du travail ».
Sur la nécessité de donner la priorité à l’emploi indépendant et à l’entrepreneuriat de qualité, Niall O’Higgins a expliqué que « si les individus et les familles qui n’ont pas d’alternative se tournent souvent vers l’emploi indépendant comme mécanisme de survie, ce n’est en aucun cas une solution toujours négative ».
Aussi, il a soutenu qu’« il est tout aussi évident que les programmes d’entrepreneuriat ne peuvent à eux seuls relever le défi de promouvoir le travail décent pour les jeunes. Néanmoins, ils peuvent constituer un complément utile aux autres mesures actives en faveur du marché du travail, comme les subventions salariales et la formation ».
A noter que cet ouvrage est le dernier d’une série produite par l’OIT ces dernières années sur les tendances et les politiques relatives à l’emploi des jeunes.

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