ACTUALITE LITTERAIRE. ANTHOLOGIE : Dis à la nuit qu’elle cache son visage (1) ou l’autre versant de la poésie en langues congolaises.

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Liss Kihindou et Frédéric Ganga

Une trentaine d’auteurs et une centaine de textes en langues vernaculaires et nationales qui nous font entrer dans les réalités poétiques que les écrivains ont pu tirer de l’urne de nos terroirs.

Si les textes en lingala et munukutuba paraissent plus audibles pour 90% des Congolais, ceux qui épousent le terroir profond appellent à aller vers leurs traductions en français pour les saisir comme un tout textuellement poétique. Ici se pose le problème de la traduction qui écorne la quintessence lyrique et naturelle de notre « congolité ». Aussi, se remarque « la nuit qui cache son visage » et que l’on arrive quand même à éclairer par l’intertextualité orale que tissent nos langues à travers notre métissage linguistique. Comme le signifie l’un des auteurs de et ouvrage dans sa préface, « quelques tentations de publication de textes bilingues existent et témoignent d’un réel désir, de la part des auteurs de transmettre des émotions et de réflexions directement dans des langues congolaises, mais ces tentatives demeurent bien marginales ».

Cette première tentative s’avère nécessaire. Certains auteurs ont eu le courage d’écrire en une langue orale dont la grammaticalité et les mouvements sémantiques n’ont jamais été enseignés comme l’est le français. Il faut les féliciter pour cet exercice combien louable, surtout que certaines traductions en français sont aléatoires car difficile de trouver l’équivalence psycholinguistique du poème. La traduction de la réalité congolaise en réalité française passerait sans pour autant trahir la poétique initiale de la langue du terroir. Comme on le dit souvent « qui embrasse trop, mal étreint » ; il serait souhaitable pour la suite de ce travail, combien important pour notre dimension culturelle, de se concentrer sur nos deux langues nationales : le lingala et le munukutuba pour toucher un grand nombre de Congolais. N’en déplaise  à certains auteurs qui peuvent penser que nos vernaculaires tels le Lari, le Koyo, le Vili, le Bembé… sont moins importants que le lingala et le munukutuba. Ce n’est qu’une réalité linguistique que nous a imposée à dessein le politique en les programmant dans nos médias nationaux tels la radio et la télévision.

En nous révélant cette richesse poétique du terroir à travers Dis à la nuit qu’elle cache son visage, les auteurs cités dans cet ouvrage ne nous rappellent-ils pas la léthargie des chercheurs de l’université Marien Ngouabi où nos deux langues nationales seraient enseignés. Et cela rappelle à certains d’entre nous des figures inoubliables tels les professeurs François Lumwamu, Paul Nzété et Auguste Miabéto, pour citer que ces trois noms.

Dis à la nuit qu’elle cache son visage, un ouvrage qui marque notre littérature très orientée vers la langue française. Aussi, une fois de plus nous citons l’écrivaine Liss Kihindou quand elle spécifie dans sa préface : « Certains poèmes ont directement été pensés dans une des langues du Congo, puis traduits en français, d’autres ont d’abord été écrits en français avant d’être traduits dans une des langues du Congo. (…) ».

Maintenant que nos langues semblent être valorisées, à nous d’en faire la promotion pour que notre littérature trouve une autre dimension sociale, celle qu’elle a déjà dans la littérature orale comme la chanson.

Noël Kodia-Ramata

(1) Dis à la nuit qu’elle cache son visage (sous la direction de Liss Kihindou et Frédéric Ganga, éd. L’Harmattan, Paris, 2020, 23€.

(2) Liss Kihindou  est poétesse, romancière, nouvelliste et critique littéraire. Elle est, avec Marie Louise Abia et Emilie Flore Faignond, l’une des rares Congolaises citée dans le Dictionnaire des œuvres littéraires congolaises, éd. Paari, 2009 et l’Anthologie analytique des écrivains de la nouvelle génération des écrivains congolais, éd. LC, 2018.Professeure de français et de latin, elle exerce en France.

(3) Frédéric Ganga,  bien que né en France, n’a pas oublié ses racines congolaises. Fondateur avec son épouse du Festival de Poésie Partagée de La Ciotat (2003-2018). Il y anime un café-poésie deux par mois au bar de la renaissance. Il est aussi membre de la Société des poètes français avec plusieurs recueils à son compte.

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