Appel du Conseil Mondial de la Diaspora Congolaise pour une transition exceptionnelle urgente en République Démocratique du Congo

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TRIBUNE. Appel du Conseil Mondial de la Diaspora Congolaise (CMDC) pour une transition exceptionnelle urgente en République Démocratique du Congo.

Peuple Congolais,

Peuple grand, fier et debout,

Congolaises, Congolais,

Jeunesse congolaise,

Amis du Peuple Congolais,

La trompette de l’histoire a sonné pour le Peuple Congolais et la République Démocratique du Congo, notre beau pays. 59ans après l’accession de notre pays à l’indépendance, nous sommes toujours à la case du départ. Le décor est désormais planté pour l’aboutissement de la balkanisation de notre pays entamé depuis 1960. C’est une question de vie ou de mort, ou nous sauvons notre pays, ou le Grand Congo disparait avec notre disparition comme peuple. Il n’y a pas d’autre compromis possible. C’est l’enjeu majeur du moment. Depuis le départ du pouvoir en 1997 du Président Mobutu Sese Seko, nous avons tous été incapables de créer un nouveau Congo. Globalement, l’élite congolaise a lamentablement échoué. L’humilité oblige qu’elle accepte son échec et en tire les grandes leçons pour bâtir un nouvel avenir. Il nous faut donc un nouveau rendez-vous de l’histoire pour sauver notre peuple et notre pays en grave danger.

    La République Démocratique du Congo (RDC) n’est pas encore sortie de sa grave crise multiforme qui n’est pas une crise d’origine électorale. La crise électorale n’en est qu’une des émanations. L’élection du nouveau bureau du Sénat et la sortie prochaine du Gouvernement FCC-CACH ne changeront pas cette situation. Que tous les Congolais sachent aujourd’hui que personne n’a gagné et personne n’a perdu, mais bientôt nous allons  tous  perdre notre peuple et notre pays. Toutes les vraies forces vives congolaises doivent se retrouver d’urgence autour d’une table, dans un contexte et un cadre exceptionnels et justes, pour un Nouveau Pacte National politique, social, sécuritaire, économique, culturel et environnemental.

    Notre pays a pris un mauvais départ depuis les élections injustes, criminelles et clientélistes de 2006. Le processus électoral qui vient de se tenir en décembre 2018 et au début de 2019 est un des processus électoraux les plus cyniques et  iniques de l’histoire des peuples et des nations au 21ème siècle.  Les invalidations et revalidations des députés par la Cour Constitutionnelle illustrent le niveau de la corruption de toutes les institutions congolaises et la non viabilité des arrêts de cette Cour. Il est impossible de faire sortir notre pays de sa longue crise par la fraude, les mensonges, les deals secrets, la corruption, les crimes organisés, le tribalisme, le terrorisme, les viols massifs des femmes et enfants, l’appauvrissement scandaleux de la population, les vols et le pillage de nos richesses naturelles.

     Le jeu politique ne fonctionne plus. Le microcosme a perdu la capacité d’invention. D’où l’intérêt d’associer la grande et nouvelle société civile, la femme et la jeunesse. Le spontanéisme social peut d’un coup tout balayer sur son chemin. Et le Congo risque de devenir un pays jeté dans la rue au moment où les gens sont en train de dépecer le Congo pour satisfaire leurs ambitions et intérêts strictement personnels. L’avenir de notre pays ne peut pas se construire sur les arrêts iniques et clientélistes de notre Cour Constitutionnelle engagée dans les jeux obscurs de validation,  d’invalidation et de revalidation des candidats.

  1. Toutes les tentatives de sortie de la grave crise de notre pays appellent une transition exceptionnelle qui ne  sera pas comme les transitions antérieures

       Le bilan désastreux de notre crise qui s’aggrave sans cesse doit interpeller notre conscience. Il y a déjà plus de 8.000.000 de morts, plus de 5.500.000 de Congolaises et Congolais (une population supérieure à celle du Congo-Brazzaville) déplacés de force et vivant comme des réfugiés abandonnés sur le sol de nos ancêtres, plus de 2.000.000 de femmes et enfants violées et traumatisées, des millions de Congolais poussés à l’immigration sauvage. Et le Peuple Congolais est parmi les deux peuples les plus pauvres de l’humanité. Le massacre institutionnalisé et accéléré de la population congolaise à l’est de la République Démocratique du Congo est un signal terrible et inquiétant.

