Congo : Sassou Nguesso entre le marteau et l’enclume

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Fortuné Dombe Bemba, fondateur du groupe de médias Talassa. Ph: La-croix.com

TRIBUNE. A quelques heures de la célébration du 59ème anniversaire de l’indépendance du Congo, les vrais compatriotes, épris de justice, de paix et du bien-être des Congolais se demandent sur le cadeau que le président va-t-il donner aux Congolais en cette période de vache maigre.

A l’occasion de la fête de l’indépendance, le président Sassou Nguesso devra, une fois de plus, comme il sait le faire, rassurer ses concitoyens non pas seulement par une allocution mais surtout en posant des actes concrets sur la lutte contre la fraude et la corruption et sur la décrispation  du climat politique par une mesure de grâce présidentielle et l’organisation d’un dialogue inclusif.

Le détournement des fonds publics et la corruption continuent à être monnaie courante dans le pays. Un mois après la signature de l’accord avec le Fonds monétaire international (FMI), un autre scandale vient d’éclabousser la famille présidentielle. L’ONG britannique Global Witness spécialisée dans la lutte contre le pillage des ressources naturelles, des capitaux et de la corruption, accuse Denis Christel Sassou Nguesso, le fils du président congolais, de détournement de 50 millions de dollars puisés d’après l’ONG au trésor public. Or, Denis Christel Sassou-Nguesso est déjà mis en examen en France, dans le cadre de l’affaire des « biens mal acquis ».

En avril dernier, Global Witness révélait qu’un autre enfant du président congolais, Claudia Lemboumba Sassou Nguesso, se serait servie de millions de dollars« manifestement subtilisés aux fonds publics pour acheter un luxueux appartement du Trump International Hotel & Tower à New York. Malgré les risques d’une telle transaction, la Trump Organization a négocié l’achat de l’appartement et en a profité ».

Ces scandales viennent s’ajouter à d’autres présumés crimes économiques perpétrés par les dignitaires du pouvoir à l’instar de Edgar Nguesso, Wilfried Nguesso, Julienne Sassou Nguesso, Jean-Jacques Bouya, Gilbert Ondongo, Henri Djombo, etc. comme le confirme plusieurs plaintes portées à leur endroit et les révélations du consortium de 381 journalistes d’investigation. Ces derniers ont révélé au grand jour que des milliards de dollars ont été cachés dans des comptes offshore détenus par des dirigeants congolais et la famille présidentielle dans les paradis fiscaux (cf. Panama Papers, Paradise Papers, Luxembourg Leaks, Offshore Leak, Suisse Leaks, Dubaï Papers, Maurice Papers, etc.).

A l’heure de la mise en œuvre des mesures du FMI, Sassou Nguesso devrait donner un signal fort à l’endroit non pas seulement de la communauté internationale mais surtout de son peuple qui, visiblement,  n’a quasiment plus confiance en lui et en son gouvernement. Les pensions des retraités sont versées à compte goûte, les bourses des étudiants impayées, les systèmes sanitaires et éducatifs sont aux abois, les routes délabrées, l’eau et l’électricité non seulement coûtent très cher dans un pays bien arrosé, mais demeurent aussi des denrées rares.

Depuis un mois, les Congolais attendent la mise sur pied d’un gouvernement de « guerre », débarrassé des prédateurs, ceux-là qui ont mis le pays à terre. Le président devrait se placer au-dessus de la mêlée, en mettant l’intérêt général devant au détriment de ceux des particuliers, même s’il s’agit de proches parents et certains mêmes de confidents. Denis Sassou Nguesso doit donc se décider pour soigner son image ternie ces derniers temps.

Le deuxième geste attendu par les Congolais, c’est la mise en application de l’un des souhaits de la conférence épiscopale du Congo, lors de son message du 10 mai dernier sur le rapatriement des fonds du Congo gardés dans les paradis fiscaux à travers le monde. Au moment où le pays traverse une profonde crise financière, cet argent pourrait être injecté dans le social, afin de soulager tant soit peu, la misère du peuple. Or, il s’avère que sont cités dans ce cauchemar, les proches collaborateurs du président de la République, ses fidèles qui ont toujours été avec lui dans le meilleur et le pire.

Le Congo est l’un des rares pays au monde où deux candidats à la dernière élection présidentielle ont été condamnés à des peines lourdes. Jean-Marie Michel Mokoko et André Okombi Salissa sont entrain de purger 20 ans d’emprisonnement ferme à la Maison d’arrêt correctionnelle de Brazzaville pour atteinte à la sûreté intérieure de l’Etat. Le président Sassou Nguesso qui depuis son retour au pouvoir en 1997 a déjà amnistié plus d’un opposant, ne peut-il pas rééditer cet exploit ? Rien n’est impossible. L’on se souvient encore des dignitaires du régime de Pascal Lissouba dont la plus part d’entre eux avaient été amnistiés. Récemment, plusieurs personnalités impliquées ou non aux événements référendaires et aux contestations électorales de 2016 ont été libérées : Modeste Mboukadia, colonel Mpika, Paulin Makaya, Jacques Bananganzala, Anatole Limbongo Ngoka … Et surtout l’abandon des mandats d’arrêts contre le révérend pasteur Ntumi et deux de ses proches. Ce genre de gestes d’apaisement participerait à une vraie réconciliation nationale.

Certes, tous les proches du président ne l’entendent pas de cette oreille. Ceux qui ont vidé les caisses de l’Etat s’accrochent, ceux qui ont des comptes à rendre aux prisonniers ne veulent pas lâcher prise. D’où, pensions-nous que le président se trouverait entre le marteau et l’enclume. D’une part, il y a le peuple et les institutions internationales à satisfaire, de l’autre, son clan, ses acolytes, qui le soutiennent dans certains moments. Si le président Sassou Nguesso n’arrive pas à discerner le vrai et le faux, Regarddelynx.com lui donnera la liste de 57 noms des dignitaires qui sont certains au gouvernement d’autres dans différentes institutions ainsi que des retraités depuis des années qui doivent obligatoirement quitter leur poste de responsabilité pour redorer le blason du Congo. Prochainement, la liste de 57 personnes que le peuple congolais et la communauté internationale ne veulent plus voir.

Par Ghys Fortuné Dombé Bemba (regarddelynx)

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