Congo. De la Transition politique au gouvernement d’Union nationale : une revendication fantaisiste d’une partie de l’opposition congolaise

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Henri Blaise Nzonza

TRIBUNE. Lors d’une conférence de presse organisée à Brazzaville le 30 juillet 2020, l’opposant Paulin MAKAYA a rendu publique sa lettre adressée au Président de la République Denis SASSOU NGUESSO.

Dans le contenu de cette lettre, il a dit avoir fait l’état des lieux de la situation globale du pays et des propositions de sortie de crise dont entre autres une transition politique ponctuée par la mise en place d’un gouvernement d’union nationale dirigée par l’opposition. Bien avant lui, plusieurs leaders de l’opposition avaient soulevé les mêmes préoccupations.

Je ne vais pas revenir ici sur le chapelet des points soulevés par Paulin MAKAYA. Je vais m’appesantir sur le point qui a le plus attiré mon attention. Il s’agit de la période de transition et d’un gouvernement d’union nationale.

Pourquoi réclamer une période de transition, alors que le mandat du Président Denis SASSOU NGUESSO n’est pas encore à sa fin et le gouvernement congolais n’a pas encore dit qu’il se trouvait dans l’impossibilité d’organiser l’élection présidentielle dans les délais constitutionnels ?

Dans l’état actuel des choses, comment réclamer un gouvernement d’union nationale et exiger le poste de Premier ministre alors que la majorité présidentielle dispose d’une forte majorité à l’Assemblée Nationale et au Sénat?

Dans les faits, les gouvernements de transition sont souvent des périodes fondamentalement conflictuelles bien loin de l’union nationale et du sursaut patriotique que réclament certaines situations dramatiques.

Outre le fait qu’elle apporte en elle les germes de son échec, la période de transition approfondit le plus souvent la crise au lieu de lui apporter un début de solution car, très souvent, les forces en présence se neutralisent et cherchent à se rejeter les responsabilités des échecs.

Si nous puisons dans l’histoire politique de notre pays, nous constaterons que les transitions politiques ou les gouvernements d’union nationale ont apporté plus de problèmes que de solutions.

En plus, cette revendication (période de transition, gouvernement d’union nationale) de l’opposition n’est pas inscrite dans la constitution du 25 octobre 2015, elle est anticonstitutionnelle. Il doit donc falloir modifier notre constitution, soit par voie référendaire, soit par celle effectuée par un vote au parlement réuni en congrès comme le stipule l’article 241 de notre constitution.

Dans le premier cas, le peuple congolais sera donc appelé à aller aux urnes pour modifier cette constitution. Or que cette modification doit se faire avant la fin du mandat actuel. D’où la question suivante: si pour l’opposition, les conditions ne sont pas réunies pour faire voter les congolais à l’élection présidentielle, comment se fait-il que celles-ci soient réunies pour le référendum ?

Dans le deuxième cas, tout dépendra de la volonté de la majorité présidentielle car, dans notre pays, la majorité présidentielle coïncide avec la majorité parlementaire.

L’autre point, évoqué lors de cette conférence de presse, qui a attiré mon attention, c’est le lien fait par Paulin MAKAYA entre les résultats de l’élection présidentielle et les événements qui se sont déroulés dans le département du Pool à partir du 04 avril 2016.

Il a affirmé que « s’il y a eu le 04 avril 2016, l’affaire du pool, c’est parce que la CENI n’a pas joué son rôle. Les élections n’étaient libres ». Il pense donc que la CENI était responsable des événements du 04 avril 2016. J’ai du mal à comprendre ce raisonnement.

Pour rappel, en 2016, le pasteur NTUMI n’était pas candidat à l’élection présidentielle. Il avait soutenu un même candidat que moi en l’occurrence Parfait KOLELAS.

Donc s’il y a un leader qui devrait contester les résultats de l’élection présidentielle de 2016, c’était bien Parfait KOLELAS. Or que ce dernier avait pris acte des résultats de cette élection. Où est donc le lien entre la proclamation des résultats de cette élection et les événements du 04 avril 2016 ?

Concourir à la pérennisation et à la consolidation de la paix dans notre pays est un devoir qui nous incombe à tous. Le peuple congolais en a assez, des divergences politiciennes qui lui prennent en otage, de cette règle de jeu dictée la jungle politique.

Faire de la politique, ce n’est pas jouer avec la vie des gens comme on joue au Monopoly, ce n’est pas les manipuler en leur promettant une libération, une délivrance, un paradis.

L’opposition a le droit de réclamer des élections équitables, mais tout devrait se passer dans un cadre légal prévu par la constitution du 25 octobre 2015. Sortir de ce cadre c’est ouvrir une boite de pandore qui pourra nous conduire à des situations détestables et incontrôlables et provoquer une instabilité que personne ne pourra maîtriser.

En définitive, la période de transition peut représenter un danger pour l’enracinement et la consolidation de la démocratie dans notre pays.Le Congo d’abord, le Congo pour toujours.

Paris le 05 août 2020

Henri Blaise NZONZA

Président de la Nouvelle Dynamique pour le Congo.

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