De la nécessité d’une nouvelle classe politique au Congo-Brazzaville

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Henri Blaise Nzonza

TRIBUNE. Dans notre pays le Congo, le peuple est souvent désabusé et déçu par une classe politique qui le manipule à souhait et ne croit plus aux promesses faites par les hommes politiques lors des différentes campagnes électorales. Il a l’impression que notre pays va à reculons, la faute à notre classe politique sclérosée, incapable de s’adapter aux enjeux de l’heure.

Ce n’est un secret pour personne que la défiance des congolais envers sa classe politique est grandissante dans notre pays. Il convient donc d’écouter la population afin d’endiguer cette méfiance qui grandit à chaque scrutin et ne pas laisser prospérer les mécontentements qui pourraient conduire à une impasse. Ce désamour provient, entre autres, du sentiment que les élus « s’accrochent » à leur mandat.

C’est l’attitude détestable et mortifère pour notre vie politique.
La crise que nous vivons est le résultat d’un long et continu délitement de l’action politique dans notre pays, à l’opposition comme au pouvoir. Une classe politique “professionnelle” qui a du mal à se renouveler, qui n’est pas représentative de la population et qui est de plus en plus déconnectée des réalités rencontrées par les citoyens congolais.

Plus que jamais nous avons besoin d’une nouvelle génération de femmes et d’hommes capables de sortir notre pays de la profonde crise de société qu’elle traverse.
Le président de la république Denis SASSOU NGUESSO a déjà amorcé le processus conduisant au renouvellement de la classe politique congolaise en mettant en exergue le conseil consultatif de la jeunesse et en nommant plusieurs jeunes et de nombreuses autres personnalités non-membres du Parti congolais du travail ( Pct ), aux hautes fonctions administratives et aux gouvernements qui se sont succédés depuis avril 2016.

Aujourd’hui la mise en orbite de trentenaires et certains quadras dans le cercle restreint des figures politiques qui comptent est un signal qui va dans le bon sens et qui augure des belles perspectives pour le futur. Cette tendance a été aussi observée lors des dernières élections locales de juillet 2017 qui ont vu l’émergence de jeunes leaders issus des partis politiques du pouvoir comme de l’opposition, certains charismatiques, beaucoup inconnus au bataillon, d’autres engagés depuis un moment, mais tous ambitieux à priori.

Nul n’ignore que le renouvellement de la classe politique ne se décrète pas, il faut la provoquer et l’accompagner. Il s’impose le plus souvent par la mobilisation des jeunes pour la défense des acquis et le refus du retour en arrière. Il est donc temps que la jeunesse en particulier refuse de jouer le rôle de « roue de secours » dès lors qu’elle estime avoir largement les moyens d’être au-devant de la scène.

Il sera important de moderniser la vie politique de notre pays. Cette modernisation constitue la clé de voute essentielle de la restauration du lien de confiance entre gouvernants et gouvernés. Ce qui se passera par le rétablissement d’une véritable éthique politique. Pour juguler cette crise de confiance, il faudra systématiser le renouvellement des élites, de façon régulière, ce qui amorcera la revitalisation et la consolidation de notre jeune démocratie. Il faudra par exemple, limiter le cumul dans le temps et cela aura une double vertu : recentrer les élus surtout tentés de préparer leur réélection sur leur mission au service de la collectivité et renouveler substantiellement la classe politique.

Il est vrai que le rythme du renouvellement des élites au sein des appareils politiques et administratives freine à n’en point douter, l’adaptation du discours de la classe politique au vécu des jeunes, largement majoritaires au sein de la population congolaise. Or, ces jeunes ont des nouveaux modèles qui ne cadrent pas avec les discours post-indépendances, devenus parfois obsolètes, pas plus qu’ils ne comprennent pas souvent le langage des collecteurs de suffrages habituels qui empêchent l’émergence d’une nouvelle classe politique.
Mais faute d’une volonté politique clairement affirmée, pour s’engager dans un tel processus, le chemin sera encore long et nous serons toujours au point mort.

Nous savons que très souvent, le renouvellement de l’élite dirigeante se fait souvent au forceps avec, des déchirures au bout et très souvent rares sont les formations politiques qui voient leur président ou leur secrétaire général se faire battre à des élections ou lors d’un congrès et (se) remettre dans les rangs en tant que « simple militant ».

Faire de la politique autrement implique de considérer que l’action politique au sein d’une institution, doit être limitée dans le temps. C’est une des nombreuses conditions pour que la population se réapproprie le débat public et retrouve confiance en sa classe politique. Ne pas pouvoir exercer plus de deux ou trois mandats nationaux dans sa vie, de manière qu’il y ait un renouvellement plus naturel de la vie politique.

En tout état de cause, une offre politique nouvelle doit être portée par des visages nouveaux, des discours nouveaux. Et c’est là que j’adhère à l’approche de l’honorable Denis Christel SASSOU NGUESSO qui bien que membre de la majorité présidentielle plaide pour un renouvellement de la classe politique congolaise. Il est de nos jours l’un de ceux qui incarnent le mieux le renouvellement de l’élite en se battant par exemple pour l’égalité entre Homme et Femmes selon le principe « Diplôme -égal, responsabilité-égale et salaire-égal ».

Mais ici, il ne faut pas lier le renouvellement de la classe politique à l’âge de ceux qui sont amenés à faire de la politique, car certes, en politique, l’âge est important, mais ce n’est pas suffisant. On peut très bien avoir des responsables politiques d’expérience dotés d’une grande capacité à penser et à agir, et de petits marquis jeunes et terrifiants. Alain Juppé, avait dit la même chose : « Le problème, ce n’est pas de savoir s’il faut des têtes nouvelles, c’est de savoir ce qu’il y a dans les têtes d’abord ». Le renouvellement de la classe politique ne peut pas simplement consister à changer les figures du politique ; il doit aussi proposer des évolutions des pratiques. Il faut donc avant tout revaloriser la politique dans notre pays. Or revaloriser la politique, c’est nécessairement revaloriser l’élite politique, Car il n’y a pas de politique sans un certain élitisme, du moins une mise à distance de l’infinie diversité des opinions qui surgissent du peuple. Cette mise à distance se réalise par l’intermédiaire des institutions et des acteurs de la représentation.

Dans tous les cas, il s’avère nécessaire d’aller au-delà du simple calcul du renouvellement en complétant celle-ci dans un second temps par l’observation de la manière dont les membres de la nouvelle élite, sur laquelle repose la construction démocratique, accomplissent leur tâche dans le domaine politique, et ce, quelle que soit leur passé.
Assurer une relève politique est une avancée et un exercice incontournable pour le bon fonctionnement et la pérennité de toute démocratie et notre pays doit être à cette page.

Pour le gouvernement, les formations politiques ainsi que toutes les autres organisations, l’heure est plus que jamais au renouvellement politique avec son corollaire l’incontournable changement des mentalités.
Le Congo d’abord, le Congo pour toujours.

Fait à Paris le 14 octobre 2019
Henri Blaise NZONZA

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