Congo-Brazza: les masques tombent

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Jean Sylvestre ITOUA

TRIBUNE. Plusieurs partis politiques qui s’étaient pendant longtemps couverts d’un faux masque en se faisant passer, les uns pour des partis du centre, les autres pour des partis de l’opposition,viennent de jeter bas leurs masques.

Le Congo-Brazzaville va mal, voire très, très mal. Pour reprendre la belle formule de la rue congolaise : « il est sous terre ». A de très rares exceptions, la classe politique qui devrait servir de levier du redressement national, a malheureusement versé dans la politique du ventre et se compromet chaque jour davantage avec le pouvoir de Brazzaville, le principal responsable de la faillite actuelle du pays. Aujourd’hui, avec l’approche de l’élection présidentielle de 2021, les masques tombent.

Ainsi, plusieurs partis politiques qui s’étaient pendant longtemps couverts d’un faux masque en se faisant passer, les uns pour des partis du centre, les autres pour des partis de l’opposition, viennent de jeter bas leurs masques. En effet, des partis qui se donnaient à voir à cor et à cri comme des partis du centre, c’est-à-dire, qui disaient n’appartenir ni à la mouvance présidentielle, ni à l’opposition, avancent désormais à visage découvert et révèlent au grand jour leur vraie appartenance politique.

Dans ce cadre, sans porter le moindre gant, la plateforme des partis politiques du centre, dirigée par l’ancien syndicaliste, Jean-Michel Bokamba Yangouma, a annoncé, tambour battant, au sortir d’une réunion avec le secrétariat du bureau politique du PCT, son soutien à la candidature à l’élection présidentielle de 2021, du candidat du pouvoir, le président Denis Sassou Nguesso.

Peu de temps avant, au nom de leur tendance respective, d’autres leaders des partis du centre, notamment le député de Ngo et le président du parti : « le Congo en marche » avaient déjà apporté leur soutien au candidat du PCT. Quant au Copar du ministre de l’Enseignement technique et professionnel, Nick Fylla, on sait dans quelles eaux nauséabondes, il nage.

Plus aucun doute n’est permis : les partis politiques congolais qui se réclament du centre ne trompent plus personne ; ils sont bel et bien ancrés à la mouvance présidentielle, aux côtés de leur chef de file, le PCT. Comme dit le proverbe : « dis-moi qui tu hantes, je te dirai qui tu es » ou encore « qui s’assemblent, se ressemblent ».

Du côté de l’opposition, les masques sont également tombés. En effet, le chef de l’opposition choisie, monsieur Pascal Tsaty Mabiala a mis lui aussi les pieds dans le plat. Au cours d’une conférence de presse tenue à Brazzaville dans la deuxième quinzaine du mois de janvier 2020, pour tenter de justifier sa proposition très contestée, visant à proroger de deux ans, le mandat du président congolais, le Premier secrétaire de l’UPDS a déclaré : « … je propose la prorogation de deux ans du mandat du président de la République en exercice. Il ne s’agit pas de n’importe qui. Il s’agit du président Denis Sassou Nguesso qui est le porte étendard de la paix, de la démocratie et des libertés en Afrique ».

Cette déclaration, pour le moins surprenante et étonnante de la part d’un soi-disant chef de l’opposition a suscité la colère des responsables de la vraie opposition. Ainsi, monsieur Mathias Dzon, président du Collectif des partis de l’opposition congolaise a indiqué que : « la proposition de Tsaty Mabiala est une catastrophe, car, elle équivaut à une prolongation de la crise multidimensionnelle qui traverse actuellement le Congo et donc à une aggravation de la situation sociale tragique des populations congolaises ».

De son côté, madame Claudine Munari, présidente du Front de l’opposition congolaise s’est demandée dans quel pays a-t-on vu celui qui est censé être le chef de l’opposition, encenser le pouvoir ? Dans son propre parti, l’UPADS, le Premier secrétaire, Pascal Tsaty Mabiala a été accusé de trahison par plusieurs militants, dont son adjoint, le colonel à la retraite, Emmanuel Boungouandza, deuxième personnalité du parti.

D’autres responsables de l’opposition choisie ont à leur tour suivi la voie tracée par Pascal Tsaty Mabiala. C’est le cas de monsieur Paul-Marie Pouelé, président du parti des Républicains et de monsieur Mboussa Ella, président du Comité d’action pour la République (CAR) qui, au cours d’interventions publiques, ont repris à leur compte la funeste proposition de Pascal Tsaty Mabiala. Dans la même veine, des appendices du PCT que l’on nomme par abus de langage, « organisations de la société civile », ont emboîté le pas aux partis du centre. C’est le cas de l’association « L’œil du peuple » qui a annoncé sans surprise sur les antennes de Vox TV, son soutien au candidat du PCT à l’élection présidentielle de 2021.

Comme on peut le constater, à l’approche de la prochaine élection présidentielle, le paysage politique congolais s’éclaircit. Les tortues à double carapace se démasquent. Pendant ce temps, le pouvoir de Brazzaville, incapable d’apporter la moindre solution à la crise actuelle et d’appliquer les 48 mesures du programme qu’il a signé avec le FMI, continue de rejeter catégoriquement le dialogue politique national inclusif, seule vraie solution de sortie de crise.

Dans le dessein de se maintenir à la barre par la force des armes, la corruption et la tricherie électorale, il prépare actuellement un nouveau monologue dans le cadre du Conseil national du dialogue, à l’instar des monologues de Brazzaville en 2009, d’Ewo en 2011, de Dolisie en 2013, de Sibiti en 2015 et de Ouesso en 2017.

Pour sa part, le PCT, miné par des contradictions internes devenues antagonistes, fait de l’élection présidentielle de 2021 la priorité des priorités, au mépris de la grave crise multidimensionnelle qui étrangle le Congo, et espère ainsi, conserver le pouvoir à la faveur d’un nouveau coup de force électoral en 2021, comme ce fut le cas en mars 2016. Du fait du blocage politique actuel du pays par le pouvoir, le Congo est aujourd’hui assis sur un volcan qui menace d’exploser à tout moment. Or, le Congo a besoin d’apaisement.

Dans ce contexte général, les forces politiques et sociales saines, qui œuvrent réellement pour une alternance démocratique et pacifique ont l’impérieux devoir de manifester clairement un engagement politique fort et de travailler patiemment au rassemblement sans exclusive de tous les patriotes, républicains et démocrates congolais sincères, en vue de promouvoir dans l’unité, une gigantesque mobilisation populaire, arme ultime, pour contraindre le président congolais à accepter enfin de convoquer un vrai dialogue politique national inclusif qui constitue aujourd’hui, une urgence politique nationale et un sésame pour sortir le Congo du chaos actuel.

Jean sylvestre ITOUA (lapagedeluprn)

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