Accord entre le FMI et le Congo: La joie des profiteurs habituels contraste avec le début du chemin de croix pour le peuple !

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TRIBUNE. « Ô Seigneur, accordez-nous la chance de recevoir les milliards du FMI, mais tout de suite ! », telle était la prière prononcée tous les jours par les tenants du pouvoir.

Le faux suspense qui durait depuis deux ans a connu son épilogue avec la signature de l’accord avec le FMI, permettant ainsi au Congo d’obtenir de cette institution internationale, sur une durée de trois ans, d’un prêt de 448,6 millions de dollars (261 milliards de F CFA).

Contrairement à l’euphorie morbide affichée par certains acteurs politiques de la majorité présidentielle qui présentent cet accord comme le sommet de l’Olympe de la réflexion politico-financière, ce prêt dont le montant est équivalent à la moitié des investissements consentis par l’état congolais lors de la municipalisation accélérée du département du Pool, ne grandit pas les responsables politiques et les gouvernants de notre pays.

Cela peut paraitre surprenant pour de nombreux congolais, c’est d’ailleurs la raison pour laquelle nous nous sommes abstenus de mener une campagne contre la signature de cet accord à l’instar du candidat à la pseudo-élection présidentielle, du gouvernement congolais en exil et de certains politiques et activistes tant à Brazzaville qu’au sein de la diaspora, les prémices de la signature de cet accord datent de plusieurs mois.

En hissant la Chine au rang de partenaire économique majeur pour notre pays et en faisant planer le risque d’un effondrement économique de la sous-région Afrique centrale, ce qui aurait eu pour effets pervers d’entrainer une dévaluation du Franc CFA, avec des conséquences dévastatrices pour les populations déjà démunies de la zone CEMAC, M. Sassou Nguesso Denis et ses différents lobbies ont poussé certaines puissances occidentales (notamment la France qui dispose de 4,225% des quotes-parts du FMI en cinquième position derrière les USA, le Japon, la Chine et l’Allemagne) à peser de tout leur poids sur la décision du Fonds Monétaire International.

Comme on le voit, cet accord entre le Fonds Monétaire International et le Congo n’est pas le fruit des efforts fournis par le gouvernement de M. Clément Mouamba qui n’a jamais respecté les recommandations du FMI à savoir : lutte contre la corruption, audit dans le secteur pétrolier et les grands travaux ; mais plutôt une question de géostratégie et de tambouille françafricaine pratiquée à dose homéopathique.

Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que le Congo utilise de ce type d’arguties pour obtenir l’onction du FMI. En 2010 par exemple, pour atteindre le Point d’Achèvement au Programme PPTE, le gouvernement congolais avait bénéficié des services de M. Yaya Moussa, sujet camerounais à l’époque représentant du FMI au Congo, qui par la suite avait démissionné de son poste pour se lancer dans une activité pétrolière au Congo à travers la société Kontinent, et avec la bénédiction du régime congolais.

Ce petit accord « par le montant accordé » dont certains se vantent aujourd’hui, et qui évite au gouvernement et au Président congolais le désaveu et l’humiliation total et public, ne pourra à lui seul régler les problèmes du Congo. Au moins diront-ils, il permet de sauver la face. Ne-t-on pas que « la patience est la vertu des mendiants ».

Sinon, que valent les 448,6 millions de dollars (261 milliards de F CFA) accordés sur trois ans par le FMI (soit 87 milliards de F CFA par an c’est-à-dire moins de 2 mois de salaire des fonctionnaires) comparés aux 14 000 milliards de F CFA épargnés pour les générations futures et dilapidés par les médiocres qui veulent jouer les sauveurs aujourd’hui.

Aussi, les 26 milliards de F CFA débloqués immédiatement ne sont rien d’autres qu’une mise à l’épreuve du Congo quant à sa capacité à respecter les conditions antisociales imposées par le FMI, qui finiront in fine par asphyxier une population démunie déjà dans la pauvreté et la misère.

Pour rappel, tous les six mois, le Fonds monétaire international (FMI) va vérifier si le Congo respecte bien les conditions qu’il a acceptées, avant de débourser de nouvelles tranches de son prêt. Autrement dit, si le FMI constate par exemple que les faits de corruption qui sont légions dans les arcanes du pouvoir continuent, l’institution internationale pourra stopper net les prêts à verser à notre pays.

Le Congo est à présent sous haute surveillance, et devra améliorer la gouvernance et la transparence dans la gestion de la chose publique notamment pour sa dette insoutenable. Notons tout de même que dans le classement de transparency international de 2018 (Indice de perception de la corruption), le Congo se situe à la 165eme place sur 180 pays.

Une victoire pour les tenants du pouvoir

Le pouvoir de M. Sassou Nguesso Denis a pour socle le clientélisme et l’achat des consciences. Raison pour laquelle, l’actuel locataire du palais du peuple n’a d’ailleurs jamais sanctionné ses collaborateurs, ses ministres ou encore les nombreux parvenus qui fanfaronnent dans la haute administration civile et militaire et qui sont majoritairement de son clan.

