Congo. La Résistance du Niari (1908-1913)*

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Dolisie Lac Bleu. Ph: Petitfute.com

RETRO. Juste remarque a été faite sur nos rappels historiques qui passent trop vite sur la pénétration coloniale dans la vallée du Niari alors que cette zone fut certainement la plus difficile à soumettre pour les colons sur l’actuel territoire du Congo.

Les résistances y furent coriaces, longues, sanglantes et héroïques. Au départ, après avoir échangé avec les premiers colons qui les informèrent de leur prise de possession du territoire, les populations bembé, yaka, téké et nzabi se braquèrent contre l’obligation de payer l’impôt de capitation en échange des services que proposaient les colons et qui ne les intéressaient pas outre mesure. Les kamba et kugni, placés sur la route des caravanes esclavagistes et un peu plus habitués à ces visiteurs d’un autre genre cédèrent sans grands cas.

Pour mettre la région au pas, les autorités coloniales durent mobiliser un contingent de tirailleurs sénégalais mené par le capitaine Schneider en avril 1908. Ce fut un fiasco. Les bembé et yaka avaient truffé le chemin de pièges, surtout des fossés garnis de lances pointues, recouverts de feuilles et de terre, qui rendaient la progression mortelle sur les seuls sentiers possibles. A telle enseigne que Madingou, Moutamba et Sibiti étaient isolés les uns des autres.

En 1909 la 3e compagnie du Gabon échoua également. Elle revint l’année suivante ayant retenu les failles et lança une offensive que les locaux stoppèrent le 17 juin 1910 autour de la localité de Tsibakala, qui se transforma en zone de guerre. Au prix d’un rude affrontement qui dura jusqu’au 13 août, les forces coloniales purent arriver à bout de cette résistance et par la suite, ouvrir et sécuriser la voie Madingou-Sibiti.

Il restait la zone de Mouyondzi.

Huit mois de stratégies et de préparatives furent nécessaires pour l’affronter.

Le 7 avril 1911 les forces coloniales lancèrent des attaques simultanées en direction des « villages-garnisons » qu’étaient Mayomba, Kimboundi, Bonkolo, Binza, Soulou, Nkolo, Pandi, Massangui et Mouyondzi. Il fallut trois semaines aux colons pour en venir à bout. Le village de Soulou, véritable place forte, résista le plus longtemps. Il fut complètement rasé et peu de guerriers y survécurent. Il fallait encore attendre juillet, pour briser par l’usure, la résistance qui tenait le maquis dans les forêts avoisinant. Nombreux estiment que c’est à cette époque (1908-1910) et chez les maquisards que remonte la consommation du chat. Le poste de Mouyondzi fut créée pour des visées militaires.

Les Nzabi en revanche restèrent insoumis jusqu’en octobre 1913, et usaient de fusils pour se défendre. Les troupes du capitaine Braud réussirent à les vaincre. Les postes de Tsinguidi et d’Omoï purent être créés.

On parle également peu ou pas du tout de la grande résistance des Bakota et tegué de la « haute Mossaka », écrasés par le commandant Blaise, chef du bataillon du Moyen-Congo. Poumba, Banza, Djokoesseba, Odzala, Opunga, Ambeghe furent réduit successivement entre le 30 juillet et le 14 août 1910. Mbomo, le coeur de la révolte tomba le 16 août mais la résistance y perdura jusqu’en 1913 avec de nombreux épisodes. Les postes d’Eloli, Etoumbi, Mbomo et Odzala furent créés successivement aux Victoires coloniales.

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On ne regrette pas d’être devenu ce que nous sommes, mais il est important d’enlever l’idée que nous étions des pauvres crétins qui ignoraient la valeur de la liberté et du droit de disposer de soi-même. Dans les récits traditionnels et certains livres et rapports d’époque, les noms de quelques uns de ces héros existent encore. Au lieu de commémorer le discours de De Gaulle de 1940 à grand frais comme le souhaite Sassou, nous devrions rendre hommage à ces glorieux ancêtres.

Hervé Mahicka

*Image d’illustration suggérée par PAK

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