BAM table sur une contraction plus prononcée de l’économie nationale en 2020 (Maroc)

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Abdellatif Jouahri

Les prévisions pessimistes se succèdent au fil des mois, depuis l’avènement en mars dernier de la pandémie de Covid19 dont les effets ont fortement impacté certains secteurs de l’économie nationale.

Après le Haut-commissariat au plan (HCP), qui prévoyait en juillet dernier une décroissance de 5,8% pour cette année et les perspectives alarmantes du Centre marocain de conjoncture (CMC) tablant sur une récession de 6,2%, Bank AlMaghrib annonce, à son tour, une récession bien plus sévère.

En effet, selon le scénario de base retenu par la Banque centrale, l’économie nationale devrait connaître une contraction de 6,3% au lieu de 5,2% prévu en juin dernier avec des reculs de 5,3% de la valeur ajoutée agricole et de 6,3% de celle des secteurs non agricoles.

«La prévision annoncée en juin a été ajustée à la baisse au regard du redémarrage plus lent que prévu de l’activité, de la mise en place de certaines restrictions locales ou sectorielles suite à la recrudescence des infections, ainsi que de la poursuite de la fermeture quasi-totale des frontières pour les voyageurs», a expliqué le wali de Bank Al-Maghrib, Abdellatif Jouahri.

Mais en dépit de prévisions pessimistes, l’économie marocaine devrait retrouver une meilleure santé en 2021. Ainsi, «le PIB rebondirait de 4,7%, porté par une hausse de 12,6% de la valeur ajoutée agricole, sous l’hypothèse d’une récolte céréalière de 75 millions de quintaux, et par une amélioration de 3,7% de celle non agricole», a-t-il indiqué à l’issue de la troisième réunion trimestrielle de l’année du Conseil de Bank Al-Maghrib.

Le wali de BAM a toutefois prévenu que «ces perspectives qui restent entourées d’un niveau exceptionnellement élevé d’incertitudes liées notamment à l’évolution de la pandémie, à l’ampleur de ses retombées ainsi qu’au rythme de la reprise, vont devoir être régulièrement actualisées ».
Mais avant cela, Abdellatif Jouahri s’est exprimé sur la décision de BAM de maintenir le taux directeur inchangé à 1,5%, après avoir considéré que «les conditions de financement de l’économie restent adéquates».

Pour en arriver à cette décision, le Conseil a analysé lors de sa réunion les développements de la conjoncture économique et sociale et les projections macroéconomiques à moyen terme de la Banque en précisant que ces dernières ont été ajustées par rapport à l’édition de juin à la lumière des données disponibles, de l’évolution de la situation sanitaire et de la réponse des autorités.

Il s’est enquis par la suite de la transmission des décisions de politique monétaire prises depuis le début de la pandémie pour soutenir le financement de l’économie, atténuer l’impact de la crise et favoriser la relance, ainsi que du bilan des différentes mesures adoptées par le Comité de veille économique, a relevé BAM dans un communiqué.

Pour l’ensemble de l’année, les prévisions de BAM sur le plan des comptes extérieurs indiquent que «les exportations devraient baisser de 16,6% avant d’augmenter de 22,4% en 2021, portées en particulier par la progression prévue des expéditions du secteur automobile» ajoutant, en parallèle, que les importations de biens se contracteraient de 17,4% avant de s’accroître de 17% en 2021.

De leur côté, «les recettes de voyage ressortiraient en forte diminution, passant de 78,8 milliards de dirhams en 2019 à 23,9 milliards en 2020 et rebondiraient à 49,1 milliards en 2021», selon la Banque centrale relevant que les transferts des MRE bien que plus résilients à la crise, accuseraient une baisse limitée de 5% à 61,5 milliards avant de s’améliorer de 2,4% à 63 milliards en 2021.

Si l’on tient compte des rentrées de dons à hauteur de 7,2 milliards de dirhams en 2020 et de 2,6 milliards en 2021, «le déficit du compte courant devrait se creuser à 6% du PIB en 2020, au lieu de 10,3% prévu au mois de juin, et s’alléger à 5,2% du PIB en 2021», a prévenu Bank Al-Maghrib.

A noter que les entrées d’IDE reculeraient à l’équivalent de 1,5% du PIB cette année, contre 2,9% du PIB en 2019, avant de revenir en 2021 au niveau moyen observé avant la crise. Et que « l’encours des avoirs officiels de réserve avoisinerait 294,7 milliards de dirhams à fin 2020 et 289 milliards à fin 2021, soit une couverture autour de 6 mois et 20 jours d’importations de biens et services ».

Autres prévisions, celles de l’encours du crédit bancaire au secteur non financier qui devrait enregistrer une progression autour de 4% en 2020 et en 2021, alors que le repli des taux débiteurs devrait se poursuivre « au regard de la réduction de 50 points de base du taux directeur opérée en juin et de la mise en place de dispositifs de garantie pour le financement de la relance à des conditions indexées sur ce taux », a expliqué BAM.

Après une appréciation de 1,1% en 2019, le taux de change effectif réel devrait se déprécier de 0,8% en 2020 et de 2% en 2021, résultat d’une dépréciation en termes nominaux ainsi que d’un niveau d’inflation domestique inférieur à celui des pays partenaires et concurrents commerciaux.

Sur le plan des finances publiques, le déficit budgétaire, hors privatisation, devrait s’aggraver de 4,1% du PIB en 2019 à 7,9% cette année, avant de s’atténuer à 5,1% en 2021. Tandis que la dette du Trésor augmenterait de 65% du PIB en 2019 à 76,1% en 2020 et se situerait à 75,9% en 2021.

Alain Bouithy

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