Les acteurs et réalisateurs de la diaspora africaine en Europe cherchent leur place

« L’industrie est juste intéressée par la vision de la réalité des blancs », affirme Santiago Zannou, réalisateur espagnol.

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Le Festival de Cinéma Africain de Tarifa-Tanger donne la parole à des artistes noirs de l’Espagne, du Portugal, du Royaume-Uni et de l’Italie. 

Modérés par la journaliste espagnole Lucia Mbomio, plusieurs des artistes noirs les plus renommés d’Europe se sont réunis à Tarifa, ville espagnole située à 14 kilomètres de la côte marocaine, pour discuter de leur situation dans différents contextes géographiques.

Samedi dernier neuf acteurs ont mis en commun des expériences, des problématiques et des défis dans le but de revendiquer la visibilité et la normalisation de la présence de comédiens d’origine africaine dans la production audiovisuelle de chaque pays représenté dans l’espace de formation et réflexion l’Arbre à Palabres du Festival de Cinéma Africain de Tarifa-Tanger 2018, célébré cette semaine.

Les afro-descendants espagnols ont eu une participation considérable au festival, comme illustré sur l’affiche de la 15ème édition du FCAT. Le protagoniste : Emilio Buale, le premier acteur espagnol d’origine africaine à avoir un rôle significatif dans un film Bwana (1996) du réalisateur Imanol Uribe.

D’ailleurs, Lucia Mbomio a rompu la glace du débat dénonçant que la plupart des acteurs noirs en Espagne sont attachés à représenter « des personnages hypersexualisés, des pauvres ou des soigneurs, entre autres ». Mbomio a dénoncé les productions espagnoles se déroulant dans une Afrique rurale qui ignore la vie urbaine des années de la lutte pour l’indépendance.

Ensuite, l’actrice hispano-marocaine Farah Hamed, née à Tétouan et grandie à Algésiras, a affirmé que: « la plupart des rôles que nous devons jouer représentent une réalité caduque ». Cependant, Hamed a reconnu que les choses ont changé dernièrement et les rôles deviennent plus réels et moins stéréotypés. Astrid Jones, espagnole d’origine de la Guinée Equatoriale, a avoué qu’elle a refusé de devoir être toujours attachée à « jouer l’immigrante, la prostituée ou la domestique », des personnages stéréotypés très éloignés de la réalité.

D’autre part, Iris Peynado, actrice dominicaine de 60 ans résidant en Italie, a mis en lumière l’aggravant de la couleur de la peau et du genre pour les artistes d’origine afro. Peynado avoue avoir eu une carrière couronnée de succès jusqu’au moment où elle est devenue plus âgée. Elle a déclaré que le seul espace pour les acteurs noirs dans ce pays est borné à représenter « la brésilienne ou la roumaine » et qu’il est ardu de convaincre les italiens qu’il « devrait y avoir d’autres rôles pour nous ».

Finalement, Ângelo Torres, acteur de São Tomé-et-Principe, résidant à Lisbonne, a proclamé que « le Portugal accepte que les noires restent dans l’exploitation agricole mais quand il faut les inviter à la casa grande (maison du maître), les problèmes arrivent ». En revanche, il a souligné que la situation des acteurs noirs au Portugal est très différente par rapport à d’autres pays européens. Torres a admis que les comédiens afro-descendants ont un lien plus étroit avec la production théâtrale ou cinématographique des pays lusophones que les espagnols ou les italiens.

Les réalisateurs afrodescendants en Europe

Newton I. Awaka, réalisateur nigérian, auteur de Rage, le premier film réalisé par un cinéaste noir dans l’histoire du cinéma britannique, affirme que l’Europe et les grands producteurs de l’industrie audiovisuelle et les systèmes publiques de financement du cinéma ont peur des cinéastes afro-descendants : « Ils craignent la voix des noirs, ils craignent qu’on dévoile notre vérité ».

Il a expliqué également qu’il ne s’agit pas d’un groupe de blancs conspirant pour empêcher que les noirs se fassent entendre, mais plutôt d’un racisme institutionnel qui se trouve dans l’inconscient des élites européennes du domaine de l’art et de la culture. « Ils ont peur simplement de notre regard sur la réalité ».

A son tour, Santiago Zannou, réalisateur de El truco del manco, lauréat de trois prix Goyas en 2009, a expliqué que « l’industrie est juste intéressée par la vision de la réalité des blancs ». Zannou a critiqué le long-métrage espagnol El cuaderno de Sara, inadmissible et offensif pour les africains par sa vision paternaliste et réductionniste sur l’Afrique, un monstre qui menace les blancs. Zannou a parlé de l’ignorance et du cynisme des grands groupes médiatiques espagnols. « J’ai présenté à une dame un projet d’un film que je voulais faire et la première des choses qu’elle m’a demandé : Mais penses-tu vraiment qu’il y-a-t-il du racisme en Espagne ? ».

Finalement, Fred Kudjo Kuornu, réalisateur italo-ghanéen, a expliqué qu’il a trouvé plus facile de tourner aux États-Unis qu’en Italie. Selon le réalisateur de Blaxploitalian, il est ardu d’obtenir des fonds du système publique de financement italien et qu’il est obligé d’autoproduire ses œuvres. Il a assuré également que les producteurs préfèrent des projets de cinéastes blancs et quand ils reçoivent ceux d’un cinéaste noir parfois ils ne les lisent même pas.

Cette édition de l’Arbre à Palabres se déroule dans le cadre du Programme ACERCA de l’Agence Espagnole de Coopération et Développement, AECID.

Avec FCAT

1 COMMENTAIRE

  1. La diaspora Africaine en Europe est une honte. Comment une structure credible si vraiment vous en êtes une peut dire que ces elections maliennes ont été bien organisées sans faire cas des fraudes massives. Juste honte à vous. Mais aux prochaines élections vous n’y serez pas car votre candidat IBK ne sera plus là. Trop indigne quoi.

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