Impopulaire dans l’opinion, l’homme qui a passé plus de la moitié de sa vie à la tête de notre pays, sait que sanctionner les vassaux qui vadrouillent dans les allées de Mpila, c’est pénaliser les « parents et suiveurs de petite vertu », donc rétrécir un peu plus le cercle de fanatiques qui sont prêts à sacrifier leur vie pour défendre ce qu’ils considèrent comme leur bien : le POUVOIR.

C’est donc cette petite cour composée de courtisans, d’amis et de prête-noms, spécialisés dans les entreprises fictives, la surfacturation et la production d’éléphants blancs, et installés par cooptation à la tête d’entreprises peu vertueuses, qui regroupe le plus gros bataillon de ceux qui vont profiter de la cagnotte du FMI.

Dans ce monde de prédateurs financiers dans lequel la morale et l’éthique ne veulent pas dire grand-chose et où l’on poursuit sans vergogne de basses œuvres au détriment de l’intérêt général, il est évident que les vrais opérateurs économiques, qu’ils soient locaux ou étrangers devront patienter ou verser d’importants bakchichs s’ils veulent récupérer leur dû auprès de l’état congolais. Quant au peuple, il n’aura que ses yeux pour pleurer.

Les congolais ne doivent pas perdre de vue que c’est pour la deuxième fois en moins d’une décennie que le Congo se retrouve au bord de la faillite. Le secteur pétrolier Congolais, la principale source d’enrichissement illicite, est corrompu et mal géré. La corruption, la mauvaise gestion et la cupidité d’une poignée d’hommes politiques, pseudo affairistes proche du clan et du régime, ont conduit à la multiplication par trois de la dette en moins de dix (10) ans c’est-à-dire de 2010 à 2019.

Le début du chemin de croix du peuple

En signant cet accord, le Fonds Monétaire Internationale n’a pas rendu service aux citoyens congolais. Cet accord n’est rien d’autre qu’un permis de voler. Dans aucun pays au monde on ne confierait à une équipe qui a lamentablement échoué l’avenir d’un pays malade et au bord de la banqueroute.

La population congolaise doit prendre conscience qu’à partir de la date de signature de cet accord, chaque congolais est débiteur d’un montant de 51.000 F CFA auprès du Fonds Monétaire International (FMI).

Les braves patriotes de notre pays doivent dès à présent se préparer, à des moments de fortes tensions, d’instabilité politique et d’incertitudes accrues que va traverser notre pays, en raison des sérieux doutes et du pessimisme affiché par les analystes économiques sur les chances de succès du programme validé par nos gouvernants.

Les temps seront très durs et les souffrances incommensurables pour les couches sociales les plus vulnérables car les programmes d’austérité imposés par le Fonds Monétaire International donnent toujours la priorité aux politiques économiques au détriment des dépenses sociales.

A titre d’exemple, quand le Fonds Monétaire International (FMI) a signé un accord avec la Grèce, il a été décidé de réduire le salaire minimum des fonctionnaires, de réduire la prise en charge des malades dans les hôpitaux, de diminuer les pensions, d’augmenter l’âge du départ à la retraite de 60 à 65 ans, de réduire le nombre de fonctionnaires, de voter une restriction de droits fondamentaux comme le droit de grève, de réduire le personnel enseignant, avec moins de moyens dans l’éducation nationale et moins de matières enseignées. 
Même les îles appartenant à la Grèce ont été privatisées.

Après des décennies passées à festoyer et à vivre au-dessus de nos moyens à cause de l’amateurisme et les multiples reniements de M. Sassou Nguesso Denis, aujourd’hui c’est tout le système pervers qu’il a mis en place qui s’effondre comme un château de cartes. Voici venu le temps de disette et des sacrifices.

Il est à craindre que la descente aux enfers qui guette notre pays accroisse le niveau déjà élevé de chômage des plus jeunes, le nombre de mendiants et de sans‑abri, l’absence de médicaments, de nourriture de base, etc…..

Une chose est sûre, l’impasse politique et la crise économique conduiront tôt ou tard à une explosion sociale car les congolais n’auront plus rien à perdre, pris au piège entre un avenir totalement hypothéqué et un présent invivable.

Que les cupides, les inconscients et les incompétents qui ont conduit notre pays dans cette impasse aient le courage de dire aux congolais qu’ils n’ont plus le droit de façonner leur propre avenir.

Un seul mot TRANSITION, une seule exigence TRAVAIL COLLECTIF.

Ensemble, pour un Congo uni, libre et prospère. Plus jamais sans nous. Que Dieu bénisse le Congo.

Laurent DZABA
Président du Mouvement Panafricain et Citoyen « Bougeons-Nous »

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