      Toutes les transitions réduites au simple schéma électoral ont échoué dans notre pays depuis la Conférence Nationale Souveraine (CNS) (07 août 1991-06 décembre 1992). Un peuple qui oublie son histoire est un peuple condamné à la disparition et exclu de l’histoire des peuples et nations libres, stables et prospères. Notre pays reste toujours un pays en transition depuis le 24 avril 1990. Le tennis politique injuste, inadapté et déséquilibré, lancé depuis le 24 avril 1990, est toujours en vigueur dans notre pays. Le deal secret signé par le FCC et le CACH en décembre 2018 est le point culminant de ce tennis politique. Tout processus fondé sur la corruption, le mensonge, la fraude, la duplicité et les crimes organisés est un processus qui conduit inévitablement au chaos. Le deal de FCC avec CACH, vecteur de blocages et de cacophonies, n’amènera ni la paix ni la stabilité, et ne garantit la sécurité de personne en instrumentalisant dangereusement une partie de notre jeunesse. Ce deal n’ira donc pas au bout en dépit de l’appui extérieur. Il faut donc anticiper, car diriger c’est savoir lire les signes des temps et anticiper.

    Le combat pour la vérité des urnes, combat noble de la justice, appelle aussi une transition. Avec le tennis politique en vigueur dans notre pays, il est impossible de faire aboutir cette vérité des urnes par la voie de la justice. Pour les résistants, il faut se fonder sur l’article 64 de la Constitution pour une sortie définitive de crise. Nous apprécions le travail difficile de résistance, car il faut résister contre le mal et non se coaliser avec le mal. Le peuple a le devoir de s’opposer à tout pouvoir qui viole la Constitution.

    Une nouvelle forme terrible de terrorisme risque de balayer les intérêts de tout le monde, y compris ceux des puissances traditionnelles et émergentes et des multinationales. L’appui militaire de pays voisins ne résoudra pas cette grave crise, au contraire va l’enflammer à leurs propres risques de déstabilisation. Cela pourrait créer un grave climat des vengeances et des règlements des comptes. L’explosion ou la balkanisation du Congo sera une explosion inattendue de toute la région des Grands Lacs et de l’Afrique. Que les Nations Unies, l’Union Européenne, l’Union Africaine, l’OTAN, l’Organisation Internationale de la Francophonie, la CIRGL et la SADC évitent de tomber dans un piège qui va tous nous accabler.

Peuple Congolais,

Congolaises, Congolais,

Jeunesse congolaise,

    Diriger, c’est savoir lire les signes des temps et anticiper. Il nous faut donc d’urgence une transition exceptionnelle pour éviter la disparition imminente de notre pays. Ou nous continuons dans la voie actuelle et nous mourrons tous, ou nous faisons un stop pour  prendre ensemble une nouvelle et bonne direction. Il faut donc le sacrifice de tout le monde pour que nous puissions tous désormais nous mettre du bon côté de l’histoire. Il s’agit d’une transition entre l’ancien Congo, qui doit se terminer maintenant, et le nouveau Congo qui doit commencer dans le cadre d’un Nouveau Pacte National politique, sécuritaire, économique, social, culturel et environnemental. Ce ne sera plus une transition clientéliste de partage des postes. Ce sera une transition où la société civile, la jeunesse, la femme, la diaspora congolaise devront jouer un grand rôle.

2. Un cadre approprié d’une Transition exceptionnelle en République Démocratique du Congo est déjà préparé

    Il est impossible de présenter toutes les options de la  transition dans le présent appel. Le Conseil Mondial de la Diaspora Congolaise (CMDC) est engagé pour la sortie de notre pays de la crise en tenant compte des intérêts en présence et des jeux des acteurs nationaux et internationaux.

