De combattants à bâtisseurs de paix dans la province du Tanganyika

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« Nous étions victimes de discrimination et marginalisés et devions nous défendre », raconte Nyumba Isha, ancien chef de milice de défense Twa qui serre ici la main d’un médiateur de l’ONG Search for Common ground. Ph : Banque mondiale

Lorsqu’on traverse aujourd’hui le territoire de Nyunzu dans la province de Tanganyika, rien ne laisse penser que cette région aujourd’hui paisible du sud-est de la RDC était il y a trois ans à peine le théâtre de violents affrontements intercommunautaires entre les Twa et les Bantous en raison de tensions sociales et foncières qui les opposent depuis plusieurs années.

La loi du talion et une escalade de violences

Des évènements encore douloureux pour Oscar Muhemba ancien chef de la milice bantoue, « mon père a été abattu dans sa propre maison. S’en est suivi le pillage de tout ce qui nous appartenait. Pour nous venger nous avons créé un groupe d’auto-défense. »

« Nous étions victimes de discrimination et marginalisés et devions nous défendre », souligne de son côté Nyumba Isha, ancien chef de milice de défense Twa. Pendant plusieurs années, ce sentiment de vengeance partagé dans chaque communauté, entraîne la création de groupes de défense et sème la désolation dans toute la région. Villages et routes se barricadent, empêchant la population de circuler librement, les villages incendiés et pillés se vident, l’activité économique est au point mort.

« L’insécurité était généralisée, il n’y avait plus d’école et les femmes n’allaient plus aux champs » se souvient Francoise Swedi, directrice d’école et habitante de Nynzu.

En mars 2016, pour tenter d’apaiser cette situation, le gouvernement décide d’intervenir par le biais du projet pour la stabilisation de l’est de la RDC pour la paix (STEP) financé par des fonds de l’Association internationale de développement (IDA), filiale de la Banque mondiale chargée d’aider les pays à faible revenu. Mis en œuvre par le Fonds social de la RDC, le projet organise des activités de sensibilisation au sein des communautés, afin de gérer les conflits existants et d’en prévenir d’autres, et favoriser ainsi un dialogue pacifié et une cohabitation non violente.

« Mon voisin est mon frère »

En partenariat avec l’ONG internationale Search for Common Ground, spécialisée dans la gestion de conflits, les équipes du projet ont commencé par collaborer étroitement avec les chefs traditionnels et les leaders communautaires pour former des comités de médiation locale. Elles ont ensuite lancé une campagne de sensibilisation intitulée Jirani Ni Ndugu (« mon voisin est mon frère ») à travers des activités de rapprochement communautaires pour lutter contre les préjugés, les fausses informations et la méfiance à l’égard des autres communautés.

Parmi elles, des rencontres sportives et des pièces de théâtres dont les habitants des communautés Twa et bantoues sont les acteurs et se servent de l’humour et de la fiction pour exprimer rancœurs et griefs. Le public est également invité à intervenir et à trouver des solutions pacifistes aux problèmes évoqués dans les saynètes. En les rediffusant chaque semaine dans toute la région, la radio a permis de donner un plus large écho à ces activités.

Des efforts qui finissent par convaincre les chefs des milices, qui déposent les armes et s’impliquent à leur tour dans les activités de cohésion sociale et de cohabitation pacifique. Ils créent ensemble des structures mixtes de développement et de consolidation de la paix. « La plus grande chose que j’ai apprise de ces activités, c’est l’importance du pardon et de la restauration du climat de confiance entre les deux communautés », confie Oscar Muhemba  

Un succès qui conduit à la création de 47 comités de paix et de médiation dans les six territoires du Tanganyika et une partie du Haut Katanga. « C’est important de noter que le Fonds social de la République est une agence qui obtient des résultats depuis 2002 à l’Est, une des régions les plus difficiles du pays », insiste Samantha de Sylva, responsable du projet pour la Banque mondiale.

La paix est de retour, la vie sociale aussi…

Avec la paix, la vie sociale revient : les barrières sont levées, la libre circulation est rétablie, les villages se repeuplent, l’école reprend, les gens ont à nouveau accès aux routes et aux marchés.

L’amélioration de la situation économique et des conditions de vie des habitants est aussi un objectif du projet. « Mais cet objectif ne peut être atteint que si la paix existe dans les zones concernées, car il ne peut y avoir de développement sans paix » explique Ruphin Bo Elongo, coordinateur du Fonds Social.

Pour consolider cet apaisement, le projet STEP soutient aussi le développement de diverses activités génératrices de revenus mises en place par le Comité mixte de paix. Dans son village de Mukomena, Nyumba Isha a choisi de se reconvertir dans l’agriculture. Il loue des hectares de champs qu’il cultive et a convaincu d’autres membres de sa communauté, traditionnellement chasseurs et nomades, d’en faire autant.

À ce jour, le STEP a permis de mettre en œuvre 291 projets communautaires dans les provinces du Haut-Uélé, Bas-Uélé, Tshopo, Ituri, North Kivu, Sud-Kivu et Tanganyika. 350 centres locaux de prévention, médiation et résolution de conflits ont vu le jour. 580 000 personnes ont pu exercer un emploi temporaire dans des activités publiques à haute intensité de main-d’œuvre, tandis que 38 740 ménages vulnérables ont bénéficié d’un soutien pour leurs activités agricoles ou d’élevage.

« La situation que nous avions trouvée, nous donnait peu d’espoir mais notre détermination et notre engagement en faveur de la paix sont restés intacts. Aujourd’hui, les faits nous donnent raison et prouvent qu’avec beaucoup de volonté et d’effort collectifs, la paix est possible », conclut Derrick Manegabe, responsable en gestion des conflits du Fonds social au Tanganyika.

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