Conséquence du CFA’xit ouest-africain sur l’Afrique centrale

0
204
Hervé Mahicka

TRIBUNE. Après la création de l’éco, la monnaie de la CEDEAO qui devrait entrer en vigueur dès 2020 actant la disparition du FCFA ouest africain (XOF), Paris a forcément le dossier de son désengagement du FCFA centro-africain (XAF) sur la table. Ca sera ça ou la dévaluation.

Mais je ne vois pas dans le contexte polémique actuel, au vu du départ des ouestafs et en plein dans une crise de devises sans précédents en Afrique centrale (pays rentiers qui subissent la chute des prix du pétrole) pourquoi Paris continuera t-il avec nous.

Pourquoi se taper une dévaluation dont il devra endosser la responsabilité d’un accroissement de la pauvreté et tous les soucis qui vont avec: hausse du chômage, hausse de la criminalité à cause de la misère, hausse de l’immigration, dégradation de l’environnement par la surexploitation (on va chercher gratuitement dans la nature ce qu’on ne peut plus acheter), délitement de l’Etat qui va se recentrer sur la force du pouvoir du chef, baisse de l’éducation par diminution des subventions sociales donc hypothèque de l’avenir etc etc etc. Si l’Afrique de l’ouest peut s’en sortir, le centre aussi peut, arguera Paris qui va se barrer.

Il faudra alors qu’on s’associe à d’autres pour créer notre monnaie. L’avantage de l’Afrique de l’ouest est que la CEDEAO est stable, en ce sens que les pays membres ne le sont pas aussi de l’Union du Maghreb arabe ou de la CEEAC. Elle jouit en plus d’un minimum d’intégration et d’harmonisation et d’un réseau d’échanges réel.

Tandis que l’équivalent de chez nous, la CEEAC, est une coquille vide. L’Angola est plus proche de la SADC (l’organisation de l’Afrique australe) dont elle est aussi membre. Le Rwanda et le Burundi sont plus proche de l’EAC (Afrique de l’est), à laquelle ils appartiennent aussi.

Quant à la RDC, elle se donne à qui mieux mieux : SADC, CEEAC et maintenant elle frappe à la porte de la East African Community (EAC) tout en restant dans les deux autres zones sous-régionales, alors même qu’elle a des dettes de cotisation de plusieurs décennies partout où elle est! Mawa. Avec son “nouveau président” qui veut bloquer un projet essentiel pour l’intégration comme le pont sur les deux capitales sans aucune étude d’experts pour lui proposer d’autres solutions, mais en ayant juste “discuté avec les gens du Kongo central” (la base, encore une fois), on va se retrouver avec un partenaire bordélique, instable, infidèle qui ne paie pas ses cotisations parce qu’elle en a trop, et qui ne tient pas ses engagements.

Je vois déjà le Cameroun – le moins malade de l’Afrique centrale – se retirer pour faire cavalier seul (comme avec Air Afrique quand elle a créé Cameroon Airlines), ou rejoindre l’Eco, donc la CEDEAO. Le Tchad qui dépend économiquement du Cameroun et se trouve très lié avec le Niger notamment sur les questions de lutte contre le terrorisme qui sont appelés à durer, ne tardera pas à le suivre. La RCA aussi, autre dépendance camerounaise (plus de 60% de ses échanges dans la région, 90% de ses importations passent par Douala), suivra probablement.

La RDC préfère profiter que de jouer les leaders sous-régionaux. Donc elle voudra une monnaie avec l’Afrique australe (qui n’est pas à l’ordre du jour) et préférera attendre ou par orgueil, faire cavalier seul. Luanda pareil, qui sera scrutée et suivie par Sao Tomé son petit frère direct.

Sans la RDC, le Rwanda et le Burundi bien que membre de la CEEAC ne pourront partager une monnaie avec l’Afrique centrale atlantique avec qui ils n’auront plus aucune frontière, et n’ont déjà quasiment aucun échange. On va se retrouver le Congo avec le Gabon et la Guinée équatoriale.

Des ramasseurs-cueilleurs en somme, gaspillés par le pétrole, sans industrie (les ouestaf avaient divorcé les CFA à cause de ça, donc n’attendez pas qu’ils vous accueillent), avec en plus des régimes aussi despotiques que népotiques et kleptocrates qui vont créer une monnaie dont chaque président aura sa planche à billet personnelle chez lui au village, à l’image de la BEAC d’Oyo.

C’est un scénario noir, mais si vous voyez de la lumière quelque part, n’hésitez pas à nous éclairer.

Je suis vraiment pessimiste quant à notre avenir.

Par Hervé Mahicka

LAISSER UN COMMENTAIRE