Congo: Leur place n’est pas là bas.

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Ouabari Mariotti - Membre de l'UPADS.

TRIBUNE. Par décret, rendu public, le 29 septembre 2019, le Président sénégalais Macky Sall a accordé une remise totale de peines principales à l’ancien Maire de Dakar, Mr Khalifa Ababacar Sall et à deux de ses coaccusés MM. Mbaye Touré et Yaya Bodian.

Mr Khalifa Ababacar Sall était en détention, depuis mars 2017, puis, condamné, en août 2018, à cinq ans d’emprisonnement, dans une procédure judicaire sur la gestion financière de sa municipalité.

Du Président Macky Sall, c’est là un acte, à la fois courageux et de grande portée politique, dans une logique d’apaisement de son pays, au lendemain de sa rencontre avec son prédécesseur et adversaire, le Président Abdoulaye Wade, à la faveur de l’inauguration d’une mosquée à Dakar.
Au Congo, nous attendons du Président Sassou Nguesso un geste similaire, plus fort, l’amnistie générale. Pour plusieurs raisons.

De nombreux faits d’injustice et autres éléments dus aux pratiques non républicaines du pouvoir témoignent d’un délitement de la cohésion nationale. De multiples fractures divisent le pays. L’apaisement réel tarde à s’y installer. Est bien faible la confiance des congolais envers les dirigeants, depuis les conflits politiques dus à la révision constitutionnelle de 2015 qui s’est complétée par les présidentielles anticipées de mars 2016 et le contentieux électoral qui s’en est suivi.

Aussi grave que les faits précédents, le sentiment d’appartenance à la nation repose, de plus en plus, sur du sable mouvant. La majorité des congolais estimant qu’un écart important existe entre les valeurs affichées de la république et ce qu’ils vivent au quotidien. Le décalage est croissant entre le ressenti des citoyens et les discours officiels sur les valeurs de la république.

Or, dès lors que le peuple n’admire plus, il n’est plus apte aux mots d’ordre constructeurs de l’édifice national édictés par les autorités. Il n’obéit plus.
L’apaisement politique s’impose donc dans le pays, pour désamorcer les tensions. Il passe inéluctablement par l’effacement de toutes les peines à coloration politique, non convaincantes, injustement infligées par les tribunaux du pays aux citoyens congolais.

Dans l’intérêt supérieur de la nation, il est de la responsabilité constitutionnelle, politique et morale du président Sassou Nguesso de créer les conditions objectives et subjectives de cet apaisement.

Ainsi, doivent être levées les injustes condamnations qui frappent les ministres Benoit Koukébéné et Philippe Bikinkinta, au sortir des violences de 1997. Leur l’exil à l’étranger qui dure depuis 22 ans doit s’arrêter.

Par extension et, à titre posthume, les ministres Nguila Moungounga Kombo et Yves Ibala qui nous ont quittés, condamnés au même titre que leurs collègues Benoit Koukébéné et Philippe Bikinkinta, doivent, à titre posthume, bénéficier également des mesures d’élargissement.

Par ailleurs, les prisons congolaises doivent être expurgées de tous les détenus d’opinion et autres leaders politiques au compte desquels le général Jean Marie Michel Mokoko et le ministre André Okombi Salissa. D’autant que les procédures judiciaires ayant conduit à l’injuste incarcération des deux ont été entachées d’irrégularités.

Au ministre Jean Martin Mbemba, Maîtres Tony Moudilou et Massengo Tiassé, condamnés par contumace, le même traitement de levée de peines est à appliquer.

S’y ajoute Mr. Modeste Boukadia dont l’évacuation sanitaire en France, passés quelques mois, pour des raisons de santé, ne l’exonère pas de son châtiment.

Prendre en compte la problématique de l’amnistie générale est une priorité de taille, dans un pays en crise, comme le Congo si l’on voudrait maintenir les équilibres et préserver la cohésion nationale à long terme.

Bien plus, cette problématique est fondamentale pour rassurer le peuple quant à l’engagement en faveur des idéaux de paix, de respect des libertés fondamentales, des droits humains et de solidarité .

Remettez les en liberté. Leur place n’est pas là bas.

Paris le 30 septembre 2019

Ouabari Mariotti –
Ancien ministre de la justice du Congo

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