De l’ambition politique

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Hervé Mahicka

TRIBUNE. Se réaliser en politique, c’est certes construire son ambition mais celle-ci doit aussi rencontrer une conjoncture ou des circonstances favorables.

La volonté, l’engagement et la technicité ne suffisent pas. Sans la seconde guerre mondiale, le général de Gaulle ne serait rien. Juste un général parmi les centaines de généraux français inconnus, malgré tout son amour pour la France, son intelligence et ses bonnes idées.

Certains parmi nous ambitionnent de devenir président depuis près de 30 ans. Ils ne sont pas les plus mauvais. Mais aucune ouverture ne s’est présentée puisque depuis pratiquement 40 ans le pouvoir n’a pas changé de main (sauf un “prêt contrôlé” de 5 ans, pour un type qui n’y croyait même plus d’ailleurs). Ces “espérants” peuvent se dire que ma chance ne s’est pas présentée, ou alors au contraire, désespérer et se jeter à corps perdu dans une ultime bravade suicidaire pour eux ou malheureuse pour les autres qu’ils vont détruire sur leur passage, généralement sans atteindre le but.

Il faut être prêt, oui, se donner les moyens, ok, mais il est inutile de forcer le destin en essayant de faire à ce que la réalité se plie à ta volonté. Ceux qui font cela sont ceux qui peuvent tuer, jusqu’à leurs proches, pour le pouvoir. On en a un comme ça au trône, vous connaissez l’histoire, et ce qu’il a fait pour l’avoir, pour le conserver, et ce que cela donne pour le pays. Car ce genre de personne en général ne vivent que pour elles-mêmes.

Après le forcing, la jalousie et la peur d’être détrôné est la deuxième maladie de l’ambitieux débordant. Je connais un leader, très populaire d’ailleurs, qui ne s’entoure que de cancres pour qu’ils ne lui fassent pas de l’ombre. Dès que tu es capable de pondre un document reconnu ou d’emmener une idée, ou bienencore remarque t-il que tu te fais apprécier, tu es son ennemi. Il t’étouffe, tente de te décrédibiliser, de te retirer tout pouvoir. Il est du même acabit que ceux, encore au bas de l’échelle mais déjà enragés, qui pensent qu’en essayant de couler les autres ils se font une place au soleil. Ils sont généralement médiocres, tribalistes, médisants, sectaires, évoluant en meutes…

Pourtant, peut-être que celui que tu ne veux pas voir percer, est celui qui te portera haut dans sa propre élévation. Quel est le talent de Louis Sylvain Goma si non d’avoir croisé Marien N’Gouabi sur les bancs de l’école? Ca lui a ouvert 50 ans d’une carrière politique aux firmaments (chef d’Etat major, premier ministre, patron de l’instance sous régionale, ambassadeur etc), alors qu’il n’a aucun charisme, aucun courage, aucune idée géniale n’est jamais sortie de lui. Les exemples sont légions.

L’ambition politique personnelle est légitime. Mais il est sage, je crois, et prudent, pour soi et pour les autres si tant est qu’on en a de la considération, de rester mesuré et lucide face à nos rêves quand il faut passer à leur réalisation. Tu as fait de bonnes études, conduit ta carrière comme il fallait, adhérer aux bons mouvements, tu es même devenu franc-maçon ou pasteur rien que pour ça, mais ca ne veut pas dire que ca marchera forcément. Vous êtes des milliers comme ça. Ce que je constate c’est que ce qui est obtenue avec amour, talent et ouverture aux autres est toujours meilleur dans sa pratique que ce qui est arraché de force, bâti dans la fourberie, la méchanceté et le sectarisme. Nous ne sommes pas tous faits pour être ministres, pasteurs populaires ou milliardaires. Pas parce que nous ne le méritons pas (des fois aussi oui, on peut ne pas le mériter et il faut savoir l’accepter, puis se donner plus d’outils ou abandonner), mais souvent, c’est parce que notre ambition n’a pas croisé les bonnes circonstances. Ne tuons pas pour ça. Ne détruisons pas tout et tout le monde autour sur l’autel de notre trop haute opinion de nous-mêmes à qui la réalité doit obéir. On ne sera peut être jamais ce grand chef qu’on s’est rêvé, c’est une option qu’il faut admettre sans amertume.

Paroles d’un pré-retraité de la politique qui accepte avoir peut-être déjà joué son dernier round, et le vit sans aucun regret, ni sans fermer la porte à des opportunités futures quelconques. Jamais dans le forcing du destin.

Hervé Mahicka

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