Congo-Brazzaville. Regard sur 50 ans d’indépendance nationale (1960-2010) de Maître Martin MBERI

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Congo-Brazzaville. Regard sur 50 ans d’indépendance nationale (1960-2010).

Cette plongée historique de Maître Martin MBERI regorge une valeur importante dans l’édification de la République du Congo. Deux enjeux majeurs s’y dégagent: retracer le passé en présentant ses forces et faiblesses et inviter la postérité à une réflexion plus républicaine de son héritage. C’est d’un miroir du passé qu’il s’agit, pour mieux orienter l’avenir.

Les six  parties constituant l’ossature de cet ouvrage ne sont pas construites sur un modèle évolutif de l’histoire, elles s’organisent sur la base d’un intérêt thématique. Loin d’être un témoignage personnel de l’histoire du Congo, ou l’évocation historique du pays teintée d’un fanatisme ou d’un jugement partiel, ce livre de Martin MBERI a le mérite d’être une réflexion ouverte et constructrice. Cette réflexion autant qu’elle engage l’auteur – puisque témoin et parfois acteur dans certains régimes –, permet et cela va sans dire, à la jeunesse congolaise de s’imprégner de son histoire, de comprendre les moments les plus cruciaux et les mouvements politiques, les alliances et autres dynamiques  y relatives. Il convient de souligner que l’auteur ne se limite pas qu’au seul fait de raconter ou de ressasser ses souvenirs en des périodes précises,  au contraire, il s’interroge, initie des pistes d’analyses sur tel ou tel événement, explique les causes lointaines et immédiates de certaines crises et les conflits stupides qui ont divisé le pays, encouragé le tribalisme et endeuillé les espoirs  .Tout porte justement à croire, que cet ouvrage enseigne le patriotisme, incite cette même jeunesse congolaise  à un  engagement politique devant l’histoire. Chaque régime politique est cité, et les hommes les plus emblématiques de ces régimes, leurs contributions, ou tout simplement leurs responsabilités devant le chaos, l’impasse et la précarité auxquelles ont été maints fois innocemment victime le peuple. Précisément, il s’agit pour l’auteur dans une position d’historien d’appeler chien par chien et chat par chat, par rapport aux alliances que témoigne l’histoire. Pour ce faire, il accuse tous les acteurs politiques d’être responsables de l’effondrement du Congo. Ainsi, qu’il s’agisse du régime de Fulbert Youlou, ou de Denis Sassou Nguesso actuellement, l’homme politique au lieu d’être au cœur des prises de consciences et l’éclairage continu du peuple, se fait malheureusement un destructeur des valeurs nationales.

Les six parties du texte peuvent être structurées thématiquement en trois points. De la première à la troisième partie, précisément «  la question nationale », « l’édification de l’état-nation », et «  innovation institutionnelle pour un état-nation démocratique », se posent de façon  globale la question nationalitaire. L’avènement du nationalisme sur toutes ses formes. L’auteur essaie d’analyser à partir de cette histoire congolaise  à partir de 1956, les mécanismes pouvant favoriser la construction de la nation congolaise. Entendons par là, l’idéal commun qui permet l’édification du Congo sur tous les plans, en recherchant justement l’harmonie sociale et la liberté des peuples à partir de la dénonciation de certaines antivaleurs qui feignent ce développement. C’est le cas par exemple du tribalisme dont il dénonce les méfaits et  considère comme un comportement néfaste  et barbare. Cette pratique du tribalisme est largement évoquée dans le texte, tout en montrant qu’elle engage tout congolais. A cet effet, l’auteur affirme : « le tribalisme est donc un système auquel nous sommes tous partie prenante. Aujourd’hui c’est vous, demain c’est nous » (p.23). Cette affirmation sur la portée générale de ce comportement, renseigne sur une impartialité du jugement, et donne à lire la fermeté de l’auteur de le condamner. Cette irresponsabilité gouvernementale est multiforme et alterne d’un régime à un autre. Il suffit d’observer les régimes politiques qui se sont succéder dans l’histoire pour s’en convaincre.

La quatrième partie analyse les bases fiables du développement du Congo : « Cap vers le développement » Dans cette partie, l’auteur fait un balisage notionnel du concept « développement » et en propose un modèle efficace  pour le Congo. Ce développement aurait pour socle, la grande place de l’état en tant que moteur, le choix et la bonne utilisation ressources humaines.

Enfin, la cinquième et sixième parties, «  le mal du Congo, c’est sa classe dirigeante », et «  au bout de ce regard, que dire ? Ce qu’on peut dire et retenir », servent de conclusion à l’ouvrage. Il est question de s’auto-évaluer et de voir comment le développement longtemps souhaité est-il possible. En  tout sans parti pris, l’auteur condamne l’irresponsabilité et « l’incurie » de la classe dirigeante.

Par ailleurs, il serait important de lire cet ouvrage sans avoir à l’idée  la personnalité de son auteur, sans tenir compte des polémiques qui peut susciter son rôle dans l’histoire. Car cet ouvrage développe des problématiques importantes pour la jeunesse actuelle surtout dans son cheminement vers le progrès.  Il faut aussi souligner que Martin Mberi n’a cessé jusqu’alors d’écrire sur le Congo. Il a dans la même optique, écrit : «  Démocratie congolaise et la question électorale (2013), L’an 2016 au cœur de la politique  congolaise (2013) et Sauvons la République ! De la République des ethnies à la république des citoyens (2015).

rosinloemba@gmail.com

[1]Maître Martin MBERI, Congo-Brazzaville. Regard sur 50 ans d’indépendance nationale (1960-2010), Brazzaville, L’Harmattan-Congo, 2011.

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