2.1 Les urgences d’une transition exceptionnelle

  • Se mettre ensemble pour inventer un nouveau Congo, un Grand Congo digne de nos ancêtres, martyrs et héros.
  • Mettre véritablement et de manière originale la République Démocratique du Congo sur les rails des Etats de droit modernes en jetant les bases de la refondation de la nation congolaise. Il faut mener toutes les réformes urgentes de l’Etat.
  • Réaliser un audit complet de l’Etat et de toutes les institutions, y compris l’audit de la Commission Nationale Electorale Indépendante (CENI) et de la Cour Constitutionnelle. Audit réalisé par des cabinets indépendants outillés.
  • Réinstaurer l’autorité de l’Etat sur toute l’étendue du territoire national, anéantir tous les groupes armés et milices, reformer en profondeur l’armée, la police et les services des renseignements pour défendre l’intégrité territoriale et la sécurité des personnes et des biens.
  • Arrêter le développement d’une nouvelle forme de terrorisme qui a pris racine et qui va faire exploser bientôt notre pays et toute la région.
  • Etablir un pont ou une solide charnière entre l’ancien Congo, entendu l’ancien système qui a détruit notre pays et qui doit se terminer maintenant, et le nouveau Congo, un Congo solide, stable, uni, prospère, libre et solidaire, fondé sur la Justice qui élève une nation et affermit le pouvoir.
  • Organiser l’identification de la population par l’organisation d’un recensement national scientifique. Identification précise de tous les étrangers vivant au Congo dans le cadre de la formulation d’une nouvelle loi sur l’immigration.
  • Restructurer en profondeur la Commission Electorale Nationale Indépendante et de la Cour Constitutionnelle. Désigner de nouveaux juges de la Cour Constitutionnelle restructurée. Mettre en place une nouvelle formule de la CENI avec de nouveaux responsables. Promulguer une nouvelle loi électorale.
  • Introduire le génie congolais et la sacralité congolaise dans la Constitution de la République Démocratique du Congo. Cette Constitution contient des dispositions qui consacrent des conflits d’intérêts, une certaine impunité, le clientélisme et une vision inadaptée du Congo conçu  comme un  Etat curieusement sans  identité. Deux  lacunes graves  se  remarquent  dans cette Constitution, à savoir l’absence du génie congolais et de la sacralité congolaise. La Constitution est le fruit du génie d’un peuple par rapport à son identité profonde et incontournable, à ses réalités et aux grands enjeux mondiaux de paix, de justice, de liberté, de solidarité, de prospérité et de sécurité. Ce qui illustre l’importance de l’exception culturelle dans la vision de la Nation et de l’Etat Congolais.
  • Sortir définitivement la République Démocratique du Congo de la tragicomédie des élections iniques, cyniques et criminelles, des élections de nomination des candidats par le pouvoir au détriment de la volonté du peuple. La transition exceptionnelle devra se terminer par l’organisation historique des élections incontestées et incontestables, en commençant par les élections locales. On ne commence jamais la construction de la maison par la toiture.  Il ne s’agit pas simplement d’organiser des élections crédibles, libres, transparentes et justes, mais avant tout et surtout de mettre en place une tradition des élections transparentes, libres, justes, adaptées, incontestées et incontestables puisant dans notre identité profonde.
  • Jeter enfin les bases qui permettent de résoudre définitivement le paradoxe d’un pays potentiellement très riche et dont les habitants sont parmi les plus pauvres de l’humanité. Toutes les conditions de décollage économique devront être réunies par la formulation d’une nouvelle politique économique et financière. Il faut arrêter une nouvelle politique ambitieuse de création des richesses.
  • Assurer, dans un cadre juste, équilibré et cohérent, la sécurité de l’ancien Président de la République, de ses membres de famille et de ses collaborateurs, ainsi que la sécurité de leurs biens. Asseoir un Etat qui protège tout le monde dans le cadre de la justice.
  • Mettre en œuvre un Programme triennal d’urgence politique, sécuritaire, sociale, économique, culturelle et environnementale. Mettre en place d’urgence les institutions de la transition, à savoir : le Gouvernement, le Parlement, la Constituante et les organes d’appui à la démocratie.

