Congo. Livre : En «Mbé-bas», nouvelle publication de Neil Davis Batchi

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«En vingt poèmes, Neil Davis Batchi livre au lectorat une poésie dénuée de tout hermétisme. (…) Poétique de la référentialité et de la redondance, le recueil En « Mbé-bas » – émanant d’une âme observatrice et méditative – offre des vers relativement courts. Les phrases simplissimes ont l’avantage d’être concrets et vivants», écrit Winner Dimixson Perfection dans la préface de ce recueil publié aux éditions Les Impliqués, en 2019.

Le recueil de poèmes est dédié à Benoît Batchi, son père, Ingénieur en télécommunication, travaillant à l’l’Office Nationale des Postes et Télécommunication,  soustrait de la chaleur des siens par accident de travail, le 31 octobre 1999 à BrazzavilleIl n’est pas le premier à l’actif de Neil Davis Batchi qui s’est voué pour l’instant à la poésie qu’il considère comme son domaine de prédilection et d’inspiration.

Il semble s’y sentir à l’aise comme un oisillon dans son nid. Pour la préfacière, «En ‘’Mbé-ba’’ s’élabore, de façon générale, autour des points comme la (re) construction du sens religieux ou sacerdotal, la valorisation des traditions culturelles et la conscientisation à propos des perversions constatées dans les sociétés actuelles, d’où le titre En « Mbé-bas ».

Du titre, le poète s’inspire d’une espèce de barbarisme né dans la furie de la guerre civile du Congo, du 5 Juin au 15 Octobre 1997. Au sortir de cette altercation politico-militaire, tout se fait sans respect, tant de la loi que des normes universelles. Les chauffeurs font des dépassements à gauche et à droite, roulent sans tenir compte des panneaux de circulation et s’accommodent du désordre.

«Je suis un vili/De la bouche des gens/J’entends dire/Je suis un Hébreux/Je suis un Egyptien/Je suis un Juif/Je suis un Palestinien/Je suis un Grec/Je suis un Romain/Je suis un Français/Je suis un Allemand/Je suis un Anglais/Je suis un Italien/Je suis un Américain/Même certains Africains disent/Je suis un Européen/En oubliant que nous sommes tous/Des hommes», écrit Neil Davis Batchi comme pour revendiquer son appartenance totale à l’humanité, dans son poème intitulé «je suis un Vili».  

Il se sent quelque peu dérangé d’entendre des personnes de mauvaise langue ou de mauvaise moralité s’attribuer des nationalités autre que celle reçue de leurs parents. Pour lui, les pensées ou les agissements des hommes sont totalement différents de la pensée divine. Il le dénonce encore dans son poème, Je suis un Vili : «Pourtant/Dieu n’a pas de Nation/Je veux qu’en Afrique/ Nous disions/Je suis un Africain/Qu’en Europe/Nous disions/Je suis un Européen».

Attaché à la tradition, le poète ne se le cache pas. Il laisse ses sentiments s’exprimer et révèle à tous, son appartenance ethnique. «Laissez-moi exprimer/Ma tribalité/Au nom de ma tradition/Je suis un Vili…», lâche-t-il sans mettre des gants.

Homme de Dieu, la morale habite également le poète qui n’hésite pas à rappeler aux porteurs de soutanes que : «Ô Soutane/Respectez les femmes/Elles sont vos grand-mères/Vos mères/Vos sœurs/Vos cousines/Vos filles/Vos nièces/Vos petites-filles/N’oubliez pas la sanction Latae Sentetiae/Puisque vous roulez en ‘’Mbé-bas’’. Il invite à l’occasion les bergers ou ceux qui la mission de conduire les hommes à respecter la femme, à ne pas lui manquer de considération et à cesser le désordre en abandonnant la conduite en «Mbé-bas».

La trahison aussi dérange le poète. Neil Davis Batchi ne peut se taire devant les assassinats dont on n’a jamais découvert les coupables malgré la douleur que ces tueries ont causée en tuant Thomas Sankara, Jean le baptiste, Hitler et de conclure : «Si vous me demandez/Qui a tué…/Je vous répondrai/Demandez-le-leur…».

Faisant à son tour une lecture du recueil et postfaçant l’œuvre, Rosin Loemba souligne : «bien que dénonçant en partie quelques miasmes sociaux et politiques – ce cinquième texte semble étendre, en toute clarté, son combat, sa lutte pour le monde stellaire, son vœu en vue d’une harmonie sociale ou d’un rétablissement à tous les niveaux; en se libérant bien sûr des contraintes liées à sa posture de prélat. Le poète-Abbé attaque les siens, tout comme il s’attaque à lui-même au sujet de la chasteté».

Homme d’église, l’abbé Neil Davis Batchi a publié quatre recueils de poèmes aux éditions L’Harmattan. Ainsi, en 2013, «Des os au cerveau» et Gerbes de fleurs et Rose crucifiée en 2014 ; Chants de Vénus en 2016.

Membre sociétaire de l’association des écrivains catholiques de langue française, Neil Davis Batchi est membre du Forum des gens de lettres au Congo-Brazzaville. Actuellement, il est formateur et professeur de latin au moyen séminaire Saint-Jean apôtre de l’archidiocèse de Brazzaville, étudiant en sciences et techniques de communication (S.T.C.) à l’Université Marien Ngouabi et membre du Mouvement des élèves et étudiants du Congo (M.E.E.C).

Florent Sogni Zaou

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