Akinwumi Adesina, président de la BAD: « dans sa forme actuelle, l’université africaine est une usine à fabriquer des chômeurs »

Environ 580 millions de jeunes Africains sont en effet attendus sur le marché de l’emploi d’ici à 2050.

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Akinwumi Adesina, Président de la Banque africaine de Développement (BAD).

Considérant que la qualité de la formation en Afrique est un des préalables à l’accélération de l’industrialisation du continent, Akinwumi Adesina pense que « nous devons rapidement sortir d’une université africaine qui forme des chômeurs pour aller vers des institutions universitaires d’où sortent de cadres avec des profils en adéquation avec les besoins de nos économies ».

Le président de la Banque africaine de développement, qui s’est ainsi exprimé à la veille de l’ouverture des 53 è Assemblées annuelles de la Banque (21 mai), en Corée du Sud, a aussi estimé que « ce ne sont pas les matières premières qui permettront à l’Afrique de se développer. Ce sera plutôt l’industrialisation du continent ».

Mais pour réussir cette industrialisation, le patron de la BAD a estimé que l’Afrique a besoin de ressources humaines de qualité.

Selon lui, à trop miser sur l’exportation des matières premières, les pays africains n’ont pas réussi à enclencher le cycle vertueux du développement et à lutter efficacement contre la pauvreté.

« L’effondrement récent des cours des matières premières a mis en évidence la vulnérabilité des économies africaines. Il a surtout aggravé la pauvreté sur le continent. L’avenir de l’Afrique passe par une industrialisation accélérée. Une industrialisation qui passe nécessairement par des cadres bien formés », a ajouté Adesina.

Bien qu’elle abrite 65% des terres arables dans le monde, l’Afrique continue d’importer chaque année près de 35milliards de dollars de denrées alimentaires. Le produit intérieur brut (PIB) par habitant est de l’ordre 700 dollars à l’échelle continentale.

Expérience coréenne

« L’exportation des matières premières ne peut pas produire de la valeur ajoutée pour les économies africaines. Nous avons plutôt besoin d’industries manufacturières, de jeunes africains bien formés pour accompagner cette industrialisation accélérée », a insisté le président de la Banque.

Et Adesina d’ajouter : « Nous avons besoin de faire de l’Afrique un hub mondial du savoir. Nous avons besoin que notre continent réussisse la 4è révolution industrielle. Ce qui suppose que nous investissions dans les hautes technologies, dans l’intelligence artificielle ainsi que l’informatique de pointe ».

Outre le changement de paradigme dans la formation universitaire, l’Afrique souhaite s’inspirer de l’expérience coréenne pour réussir son industrialisation.

Il y a une cinquantaine d’années, la Corée présentait les mêmes réalités économiques que certains Etats africains.

Le pays est devenu la dixième économie mondiale grâce à des investissements conséquents dans les secteurs de l’Education, de la formation, des sciences et technologies ainsi que l’industrialisation.

Soulignons que la Banque africaine de développement s’est engagée à Busan à investir quelque 35 milliards de dollars dans les dix prochaines années dans l’industrialisation de l’Afrique afin de permettre au continent de répondre à l’arrivée massif des jeunes sur le marché de l’emploi.

Environ 580 millions de jeunes Africains sont en effet attendus sur le marché de l’emploi d’ici à 2050.

« La seule façon de relever cet immense défi, c’est l’industrialisation de l’Afrique. Cette industrialisation n’est pas un choix, c’est notre seule voie de salut, si nous voulons nous en sortir », a réaffirmé Akinwumi Adesina.

Avec BAD

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