De l’Indonésie à l’Afrique : Itinéraire d’un tissu africain, le Wax

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« Couleurs de vie, vie en couleurs » nous rappelle une des expositions de Casa Africa Nantes (présidée par Alfred Romuald Gambou) à travers laquelle a été contée et racontée dans toute sa splendeur, l’histoire d’une étoffe devenue au gré des échanges le trait d’union entre trois continents, l’Europe, l’Afrique et l’Asie : Le Wax qui désigne aujourd’hui le pagne africain introduit en Afrique il y a près de deux siècles. Ci-après quelques extraits du texte de Françoise Verges à ce sujet.

Wax, un tissu africain

Impliquée dans les luttes anticoloniales, Françoise Verges (écrivain, auteur de films) a été amenée à s’intéresser aux cartographies et histoires retraçant les routes complexes des échanges sud-sud. C’est ainsi qu’elle s’est intéressée à l’itinéraire  du tissu africain Wax , qui est l’histoire d’une appropriation culturelle, de l’inattendue et de l’imprévu, inséparables de l’histoire de la traite négrière, de l’esclavage, de l’impérialisme et du post-colonialisme, et de l’histoire des migrations humaines. En effet, personne n’aurait pu prévoir qu’un motif inventé par le peuple indonésien, vendu par les Hollandais aux Africains, deviendrait si populaire qu’il en serait durablement associé à l’esthétique africaine.

L’Afrique, un carrefour des échanges

« Le Wax africain » n’est pas originaire d’Afrique, mais l’histoire de ce tissu et d’autres tissus montre que l’Afrique a été depuis des millénaires un carrefour d’échanges et d’emprunts. L’Inde, qui a été le berceau  de l’industrie du tissu, surtout du coton et de la soie, a commencé très tôt avec le continent africain. On a retrouvé des morceaux de tissu d’origine indienne datant du XIVe siècle en Egypte et au Congo. Dès le XIVe siècle, l’Afrique de l’est échange des matières premières contre du coton indien, de la porcelaine chinoise, de la céramique, des perles…

L’industrie des tissus en Afrique

Il y a une tradition de tissage, de filage, de teinture et de broderie en Afrique. En effet, « pendant plus de mille ans , l’Afrique de l’Ouest a été l’un des plus grands producteurs du coton, d’indigo et de textile » En Afrique de l’Ouest, la préférence allait aux vêtements importés par les Portugais qui avaient au XVe siècle, installés des comptoirs coloniaux sur la côte ouest, avant de voir dans les années 60 une industrie régionale assez considérable, avec un certain nombre d’entreprises locales produisant et exportant à l’étranger, au Bénin, en Côte-d’Ivoire, au Sénégal.. Tout comme la présence des stylistes africains à partir des années 80 remettant le wax à la mode.

Le Wax a suivi deux routes d’importation en Afrique

– l’une hollandaise, l’autre moins connue, africaine. Toutes les deux sont liées au colonialisme hollandais. La route hollandaise suit l’itinéraire d’une famille hollandaise du XIXe siècle dont des membres, comme souvent à l’époque, étaient installés à Batavia, capitale de la colonie hollandaise en Indochine (aujourd’hui Jakarta) et à travers la Société Vlisco qui commença en 1876 à expédier ses wax en Afrique de l’ouest  où ils devinrent africains. En 1954, 50% de la production du Wax étaient vendus en Afrique de l’ouest. En 1981, Vlisco cessa d’imprimer des tissus pour les marchés européens et se consacra entièrement à l’Afrique.

– l’autre route est celle de soldats africains envoyés en Indonésie pour participer à la répression contre les insurgés, les Belinda Hitam(hollandais noirs). Entre 1831 et 1872, plus de 3000 hommes furent recrutés sur la Côte d’or hollandaise (Ghana) pour servir dans les troupes coloniales. Beaucoup s’installèrent ensuite dans plusieurs villes de Java. et une communauté afro-indonésienne vit le jour. Quelques centaines seulement revinrent au à Elmina, Ghana. Ils apportèrent le goût du batik ou du wax africain.

La vie des tissus

Le Wax africain, c’est l’histoire d’un style africain qui, loin d’être uniforme, est dynamique et diasporique. Cela se révèle dans la diversité des vêtements pour lesquels le Wax est utilisé et le large éventail des pratiques expressives qu’il véhicule. Ces pratiques mettent au jour  la nature fictionnelle de la « race » qui sous-entend une identité africaine fixe et monolithique. Le Wax africain n’est pas l’expression d’un « ethno » ou d’un esprit de groupe.

Le Wax est Africain

Le Wax est africain parce que tout simplement des Africains  disent qu’il est africain. Ils leur ont donné une singularité , un langage et une identité culturelle. Le marché voudrait en faire une pure marchandise avec le label « Vraie, Authentique Afrique », mais le potentiel des consommateurs africains à générer leurs propres interprétations illustre bien leur  constante créativité.

Enfin, Miss Liputa 2017

Les tenues en tissu pagne remettent la culture africaine en valeur, aussi pour les faire revenir à la mode, La Guinguette Africaine de Suresnes, organise le 24 Juin 2017  la 2ème édition de l’élection  » « Miss Guinguette Mama Liputa » pour désigner le meilleur modèle de tenue en pagne wax.

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