2.2. Durée de la transition : 36 mois.

2.3. Du Gouvernement de Transition

   Sous réserve d’améliorations futures du cadre, des consultations menées depuis 2017, la formule la plus proposée est celle d’un Président de la République avec deux Vice-Présidents. Il s’agit de :

  • Le Président de la Transition, Président de la République ;
  • un Vice-Président chargé des Réformes institutionnelles,  de la Réconciliation et de la Reconstruction Nationales ;
  • un Vice-Président chargé de l’Identification, de la Défense et de la Sécurité Nationales.

   Le Gouvernement de Transition sera chargé de la mise en œuvre d’un Programme d’urgence politique, sécuritaire, sociale, économique, culturelle et environnementale. Ce qui est le plus important, c’est le profil des personnalités qui doivent codiriger la transition. La transition exceptionnelle devra être codirigée par une personnalité de la diaspora qui sera au cœur de la vision de ladite transition.

2.4. Du Parlement de Transition

. Sous réserve d’améliorations futures du cadre, le Parlement de Transition de 500 membres devra être mis en place pour remplacer le Sénat et l’Assemblée Nationale, totalement déséquilibrés et globalement nommés, qui doivent être dissous. La composition sera la suivante dans un processus exigeant de justice et de réconciliation :

  1. 100 représentants de la Société Civile ;
    1. 100 représentants du CACH ;
    1. 100 représentants du FCC ;
    1. 100 représentants de LAMUKA ;
    1. 100 représentants de la diaspora congolaise.

   Des critères rigoureux seront appliqués pour le choix de membres des institutions de la transition.  Il sera tenu compte de l’incitation des jeunes et des femmes à la responsabilité politique, de la représentativité de toutes les couches de la société. Ce sont des fils et filles méritants du pays qui seront appelés à la responsabilité. Le Parlement de Transition devrait être dirigé par une personnalité émérite de la société civile.

2.5. De la Constituante

     La mise en place d’une Constituante pour analyser à fond toutes les dispositions  conflictuelles dans la Constitution. Un Pacte National de la Transition (PNT) sera pris pour couvrir les aspects de la transition exceptionnelle non prévus dans la Constitution. Ce qui contribuera ainsi à donner une nouvelle intelligence pour des réformes constitutionnelles futures.  Le génie congolais et la sacralité congolaise devront être introduits par la suite dans cette Constitution. Quatre grands éminents juristes et philosophes politiques congolais sont identifiés pour diriger la Constituante.

2.6. Des organes d’appui à la démocratie

     Une réforme de fond en comble s’impose pour les institutions d’appui à la démocratie, à savoir la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI) et le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel Congolais (CSAC) pour l’organisation des élections irréprochables à tous les niveaux. Des états généraux des élections en République Démocratique du Congo seront organisés pour évaluer objectivement le processus électoral et proposer des réformes urgentes et profondes de la CENI dans ses structures, son fonctionnement et sa composition. Il n’y a pas de vraie démocratie sans la défense des droits de l’homme et notamment de la liberté d’expression, d’opinion et d’association. La liberté de la presse est essentielle dans un système démocratique. Il faudra repenser totalement le fonctionnement du Conseil Supérieur de l’Audiovisuel Congolais (CSAC) afin de donner à tous sans exception les mêmes chances et droits d’accès aux médias tant publics que privés.

3. Le Conseil Mondial de la Diaspora Congolaise (CMDC) est avec le Peuple Congolais

   Le Conseil Mondial de la Diaspora Congolaise (CMDC) salue le travail remarquable réalisé par toutes les forces vives congolaises dans la diaspora et au pays dans leurs propositions de voies de sortie de notre pays de sa grave crise. Il salue le travail de résistants, de différentes plateformes de la diaspora, des acteurs politiques, sociaux et indépendants engagés dans la sortie de crise de notre pays.  Le Conseil Mondial de la Diaspora Congolaise (CMDC) appelle d’urgence le Peuple Congolais à un nouveau rendez-vous de l’histoire pour sauver notre pays, la République Démocratique du Congo, qui risque de disparaître bientôt. Mettons-nous tous debout ensemble pour sauver notre pays et notre peuple.

Que Dieu bénisse le Peuple Congolais et la République Démocratique du Congo sauvée.

Ainsi fait à Paris, le mardi 30 juillet 2019

Pour le Conseil Mondial de la Diaspora Congolaise, Armand MAVINGA TSAFUNENGA Président Exécutif

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